Le Pentagone a annoncé vendredi la conclusion d’un nouvel accord avec sept entreprises spécialisées dans l’intelligence artificielle, afin d’intégrer leurs technologies avancées à ses réseaux classifiés. Cette décision s’inscrit dans un mouvement de fond : depuis près de dix ans, le département américain de la Défense accélère l’adoption de l’IA au sein de ses opérations et de ses infrastructures numériques.
Les entreprises concernées sont SpaceX, OpenAI, Google, NVIDIA, Reflection, Microsoft et Amazon Web Services. Dans un communiqué, le ministère a expliqué que ces partenariats doivent « accélérer la transformation » vers une armée américaine pensée autour de l’IA et renforcer la capacité des forces à conserver une supériorité décisionnelle dans tous les domaines de la guerre.
Selon le Pentagone, ces outils seront déployés dans ses systèmes d’information les plus sensibles pour faciliter la synthèse des données, améliorer la compréhension de la situation sur le terrain et soutenir la prise de décision dans des environnements opérationnels complexes. L’objectif affiché est de réduire les délais de traitement de certaines tâches, tout en augmentant l’efficacité des personnels militaires, civils et contractuels.
Une intégration de plus en plus poussée de l’IA
Cette annonce intervient alors que le recours des armées américaines à l’intelligence artificielle suscite un examen public croissant. L’administration américaine fait face à des interrogations récurrentes sur la place des grandes entreprises technologiques dans les programmes militaires, dans un contexte où les usages de l’IA soulèvent des préoccupations liées à la surveillance, à l’autonomie des armes et au contrôle des données sensibles.
Le Pentagone a confirmé que plus de 1,3 million de personnes travaillant pour le département utilisent déjà sa plateforme officielle d’IA, GenAI.mil. Les autorités américaines assurent vouloir poursuivre la construction d’une architecture propre à la Défense afin d’éviter une dépendance excessive à un seul fournisseur, un risque souvent décrit comme un verrouillage technologique.
Anthropic écartée du nouvel accord
Un nom manque toutefois à la liste des entreprises associées à ce nouveau dispositif : Anthropic. Le groupe est en conflit ouvert avec le Pentagone après avoir refusé des pressions visant à lui accorder un accès non restreint à son programme Claude pour « toute utilisation légale ».
Cette opposition a nourri des inquiétudes sur d’éventuels usages de Claude dans des dispositifs de surveillance de masse ou des systèmes d’armes autonomes. Le Pentagone a de son côté qualifié Anthropic de « risque pour la chaîne d’approvisionnement », un désaccord qui s’est transformé en bataille judiciaire prolongée, même si des signes d’apaisement ont récemment été observés.
Dans le même temps, l’administration américaine manifeste un intérêt croissant pour Mythos, le nouveau modèle d’IA de la société, perçu comme un outil potentiellement déterminant dans les capacités offensives et défensives en matière de cyberdéfense.
Pressions politiques et débats sur les usages militaires
Les accords avec OpenAI et Google avaient déjà été confirmés, tout comme un partenariat avec xAI, l’entreprise d’Elon Musk. Dans ces cas, les sociétés avaient accepté la clause du Pentagone sur « toute utilisation légale », condition devenue l’un des points centraux des négociations entre l’armée américaine et les géants de la tech.
Cette montée en puissance de l’IA dans l’appareil militaire intervient alors que les États-Unis font aussi face à des critiques sur l’usage de ces technologies dans leur politique sécuritaire intérieure et dans les opérations extérieures. Des organisations de défense des droits humains alertent notamment sur les capacités de collecte de données en temps réel utilisées dans le cadre des procédures migratoires.
Par ailleurs, la guerre menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran a relancé les interrogations sur les systèmes de ciblage fondés sur l’IA. Le Pentagone affirme avoir frappé 13 000 objectifs depuis le début des attaques le 28 février, tandis que les autorités américaines disent toujours enquêter sur certaines frappes ayant touché des civils.
Lors d’une audition jeudi devant une commission du Sénat, la sénatrice Kirsten Gillibrand a interrogé le secrétaire à la Défense Pete Hegseth sur la surveillance des dommages civils et le rôle de l’intelligence artificielle. Ce dernier a répondu qu’aucune armée ne travaille davantage que celle des États-Unis pour protéger les vies civiles, quelle que soit la technologie employée.