Le littoral français apparaît particulièrement exposé à une pollution chimique diffuse, selon les résultats du projet Emergent’Sea, mené entre 2021 et 2024 par des scientifiques de l’Ifremer, du CNRS et de l’université de Bordeaux, à la demande de l’Office français de la biodiversité (OFB). Cette vaste étude dresse un état des lieux inédit des contaminants chimiques présents en milieu littoral en France métropolitaine, des pesticides aux substances pharmaceutiques, en passant par les biocides, plastifiants et métaux.
Une étude d’ampleur sur tout le littoral français
Pour parvenir à un résultat précis, les chercheurs ont analysé 11 300 résultats issus de campagnes de prélèvements réalisées sur l’ensemble du littoral métropolitain. Les échantillons ont été collectés de la Manche à la Méditerranée, en passant par la façade atlantique, afin d’obtenir une vision la plus complète possible de la contamination marine.
Au total, les scientifiques ont recherché 102 substances organiques et 21 composés métalliques. L’objectif était de mesurer la présence de contaminants chimiques dans l’eau de mer, mais aussi dans les mollusques, souvent utilisés comme indicateurs de l’état de pollution du milieu côtier.
Tous les sites présentent des contaminations
Le constat des auteurs du rapport est alarmant : tous les points de suivi montrent des contaminations. Dans l’eau marine, 77 % des substances recherchées ont été mesurées, soit 51 substances sur 66. La pollution est principalement dominée par les herbicides et les résidus pharmaceutiques, notamment le paracétamol.
Les mollusques ne sont pas davantage préservés. Les chercheurs rapportent que 65 % des substances ont été identifiées dans ces organismes, avec une contamination surtout liée aux biocides antisalissures utilisés pour empêcher les coques de bateaux de se couvrir d’organismes marins, ainsi qu’aux herbicides.
Aucun littoral n’est épargné, même les zones isolées
Autre enseignement marquant de l’étude : les territoires éloignés ne sont pas protégés de cette pollution. Des traces de pesticides et de médicaments ont par exemple été retrouvées sur l’île d’Ouessant, preuve que la contamination atteint aussi des espaces réputés plus préservés.
En moyenne, 15 substances différentes ont été relevées par point de suivi dans l’eau marine, contre 10 substances dans les mollusques. Ces résultats montrent que la pollution chimique du littoral français est à la fois large, multiple et installée sur l’ensemble des façades maritimes.
Herbicides, métabolites de pesticides et médicaments courants parmi les plus détectés
Parmi les substances les plus fréquemment retrouvées dans l’eau figurent des herbicides, des métabolites de pesticides et des médicaments courants comme le paracétamol. Cette présence récurrente illustre la diversité des sources de contamination qui touchent le littoral français.
Pour les chercheurs, ces résultats mettent aussi en lumière un enjeu scientifique majeur : le manque de seuils écotoxiques robustes, indispensables pour évaluer correctement le risque pour les écosystèmes marins. L’étude souligne ainsi la nécessité de mieux comprendre les effets de cette pollution chimique sur la biodiversité côtière.