Plus d’un Français sur quatre souffre de somnolence dans la journée, selon le dernier baromètre de l’Institut national du sommeil et de la vigilance publié au printemps 2025. L’organisme rappelle que les Français se couchent de plus en plus tard, avec un horaire moyen de 23 h 11 en semaine et 23 h 55 le week-end. Près de 45 % des sondés disent aussi souffrir d’au moins un trouble du sommeil, comme l’insomnie, des troubles du rythme ou des apnées.
Un quart des personnes interrogées dorment moins de six heures en semaine, un volume jugé insuffisant pour récupérer correctement. Dans ce contexte, les applications de sommeil séduisent de plus en plus d’utilisateurs en promettant des nuits plus calmes et un endormissement facilité.
Les applications de sommeil sont-elles vraiment efficaces ?
Calm, Sleep Cycle, Better Sleep, Petit Bambou, Mon coach sommeil : les applis de sommeil se multiplient sur smartphone et affichent des promesses de nuits plus réparatrices. Leur efficacité dépend toutefois du type de trouble rencontré et de l’objectif recherché.
« Elles ont tout à fait leur utilité dans les troubles mineurs du sommeil. Certaines sont à visée thérapeutique et d’autres plutôt à visée de suivi (monitoring). Pour l’instant, à ma connaissance, il n’existe pas encore d’applications qui combine réellement les deux », souligne le Pr Pierre Escourrou, cardiologue et somnologue.
Les applis de sommeil à visée thérapeutique
Parmi les solutions les plus utilisées, deux grandes familles se distinguent : les applications fondées sur la relaxation et la méditation, et celles qui reposent sur la thérapie cognitivo-comportementale pour l’insomnie, aussi appelée TCC-I.
Selon le spécialiste, les programmes de TCC-I sont les plus solides scientifiquement. « Pour les secondes, dont l’efficacité est démontrée scientifiquement, il n’existe malheureusement pas encore de prise en charge en France », regrette-t-il.
Méditation, relaxation et sons pour s’endormir
De nombreuses applications misent sur les techniques de relaxation, les méditations guidées ou les bibliothèques de sons pour favoriser l’endormissement. Calm, Better Sleep ou encore Slumber s’adressent en particulier aux personnes dont les troubles du sommeil sont liés à l’anxiété.
« Elles aident à gérer les composantes émotionnelles et à sortir du cercle vicieux des ruminations », explique le Pr Pierre Escourrou. Il conseille souvent à ses patients d’en tester une ou deux en version gratuite avant, si besoin, de passer à une offre payante plus complète. Ces outils restent toutefois adaptés aux troubles mineurs du sommeil.
Les applis basées sur la TCC-I
Les applications fondées sur la thérapie cognitive et comportementale pour l’insomnie sont plus ciblées et, selon le somnologue, très efficaces. Leur usage reste cependant limité en France, malgré des résultats bien documentés.
« Qu’elle soit dispensée en personne ou numériquement, la thérapie cognitive et comportementale pour l’insomnie (CBT-I / TCC-I) est le traitement de référence pour l’insomnie chronique », rappelle le Pr Pierre Escourrou. Des programmes comme Hello Better ou Somnio fonctionnent particulièrement bien pour faciliter l’endormissement.
En France, ces solutions ne sont pas encore prises en charge par l’Assurance maladie, contrairement à l’Allemagne ou au Royaume-Uni, où Sleepio est reconnu par le National Health Service. Leur développement serait pourtant utile, selon le spécialiste, en raison du manque de psychologues formés à la prise en charge de l’insomnie.
Les applis numériques de TCC-I reproduisent les étapes d’une thérapie classique sur smartphone ou ordinateur. L’utilisateur commence par tenir un journal du sommeil pendant quelques jours, afin d’établir un premier diagnostic de ses habitudes nocturnes.
Le programme propose ensuite un plan de sommeil personnalisé : restriction du temps passé au lit, contrôle des pensées qui gênent l’endormissement et travail sur les croyances erronées concernant le sommeil. L’objectif est de réentraîner le cerveau à associer le lit au sommeil, et non à la rumination.
Plusieurs essais cliniques ont montré que ces programmes numériques améliorent significativement l’endormissement, la durée et la qualité du sommeil, avec des effets comparables à une TCC-I en présentiel. En France, certaines équipes les utilisent dans des protocoles de recherche, mais elles ne sont pas encore remboursées par la Sécurité sociale.
Les applis de suivi du sommeil : utiles mais imparfaites
Les applications de suivi du sommeil, ou sleep trackers, utilisent des capteurs de mouvements, de sons ou de fréquence cardiaque pour mesurer les cycles, évaluer la qualité du repos ou réveiller l’utilisateur au « meilleur moment ». Leur promesse séduit, mais leurs limites sont réelles.
« La plupart de ces applications ne sont pas validées scientifiquement », prévient le somnologue. Elles donnent une estimation assez juste de la durée totale du sommeil et permettent de repérer les réveils nocturnes. En revanche, les mesures du sommeil profond restent très approximatives, voire complètement fantaisistes.
Chez certaines personnes, cette surveillance peut même provoquer une orthosomnie, c’est-à-dire une obsession des données enregistrées et une anxiété liée aux « bons chiffres » du sommeil. Comme ces données sont souvent inexactes, elles peuvent nourrir de fausses croyances sur sa propre nuit. « Le remède devient alors pire que le mal… », avertit le Pr Pierre Escourrou.
Quand consulter en cas de troubles du sommeil ?
Des difficultés d’endormissement, des réveils nocturnes fréquents, une fatigue persistante au réveil ou une somnolence pendant la journée doivent alerter lorsqu’ils s’installent dans la durée et altèrent la qualité de vie. Dans ce cas, il est recommandé de consulter un professionnel de santé.
« Lorsque les applications du sommeil à visée thérapeutique ne fonctionnent pas, il faut voir un médecin », insiste le spécialiste. Elles peuvent aider pour des troubles mineurs, mais deviennent inefficaces en cas de dépression.
Le Pr Pierre Escourrou rappelle aussi que les trackers de sommeil ne permettent pas de dépister scientifiquement des pathologies comme les apnées du sommeil. En cas de symptômes persistants, un avis médical reste indispensable.
