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Le groupe américain Goodyear a été mis en examen à la suite d’une première journée d’auditions devant un juge d’instruction à Besançon. L’entreprise est soupçonnée d’avoir dissimulé des défauts sur certains pneumatiques, à l’origine de plusieurs accidents mortels impliquant des poids lourds.
Goodyear face à la justice pour des pneus défectueux
Ce mardi soir, le géant américain du pneu a confirmé sa mise en examen, après avoir été entendu par un juge d’instruction à Besançon. Deux entités du groupe sont concernées : la SAS Goodyear France, qui distribue les pneumatiques, et la SAS Goodyear Operations, basée au Luxembourg, responsable de la production des pneus présumés défectueux. Ces représentants sont auditionnés pour « homicides involontaires », « tromperie sur les qualités substantielles d’une marchandise » et « pratiques commerciales trompeuses ».
Une porte-parole de Goodyear Operations a indiqué avoir été informée de cette mise en examen dans le cadre d’une instruction liée à plusieurs accidents de poids lourds survenus en 2014 et 2016. Elle a également assuré que la société apporterait sa pleine coopération aux autorités.
Quatre victimes dans trois accidents mortels
L’enquête rassemble trois affaires distinctes d’accidents graves impliquant des camions équipés de pneus Goodyear, survenus dans le Doubs, la Somme et les Yvelines entre 2014 et 2016. Au total, quatre personnes ont perdu la vie. En mai 2024, des perquisitions ont été effectuées en France, au Luxembourg et au siège européen de Goodyear à Bruxelles.
Les investigations ont révélé que l’éclatement du pneu avant gauche des poids lourds était à l’origine des collisions. Les chauffeurs ont tous perdu le contrôle de leur véhicule. Les expertises ont conclu à un défaut de fabrication affectant les modèles Goodyear Marathon LHS II et Marathon LHS II+. L’entreprise est notamment reprochée d’avoir eu connaissance de ce défaut sans en avertir ses clients ni lancer de campagne de rappel.
Une plainte déterminante portée par une veuve de chauffeur
L’enquête a été ouverte à Besançon en 2016, suite à la plainte déposée par Sophie Rollet, veuve de Jean-Paul Rollet, chauffeur routier décédé en juillet 2014 sur l’autoroute A36 dans le Doubs. Refusant de considérer cet accident comme une fatalité, elle a mené ses propres recherches pour recenser d’autres incidents similaires liés à des éclatements de pneus et établir la responsabilité de Goodyear.
Contactée ce mardi soir, Sophie Rollet a exprimé son espoir que cette mise en examen serve d’alerte aux acteurs du transport et de la sécurité routière. Elle déplore que personne n’ait prêté attention à ce dossier pendant longtemps et souhaite que cette décision incite les autorités à agir. Elle a confié penser à la phrase de sa fille, alors âgée de 12 ans au moment du drame : « Mais maman, si ce n’est pas toi qui le fais, qui le fera ? »