Des traces de bisphénol A ont été détectées dans des produits destinés aux bébés, relançant les inquiétudes autour de la sécurité de certaines tétines. Des analyses en laboratoire menées par dTest, une association de consommateurs tchèque, et relayées par The Guardian, pointent la présence de BPA dans plusieurs sucettes vendues comme conformes, voire « sans BPA ». Trois fabricants sont mis en cause : Philips, Curaprox et Sophie la Girafe.
Des analyses menées sur 21 tétines
Pour établir ses résultats, l’équipe de dTest a examiné la composition de 19 tétines achetées en magasin, auxquelles se sont ajoutées deux sucettes commandées sur la plateforme chinoise Temu. Chaque modèle a été plongé pendant 30 minutes dans une solution de salive artificielle à 37 °C, avant que la teneur en BPA ne soit analysée en laboratoire.
Cette méthode visait à reproduire les conditions d’usage d’une tétine pour bébé et à mesurer la migration éventuelle de bisphénol A depuis le matériau vers un liquide simulant la salive.
Trois tétines dans le viseur
Les résultats sont jugés préoccupants par les chercheurs. La tétine Curaprox « Baby Grow with Love » affiche la concentration la plus élevée en BPA, alors même qu’elle est présentée comme « sans BPA ». Les analyses ont mis en évidence une concentration de 19 microgrammes par kilogramme (µg/kg), au-dessus de la limite de 10 µg fixée par l’Union européenne pour la migration du BPA depuis les tétines.
La deuxième valeur la plus élevée a été retrouvée dans la sucette « caoutchouc naturel » de Sophie la Girafe, avec une concentration de 3 µg/kg. La Philips Avent Ultra Air contient, selon les tests, 2 µg/kg de BPA.
- Curaprox « Baby Grow with Love » : 19 µg/kg
- Sophie la Girafe « caoutchouc naturel » : 3 µg/kg
- Philips Avent Ultra Air : 2 µg/kg
Des mentions « sans BPA » remises en cause
« Ce qui est particulièrement inquiétant, c’est que nous avons constaté la présence de BPA dans des sucettes portant la mention ‘sans BPA’ », souligne Hana Hoffmannová, rédactrice en chef d’un des magazines édités par dTest. Elle ajoute que les consommateurs ne peuvent pas automatiquement se fier à ces allégations affichées sur les emballages.
Cette alerte sanitaire pose à nouveau la question de la fiabilité des mentions commerciales sur les produits pour bébé, dans un contexte où les parents cherchent justement à éviter les substances suspectées d’avoir un impact sur la santé.
Curaden réagit après la publication des tests
Curaden, fabricant de la gamme Curaprox, dit avoir été surpris par ces résultats. L’entreprise affirme avoir pris immédiatement des mesures de précaution. « Par mesure de précaution et conformément à notre engagement qualité, Curaden a immédiatement décidé de retirer proactivement du marché les sucettes [des lots concernés] et de proposer un remboursement à tous les clients concernés », a indiqué son porte-parole.
Du côté de Vulli, créateur de Sophie la Girafe, la marque précise ne plus commercialiser ces tétines. Le porte-parole cité par The Guardian ajoute que tous les produits sont soumis à des tests BPA avant leur mise sur le marché, réalisés par un laboratoire accrédité SGS.
Pourquoi le BPA reste un sujet sensible
Depuis le 1er janvier 2015, le BPA est interdit dans les biberons et autres contenants alimentaires. Le ministère de la Santé rappelle que l’Anses a conclu à l’existence d’effets avérés chez l’animal, notamment sur la reproduction, la glande mammaire, le métabolisme, le cerveau et le comportement.
L’agence mentionne aussi des effets suspectés chez l’Homme, en particulier sur la reproduction, le métabolisme et certaines pathologies cardiovasculaires. Ces effets pourraient être d’autant plus préoccupants lorsque l’exposition survient à des moments sensibles du développement.
Dans ce contexte, l’Agence de santé recommande de substituer le BPA dans les matériaux destinés à entrer en contact avec les denrées alimentaires, en priorité pour les populations les plus vulnérables : nourrissons, jeunes enfants, femmes enceintes et femmes allaitantes.