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    Tensions à Jérusalem : Les provocations et les risques d’escalade

    Palestine, Israël

    Jérusalem : Une ville de résistance face aux provocations

    Jérusalem n’est pas une ville où la vie suit son cours habituel comme ailleurs. Elle incarne une histoire de résistance renouvelée à chaque nouvelle confrontation. À chaque fête juive, les habitants se préparent à un matin singulier où seules les portes gardées par les soldats s’ouvrent, et l’appel à la prière est soumis à l’autorisation des forces d’occupation, si tant est qu’elle soit accordée.

    Malgré les restrictions imposées, les Jérusalémites restent fermement attachés à leur foi et à la sacralité de leur ville. Cependant, les cours du Mosquée Al-Aqsa et du Sanctuaire d’Ibrahim se transforment en scènes de rituels étrangers, exécutés sous des regards scrutateurs et des armes déployées.

    Une escalade marquée par des incursions politiques et religieuses

    Dans un contexte d’accroissement des politiques israéliennes visant à changer la réalité historique et religieuse en territoires palestiniens occupés, le ministre israélien de la Sécurité nationale, l’extrémiste de droite Itamar Ben-Gvir, a fait irruption mercredi 16 avril dans le sanctuaire d’Ibrahim à Hébron sous une forte protection policière, alors que les autorités d’occupation empêchaient les musulmans d’y prier.

    Lors de cette incursion, Ben-Gvir a prononcé un discours devant des colons et exécuté des danses et rituels talmudiques dans la cour du sanctuaire, une scène perçue par des experts comme une provocation directe aux sentiments religieux des musulmans. Cette montée en intensité des incursions israéliennes, souvent justifiées par les fêtes religieuses, transforme Jérusalem en une véritable caserne militaire, notamment lors de la fête juive de la Pâque.

    Incursions de colons extrémistes à la Mosquée Al-Aqsa en 2022
    Les incursions des colons extrémistes à la Mosquée Al-Aqsa se déroulent sous la protection de la police israélienne.

    Origines et évolution des incursions à la Mosquée Al-Aqsa

    Les attaques répétées contre les lieux saints islamiques ne sont pas des événements isolés mais s’inscrivent dans une longue histoire d’incursions, débutant de manière visible dès 1967 avec la guerre des Six Jours. Ce conflit a vu le général israélien Mordechai Gur pénétrer dans la Mosquée Al-Aqsa avec ses soldats après la prise de Jérusalem.

    Ce jour-là, le drapeau israélien fut hissé sur le Dôme du Rocher, des Corans furent brûlés, et la prière fut interdite pendant une semaine. Les autorités d’occupation prirent possession des clés de la porte des Maghrébins, réservée par la suite exclusivement aux incursions des colons et soldats.

    Ces incursions ont depuis évolué en une politique structurée. Par exemple, le 8 octobre 1990, des extrémistes juifs tentèrent de poser la première pierre du « Troisième Temple » dans la cour de la Mosquée, une provocation qui provoqua une répression sanglante faisant 21 morts et 150 blessés chez les Palestiniens.

    En 1996, l’ouverture d’un tunnel longeant le mur occidental de la Mosquée déclencha la seconde Intifada, dite « Intifada de la Colère », marquée par une violente répression ayant causé la mort de 62 Palestiniens et plus de 1600 blessés.

    Les incursions officielles et la montée des tensions

    Malgré les dénégations initiales des responsables israéliens qui qualifiaient ces actes d’« isolés », l’invasion du Premier ministre Ariel Sharon en septembre 2000 fut l’étincelle déclenchant la seconde Intifada. Depuis, les incursions s’effectuent sous couvert officiel et coordination institutionnelle.

    Le gouvernement israélien promeut désormais le droit des colons à pénétrer dans la Mosquée, réclamant même sa division temporelle et spatiale — un scénario où la Mosquée deviendrait un site touristique aux accès limités.

    La police israélienne impose des plages horaires précises pour les incursions des extrémistes, notamment entre 7h30 et 10h00, puis entre 13h00 et 14h00, périodes durant lesquelles la fréquence des incursions augmente, particulièrement lors des fêtes juives.

    Au cours des dernières décennies, la législation israélienne s’est durcie, autorisant la prière juive dans la Mosquée et promouvant ouvertement la division officielle du site. En 2014, des projets de loi visant à retirer la tutelle jordanienne sur les lieux saints islamiques ont été proposés sans aboutir à ce jour.

    Les statistiques de la Direction des biens waqf islamiques montrent une hausse significative du nombre de colons pénétrant dans la Mosquée lors des fêtes juives, atteignant environ 4345 en 2024 contre 3430 l’année précédente.

    Colons effectuant des rituels talmudiques à la Mosquée Al-Aqsa
    Des colons accomplissent des rituels talmudiques dans la Mosquée Al-Aqsa lors des incursions commémorant la destruction du Temple, août 2024.

