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    Tunis : Vers un procès historique contre قيس سعيّد pour trahison

    Tunisie

    Une Tunisie en crise : entre espoirs révolutionnaires et répression

    Après avoir inspiré des millions dans le monde arabe en renversant le régime de Zine el-Abidine Ben Ali, la Tunisie se trouve aujourd’hui au cœur d’une tempête politique et sociale. La capitale est le théâtre d’une vaste campagne d’arrestations touchant juges, militants, journalistes et hommes politiques de divers horizons.

    Dans une interview exclusive accordée à Al Jazeera Net, l’ancien président tunisien et opposant politique, le docteur Moncef Marzouki, a évoqué la responsabilité de l’élite politique dans la situation actuelle du pays. Il estime que la contre-révolution vit ses derniers jours.

    Concernant sa présidence durant la période de transition après le départ de Ben Ali, Marzouki souligne la désillusion des Tunisiens face à la corruption médiatique qui a largement contribué à dénigrer la révolution et à saboter la conscience populaire.

    Juges corrompus et théâtre judiciaire

    La capitale tunisienne est devenue le théâtre de manifestations populaires dénonçant la répression des libertés et l’expansion des arrestations ciblant les défenseurs des droits humains et les opposants sous le prétexte de “complot contre la sécurité de l’État”.

    Moncef Marzouki qualifie ces accusations d’“absurdes” et rappelle avoir assisté à de nombreux procès sous les régimes de Ben Ali et Habib Bourguiba, où, malgré les dérives, existait un minimum de mise en scène judiciaire. Aujourd’hui, ce minimum a disparu.

    Il accuse l’ancien régime d’avoir recruté une “bande de juges corrompus et mercenaires” pour faire passer des condamnations, soulignant que ces mêmes juges opèrent encore sous le régime actuel de Kais Saied, qui a enseigné le droit pendant 30 ans. Selon Marzouki, cela témoigne du “démantèlement de l’État”.

    Il ajoute que Saied a détruit le système judiciaire et incarcéré les juges intègres, les remplaçant par ces mercenaires qui devront répondre de leurs actes de corruption et d’injustice.

    La contre-révolution en déclin et un avenir incertain

    Pour Marzouki, la contre-révolution survient toujours après une révolution authentique, et la Tunisie ne fait pas exception. Ceux que la révolution a frappés en profondeur ne disparaissent pas, ils cherchent à regagner du terrain en exploitant toutes les opportunités.

    Il estime cependant que cette contre-révolution est vouée à l’échec, ayant été la cause même du soulèvement populaire et ayant aggravé les souffrances actuelles des Tunisiens.

    Selon lui, nous assistons à la dernière phase de cet échec, qui sera suivie d’un réveil et d’une restauration de la véritable révolution.

    Marzouki considère que les libertés acquises par la révolution et les problèmes économiques et sociaux, souvent critiqués pour leur persistance, ont été non seulement ignorés par la contre-révolution, mais aussi aggravés, notamment par l’effondrement de la classe moyenne et l’appauvrissement des plus démunis.

    Il prévient que la Tunisie est revenue au point de départ de 2011 et que la même combinaison de facteurs qui avait provoqué l’explosion sociale à l’époque conduira à de nouveaux soulèvements. Ces événements visent, selon lui, à immuniser le peuple tunisien contre le populisme et les contre-révolutions, en vue de construire un État de droit solide et démocratique.

    Les défis régionaux et la dynamique politique interne

    Interrogé sur les tensions actuelles contre le président Kais Saied, Marzouki explique que la contre-révolution exploite toutes les failles et insuffisances laissées par la révolution, notamment l’incapacité à répondre à toutes les revendications populaires, conjuguées à un veto régional et international.

    Il affirme que le succès de la révolution tunisienne est lié à celui des révolutions dans les pays voisins comme l’Algérie, la Libye et l’Égypte.

    Marzouki insiste sur la nécessité d’une forte coalition capable de résister aux ingérences étrangères, soulignant que de nombreux groupes et régimes cherchent à empêcher la démocratie tunisienne par peur de la contagion.

    Concernant l’opposition tunisienne, il la considère comme une composante essentielle du jeu démocratique, mais insiste sur le respect des règles, l’authenticité des partis politiques, la confrontation basée sur des faits véridiques, et le rejet de l’argent et des médias corrompus.

    Un système politique fondé sur la haine et la peur

    Marzouki exprime son admiration pour la transformation positive que la révolution a provoquée dans la société tunisienne, affirmant que la révolution révèle le meilleur de l’humain, contrairement à la contre-révolution qui fait ressortir le pire.

    Il dénonce le régime de Kais Saied, qu’il décrit comme reposant sur la haine, la rancune, le racisme et la division, des caractéristiques qu’il qualifie de “capital des dictatures populistes”.

    Il reproche à Saied et à son régime de parier sur les pires aspects de la société tunisienne, détruisant son moral et son éthique.

    Contrairement à une opinion répandue, Marzouki affirme que ceux qui s’accrochent au pouvoir ne le font pas par amour du pouvoir, mais pour échapper à la justice face à leurs pratiques illégales, tortures et corruptions.

    Il considère que le principal problème du dictateur est son implication dans le pouvoir, que Saied s’accroche au pouvoir après avoir violé la Constitution, emprisonné ses opposants et truqué les élections. Ces actes pourraient lui valoir un procès pour haute trahison.

    Marzouki souligne enfin que, bien que souvent perçu comme un président faible pour ne pas avoir emprisonné ses adversaires, il a toujours défendu la justice et l’État de droit, même à un âge avancé.

    Il compare la construction de l’État de droit en Tunisie à la construction d’un palais en marbre sur un marécage, insistant sur la nécessité de reconstruire des bases culturelles et intellectuelles solides pour éviter un nouvel effondrement.

    Justice transitionnelle et responsabilité collective

    Marzouki reconnaît sa responsabilité dans la mise en œuvre de la justice transitionnelle en Tunisie. Au cours des années 1990, il a étudié en Afrique du Sud et a été un disciple de Nelson Mandela, défendant l’instauration d’une loi pour la justice transitionnelle.

    Il regrette toutefois que cette justice ne se soit pas concentrée sur la compensation des victimes ni sur la punition des bourreaux qui n’ont ni présenté d’excuses ni été emprisonnés.

    Marzouki appelle à une responsabilité partagée, impliquant tous les acteurs politiques, l’Union générale tunisienne du travail, les médias corrompus et les électeurs qui choisissent leurs dirigeants.

    Concernant la Syrie, il juge la situation extrêmement complexe et estime que le seul chemin est la réparation des millions de victimes et la punition de tous les responsables, sans exception.

    Enfin, Marzouki annonce qu’il ne reviendra pas à la vie partisane mais qu’il poursuivra son engagement politique jusqu’au bout, affirmant sa responsabilité envers le peuple tunisien et son destin.

    source:https://www.aljazeera.net/politics/2025/5/8/%d8%a7%d9%84%d9%85%d9%86%d8%b5%d9%81-%d8%a7%d9%84%d9%85%d8%b1%d8%b2%d9%88%d9%82%d9%8a-%d9%84%d9%84%d8%ac%d8%b2%d9%8a%d8%b1%d8%a9-%d9%86%d8%aa-%d8%a7%d9%84%d8%b1%d8%a6%d9%8a%d8%b3

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