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    Dépression prénatale : le combat d’une future maman contre le suicide

    Royaume-Uni

    Juliet Owen-Nuttall, âgée de 44 ans, aurait dû être ravie lorsqu’elle est tombée enceinte après des années d’efforts pour avoir un enfant. Pourtant, elle a été submergée par des pensées suicidaires et des idées noires envers son propre bébé, avouant ne pas vouloir devenir mère et ne voir qu’une seule issue possible.

    Juliet Owen-Nuttall

    « Je voulais tout arrêter, pour moi comme pour mon bébé », confie Juliet, aujourd’hui âgée de 50 ans et originaire de Shaftesbury, dans le Dorset. « Tout a commencé par un refus de vivre, car je ne pensais pas pouvoir gérer la pression d’être mère. Puis, avec ma grossesse à risque, je craignais qu’il n’arrive quelque chose de grave à mon enfant. Bientôt, j’ai même imaginé lui faire du mal moi-même. J’ai pensé à prendre un couteau et à frapper mon ventre. »

    Les pensées étaient si vives dans son esprit qu’elle croyait que se débarrasser du bébé la sauverait.

    Comprendre la dépression prénatale

    Juliet souffrait de dépression prénatale, une condition de santé mentale qui peut survenir pendant la grossesse. La psychologue agréée Dr Louise Goddard-Crawley explique : « Beaucoup connaissent la dépression postnatale ou le « baby blues », mais moins savent que ces troubles peuvent débuter avant la naissance du bébé. »

    Cette dépression se manifeste par une tristesse persistante, de l’anxiété, de l’irritabilité, un sentiment d’engourdissement, voire des pensées intrusives effrayantes, y compris des idées de se faire du mal ou de faire du mal au bébé. Ces symptômes peuvent être isolants et sont plus fréquents qu’on ne le croit.

    Environ une femme sur huit au Royaume-Uni serait concernée par la dépression durant la grossesse, mais le nombre réel pourrait être plus élevé, souvent dissimulé en raison de la stigmatisation et de la pression sociale à se réjouir de la maternité.

    Un parcours semé d’embûches

    Juliet souhaitait depuis longtemps fonder une famille, mais en 2016, une infection de l’utérus et des trompes laissait peu d’espoir. Elle savait que tomber enceinte serait risqué. Avec un passé de troubles alimentaires et dix ans d’aménorrhée dans sa vingtaine, elle était consciente des difficultés. Même après avoir rencontré son mari Daniel, 35 ans, elle a retardé les essais, soucieuse de sa carrière.

    Contre toute attente, en 2019, Juliet découvre qu’elle est enceinte. « Mes règles étaient en retard, mais j’avais l’habitude d’avoir des soucis, donc je ne m’en suis pas inquiétée. Puis, une nuit, je me suis réveillée en vomissant. Je savais que ce n’était ni une intoxication alimentaire ni une gastro. J’ai compris que j’étais enceinte. »

    Au lieu de joie, c’est le déni qui prédomine : « J’avais renoncé à la maternité, je ne pensais pas que ça arriverait un jour. La nouvelle a été un choc. »

    Une grossesse sous haute tension

    Consultant son médecin généraliste, Juliet est immédiatement orientée vers des spécialistes gynécologiques en raison de ses antécédents. Elle fait une hémorragie et craint une fausse couche. « Je n’oublierai jamais ce rendez-vous. On criait presque au téléphone que je n’aurais jamais dû tomber enceinte, que j’étais trop vieille à 44 ans. »

    Cette pression et ce stress ont alimenté sa peur et son sentiment de mal-être. « Je me détestais d’avoir ces pensées alors que j’aurais dû être aux anges. Je ne voulais pas être mère ni avoir de bébé. Je ne voyais qu’une issue. »

    À cinq mois de grossesse, Juliet tente de mettre fin à ses jours. « Je ne voulais plus vivre. Je n’y suis pas parvenue, mais ça m’a ouvert les yeux. » Elle confie ses sentiments à son mari, révélant ses envies de mourir et son rejet du bébé.

    Un accompagnement périnatal essentiel

    Juliet entre alors en contact avec une équipe de santé mentale périnatale. En pleine pandémie, aucun rendez-vous hospitalier n’est possible, mais la sage-femme lui rend visite pour des promenades et des échanges. Juliet exprime sa honte et son désir d’en finir.

    La thérapie fait remonter des traumatismes d’enfance et une relation difficile avec sa propre mère. Son mari Daniel, 42 ans aujourd’hui, ne la quitte presque jamais. L’équipe médicale interroge régulièrement Juliet sur ses pensées suicidaires et ses éventuels projets.