    Le rêve du Temple juif et ses implications idéologiques

    Ces incursions sont porteuses d’une dimension idéologique profonde : la construction du « Temple juif » sur les ruines de la Mosquée Al-Aqsa. Ce projet, perçu par beaucoup comme la renaissance de l’État juif, vise à imposer la souveraineté juive sur Jérusalem et à modifier son identité religieuse et géographique.

    Le rêve du Temple n’est plus une simple utopie mais un projet concret, soutenu par des efforts officiels et populaires. Selon le journal israélien Haaretz, Ben-Gvir pilote un plan en trois phases pour contrôler la Mosquée, dont la dernière consisterait à édifier le Troisième Temple à la place du Dôme du Rocher.

    Ce rêve, qui a marqué la conscience religieuse juive depuis deux millénaires, se heurtait jusque-là à des obstacles religieux et politiques. Mais avec l’arrivée au pouvoir des partis d’extrême droite, sa réalisation semble désormais plus proche.

    Des images virtuelles diffusées par des groupes extrémistes montrent Ben-Gvir tenant un bouc en sacrifice devant la Mosquée, avec en arrière-plan le Temple à la place d’Al-Aqsa, illustrant clairement ces ambitions.

    Image générée par intelligence artificielle montrant Ben-Gvir avec un bouc et le Temple à la place d'Al-Aqsa
    Image créée par intelligence artificielle montrant Ben-Gvir tenant un bouc en sacrifice avec le Temple en arrière-plan.

    Le professeur en sciences politiques Ayman Al-Barasneh souligne que ces incursions ne sont pas de simples actes militaires mais font partie d’un projet plus vaste visant à remodeler l’identité de Jérusalem, restreindre la présence palestinienne et transformer la ville en bastion de l’occupation.

    Le « Union des organisations du Temple » regroupe aujourd’hui 46 institutions, témoignant de la croissance et de l’expansion de ce projet. Ces groupes possèdent désormais une influence accrue au sein du Parlement et du gouvernement israéliens.

    Un défi aux lois internationales et un appel à la responsabilité

    Ces incursions répétées constituent une violation flagrante du droit international, contredisant de nombreuses résolutions onusiennes, notamment la résolution 181 de 1947 et la Quatrième Convention de Genève de 1949, qui protègent les sites religieux en territoire occupé.

    Les autorités d’occupation facilitent ces incursions, imposant une nouvelle réalité au sanctuaire de Jérusalem, ce qui constitue une atteinte au principe de liberté de culte, selon le professeur de droit international Ayman Helsa.

    Helsa rappelle que ces violations vont à l’encontre de la Convention de La Haye de 1954 et de son Protocole additionnel de 1977, qui interdisent le ciblage des lieux de culte, protégeant ainsi le patrimoine culturel et religieux.

    Il insiste sur la nécessité de poursuivre ces violations devant la Cour pénale internationale pour garantir la responsabilité et empêcher l’impunité des autorités d’occupation.

    Le professeur Al-Barasneh souligne que ces incursions sont une insulte aux sentiments musulmans et font partie d’un projet plus large visant à modifier l’identité religieuse et culturelle de Jérusalem, exacerbant les tensions et menaçant la stabilité régionale.

    Il rappelle que le soutien du gouvernement israélien à ces actes constitue une violation grave du droit international et met en péril l’avenir de Jérusalem comme lieu saint multi-confessionnel.

    Un appel à la communauté internationale

    Le Conseil des biens waqf et des affaires religieuses de Jérusalem a lancé un appel urgent aux pays islamiques et arabes pour qu’ils assument leurs responsabilités face aux violations répétées contre la Mosquée Al-Aqsa, première qibla et lieu de l’ascension du prophète Mohammed (paix soit sur lui).

    Il exhorte à des mesures concrètes pour arrêter ces violations et soutenir la tutelle du roi Abdallah II sur Al-Aqsa et les lieux saints islamiques et chrétiens de Jérusalem.

    Les experts conviennent que l’intervention internationale est plus urgente que jamais. Il ne s’agit pas seulement de protéger la Mosquée Al-Aqsa, mais de préserver le statut juridique et historique de Jérusalem.

    Le silence mondial face à ces agissements ouvre la voie à une escalade supplémentaire et menace de transformer la ville sainte en un théâtre de conflit religieux ouvert. Pourtant, tous reconnaissent que Jérusalem doit être préservée comme symbole de coexistence et de paix, non comme lieu de conflit et de destruction.

    source:https://www.aljazeera.net/politics/2025/4/20/%d8%a3%d8%ad%d9%84%d8%a7%d9%85-%d8%a7%d9%84%d9%87%d9%8a%d9%83%d9%84-%d9%88%d8%b7%d9%82%d9%88%d8%b3%d9%87-%d8%a7%d9%84%d8%aa%d9%84%d9%85%d9%88%d8%af%d9%8a%d8%a9-%d8%aa%d9%81%d8%b1%d8%b6%d8%a7%d9%86

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