Une étude menée par des scientifiques de l’Institut de psychiatrie, de psychologie et de neurosciences de Camberwell, au Royaume-Uni, met en évidence des différences marquées entre les antidépresseurs sur le plan physiologique. Publiés dans la revue The Lancet, ces travaux visent à comparer et classer les antidépresseurs selon leurs effets secondaires corporels à partir d’essais contrôlés randomisés.
Pour y parvenir, les chercheurs ont réalisé des méta-analyses fréquentistes à effets aléatoires en réseau, une méthode qui permet de croiser les résultats de plusieurs études indépendantes, y compris de manière indirecte. Au total, 58 534 participants et 30 antidépresseurs ont été examinés, offrant une vision d’ensemble sur les variations métaboliques et cardiovasculaires associées à ces traitements.
Des différences cliniquement significatives entre les antidépresseurs
Les auteurs de l’étude soulignent l’existence de différences cliniquement significatives entre plusieurs molécules, notamment sur les paramètres métaboliques et hémodynamiques, c’est-à-dire liés à la circulation sanguine. Certaines variations observées sont particulièrement nettes et peuvent avoir un impact concret sur le suivi des patients.
Parmi les écarts les plus notables relevés par les chercheurs :
- une différence de 4 kilos sur le poids entre les patients prenant de l’agomélatine et ceux traités par maprotiline ;
- une différence de plus de 21 battements par minute dans la variation de la fréquence cardiaque entre la fluvoxamine et la nortriptyline ;
- une différence de 11 mmHg dans la pression artérielle systolique entre la nortriptyline et la doxépine ;
- une augmentation du cholestérol total avec la paroxétine, la duloxétine, la desvenlafaxine et la venlafaxine ;
- une augmentation de la glycémie associée à la duloxétine.
Des effets sur les marqueurs hépatiques observés chez certains patients
L’étude rapporte aussi des preuves solides d’une hausse de certaines enzymes chez les patients sous duloxétine, desvenlafaxine et lévomilnacipran. Il s’agit des ASAT, ALAT et ALP, trois marqueurs biologiques impliqués respectivement dans le foie, les muscles, les os, l’intestin et le placenta.
Les chercheurs précisent toutefois que ces signaux, bien que robustes statistiquement, ne suffisent pas à eux seuls à être considérés comme cliniquement significatifs. Autrement dit, la présence de ces variations ne signifie pas nécessairement qu’elles entraînent un effet médical important chez tous les patients concernés.
Un poids de départ plus élevé, facteur associé à certaines variations
Les scientifiques ont également observé que certaines modifications induites par les antidépresseurs, comme l’augmentation de la pression artérielle systolique, de l’ALAT et de l’ASAT, étaient aussi associées à un poids corporel initial plus important. Cette donnée suggère que l’état de départ des patients peut influencer une partie des variations constatées au cours du traitement.
Cette nuance est importante, car elle rappelle que les effets secondaires ne dépendent pas uniquement de la molécule prescrite. Le profil du patient, son poids, son état de santé général et ses antécédents peuvent également moduler la manière dont un antidépresseur agit sur l’organisme.
Le choix de l’antidépresseur doit rester centré sur le patient
Pour les auteurs, les résultats de cette analyse doivent être pris en compte par le corps médical, tant les différences entre les antidépresseurs apparaissent importantes sur le plan cardiométabolique. Ils estiment néanmoins que le choix du traitement ne doit pas se limiter aux seuls effets secondaires biologiques.
Les scientifiques rappellent que la décision thérapeutique doit rester celle du patient, en tenant compte du tableau clinique, des préférences du patient, mais aussi de celles des soignants et des cliniciens. L’objectif est de trouver un équilibre entre efficacité du traitement de la santé mentale et tolérance physique au quotidien.