    Lors de l’échographie des 20 semaines, on lui annonce que le bébé est petit pour son âge gestationnel, ce qu’on attribue à son âge. Les médecins la surveillent étroitement, ce qui amplifie le stress. Juliet redoute aussi le moment de la naissance et sa propre réaction envers son enfant. Pour y faire face, un plan est établi : si elle ne souhaite pas prendre le bébé dans ses bras, son mari assurera le contact peau à peau. Elle avoue : « Je ne savais pas comment je réagirais. »

    Identifier et soutenir un proche en détresse

    Soutien psychologique et dépression

    Il est parfois difficile de repérer qu’un proche souffre de troubles mentaux. Selon le Dr David McLaughlan, psychiatre consultant, chacun exprime ces difficultés différemment, certains masquant leurs symptômes pour protéger leur entourage. Les signes à surveiller sont :

    • Un comportement plus réservé ou distant
    • Une baisse d’activité sur les réseaux sociaux ou dans les groupes
    • Un changement d’apparence
    • Un ton plus négatif ou irritabilité accrue
    • Des troubles du sommeil et une modification de l’appétit

    Il est important d’aborder le sujet avec délicatesse, sans jugement ni attente précise. Offrir une écoute attentive et bienveillante peut être un premier pas décisif pour accompagner un proche vers l’aide nécessaire. Ne pas hésiter à poser directement des questions sur les pensées suicidaires peut sauver des vies.

    Une naissance marquée par l’amour et le soulagement

    À 39 semaines, Juliet est déclenchée, mais après deux jours d’efforts, une détresse fœtale impose une césarienne en urgence. Sa fille naît en bonne santé, pesant environ 2,4 kilogrammes.

    « Dès qu’on me l’a mise dans les bras, j’ai fondu en larmes. Le contact peau à peau a été magique, et depuis, je ne l’ai plus jamais lâchée. Je suis tombée amoureuse d’elle instantanément. »

    Juliet ignorait tout de la dépression prénatale avant son expérience. Les symptômes, similaires à ceux de la dépression postnatale, comprennent :

    • Une tristesse persistante ou des pleurs fréquents
    • Une irritabilité ou une colère accrue
    • Une perte d’intérêt pour les autres et le monde extérieur
    • Des troubles de l’appétit
    • Des pensées négatives, notamment sur sa capacité à s’occuper du bébé
    • Un sentiment de culpabilité ou de désespoir
    • Des difficultés de concentration ou de prise de décision

    Pressions sociales et complexité de la grossesse

    La Dr Goddard-Crawley souligne que la société impose aux femmes d’éprouver uniquement de la joie pendant la grossesse, ce qui ne reflète pas toujours la réalité. « Il existe une règle non dite : il faut rayonner, être reconnaissante et enthousiaste. Sinon, on a l’impression d’échouer en tant que mère et femme. »

    Or, la grossesse est un moment complexe mêlant espoir, peur, amour, perte, excitation et incertitude. Ressentir de la tristesse, de l’anxiété ou un certain détachement ne diminue en rien la valeur maternelle. « Cela signifie simplement que l’on est humaine. »

    Des techniques d’auto-assistance, telles que des exercices de respiration, une alimentation équilibrée, la participation à des cours prénatals et le dialogue avec ses proches, peuvent aider. Parfois, les antidépresseurs et les thérapies psychologiques sont nécessaires.

    « Parler de ces troubles n’est pas seulement permis, c’est indispensable. Il existe de l’aide et beaucoup d’espoir. Vous n’êtes jamais seule face à ce que vous ressentez », conclut la psychologue.

    Un combat poursuivi après la naissance

    Après la naissance, Juliet a continué à lutter contre des pensées sombres et a souffert de dépression postnatale. Avec un accompagnement adapté, elle a peu à peu retrouvé un équilibre.

    « Parfois, j’imaginais encore me faire renverser par une voiture. Ces pensées étaient constantes, mais l’équipe de santé mentale m’a aidée à les gérer. Ils me demandaient souvent si mes idées restaient des pensées ou si j’avais un plan. Ils m’ont aussi encouragée à garder un contact peau à peau avec ma fille, ce qui a été très bénéfique. Même si j’étais fragile mentalement, j’aimais la sentir près de moi. »

    Sa fille, aujourd’hui âgée de presque cinq ans, est une petite fille adorable et pleine d’amour. Juliet a travaillé intensément sur elle-même, notamment grâce à une thérapie comportementale dialectique destinée aux nouvelles mamans, qui lui a permis de mieux comprendre ses émotions et d’avancer.

    Ancienne patiente, devenue praticienne en bien-être de la fertilité, Juliet s’engage à sensibiliser et encourager les autres à chercher de l’aide. « Le suicide reste un sujet tabou, surtout pour les mamans. J’ai ressenti beaucoup de culpabilité et de honte, mais il est crucial de se faire aider. Si vous traversez cela, trouvez quelqu’un à qui vous confier et consultez un professionnel. Vous n’êtes pas seule, et avec de l’aide, vous irez mieux. »

    Dépression Prénatale | Santé Mentale | Grossesse | Maternité | Suicide | Soutien Psychologique | Thérapie | Périnatalité | Bien-être Maternel | Royaume-uni
    source:https://www.thesun.co.uk/health/34700032/pregnant-mum-knife-baby-bump-depression/

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