Depuis le début de l’année, le groupe Nestlé accumule les controverses. Cette fois, Mediapart révèle des niveaux de pollution aux microplastiques jugés « incommensurables » dans les eaux minérales Contrex et Hépar, d’après le magistrat en charge de l’enquête préliminaire liée à des poursuites contre Nestlé Waters pour des décharges sauvages de déchets polluants dans les Vosges. L’information a été rendue publique samedi 9 août à travers une enquête qui relance les inquiétudes autour de la qualité des eaux minérales naturelles.
Des concentrations de microplastiques hors normes
Le média s’appuie sur une enquête menée par l’Office français de la biodiversité (OFB) et l’Office central de lutte contre les atteintes à l’environnement et à la santé publique (Oclaesp). Selon ces éléments, Contrex contient 515 particules de microplastiques par litre, tandis qu’Hépar en affiche 2 096. Mediapart souligne que ces concentrations seraient 51 000 à 1,3 million de fois supérieures à celles mesurées dans les lacs, les fleuves ou les rivières.
Le média indique également que ces niveaux dépassent de 5 à 2 952 fois les taux moyens observés dans les nappes phréatiques à travers le monde. Ils seraient aussi supérieurs à ceux retrouvés dans d’autres eaux en bouteille analysées par des chercheurs. Les enquêteurs estiment que la dégradation est profonde, avec des particules fragmentées en micro- et nanoplastiques, diffusées dans les sols et les réseaux d’eaux souterraines, ce qui rend toute dépollution impossible.
Une controverse qui touche la qualité des eaux
De son côté, Nestlé Waters continue d’affirmer qu’aucune pollution n’est avérée au regard des analyses environnementales transmises aux autorités, et que toutes ses eaux peuvent être consommées sans danger. Mais Mediapart affirme avoir consulté une note confidentielle dans laquelle l’entreprise reconnaissait en 2022 que les décharges incriminées pouvaient avoir « un impact sur la qualité des eaux ».
Selon l’entreprise, ces dépôts de déchets remonteraient aux années 1960, à une époque où Nestlé n’était pas encore propriétaire des terrains concernés. L’affaire est d’autant plus sensible que les taux de microplastiques dans les eaux minérales naturelles ne sont pas réglementés, alors même que la question de la pollution plastique est au cœur des négociations internationales menées à Genève.
Microplastiques : un enjeu de santé publique
La présence de microplastiques dans l’environnement suscite depuis des années des alertes croissantes sur leurs effets potentiels sur la santé. Plusieurs études ont mis en évidence leur présence dans le sang, les poumons et même le cerveau, alimentant les inquiétudes sur leurs conséquences à long terme. Mediapart rappelle notamment des risques cardiovasculaires et des effets potentiellement cancérigènes.
Ces particules ne concernent pas seulement la santé humaine. Elles ont aussi un impact sur les écosystèmes, en rendant la vie aquatique impossible dans les zones touchées et en menaçant la flore comme la faune. Dans ce contexte, les révélations sur Contrex et Hépar renforcent les interrogations autour de la sécurité des eaux minérales et des pollutions industrielles passées.
Un procès attendu fin novembre
Malgré ses dénégations, Nestlé Waters sera jugé du 24 au 28 novembre. L’entreprise est poursuivie pour avoir, autour de ces décharges, « laissé s’écouler dans les eaux superficielles et souterraines des particules de microplastiques ». L’affaire pourrait devenir un dossier majeur sur les liens entre pollution plastique, environnement et santé publique.