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    Gaza : la déshumanisation clé du génocide israélien selon l’ONU

    Israël, Palestine

    Une commission des Nations unies a conclu qu’Israël commet un génocide à Gaza, une situation qui repose, selon ses auteurs, sur un processus puissant de déshumanisation. Pour commettre des violences à une telle échelle, il faut voir les victimes comme différentes, inférieures, voire moins qu’humaines.

    Navi Pillay, présidente de la commission onusienne, compare la logique à celle du génocide rwandais : « Vous déshumanisez vos victimes. Elles deviennent des animaux, et ainsi, sans conscience, on peut les tuer. » Cette vision éclaire les analyses d’observateurs et d’organisations de défense des droits humains.

    Guerre génocidaire

    Gaza City est actuellement soumise à des bombardements intensifs alors que des dizaines de milliers de civils y restent, dans une zone où la famine a été déclarée. L’objectif apparent des opérations israéliennes est de pousser la population à fuir pour pouvoir détruire la ville, faciliter la lutte contre le Hamas et afficher un résultat auprès de l’opinion publique.

    Les souffrances des habitants de Gaza City sont rarement prises en compte dans les déclarations officielles israéliennes. Bombarder des quartiers pour obliger les civils à partir est devenu une pratique banalisée, voire célébrée par certains responsables.

    Le ministre israélien de la Défense, Israel Katz, a déclaré que « Gaza est en feu », tandis que le Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF) désigne la ville comme « le dernier refuge pour les familles du nord de la bande de Gaza ». Le bilan humain dépasse 64 900 Palestiniens tués selon les comptes publics récents.

    L’indignation de l’opinion publique israélienne face au nombre de morts et aux actions de l’armée est limitée. Les manifestations se concentrent surtout sur la libération des captifs israéliens plutôt que sur l’exigence d’un arrêt des opérations meurtrières.

    Un sondage de mi-août du aChord Center indique que 76 % des Israéliens juifs interrogés acceptent, totalement ou partiellement, l’idée que parmi les 2,2 millions d’habitants de Gaza avant la guerre, aucun ne soit innocent.

    « Le génocide ne se produit pas spontanément », résume Orly Noy, journaliste et directrice de la revue locale Local Call. « Une société ne devient pas génocidaire du jour au lendemain : les conditions doivent être réunies. C’est systématique. »

    Une histoire de déshumanisation

    Le processus de déshumanisation ne date pas d’hier et remonte, selon plusieurs voix, à l’histoire même de l’État d’Israël et à des décennies de politiques discriminatoires. Des organisations comme B’Tselem et Physicians for Human Rights-Israel estiment que la guerre actuelle s’inscrit dans une continuité de pratiques violentes visant à maintenir la suprématie d’un groupe.

    Yair Dvir, porte-parole de B’Tselem, souligne l’ignorance persistante à l’égard de la vie palestinienne et de l’expérience quotidienne sous occupation. L’attaque du 7 octobre 2023, qui a fait 1 139 morts, a été perçue par beaucoup comme venant « de nulle part », renforçant l’imagerie de l’ennemi absolu.

    Exemples documentés de cette déshumanisation :

    • Des responsables israéliens, dès 1967, ont tenu des propos niant l’humanité des Palestiniens.
    • Des analyses de livres pour enfants en hébreu ont révélé des représentations des Palestiniens comme des monstres, des chiens sanguinaires ou des vipères.
    • Des études montrent qu’une génération d’élèves a dessiné des Palestiniens comme des animaux ; cette génération forme aujourd’hui une partie des forces impliquées dans Gaza.

    B’Tselem a également tracé une continuité depuis la Nakba de 1948 jusqu’aux politiques contemporaines, décrivant des décennies de mesures visant à «  cimenter la suprématie du groupe juif sur le territoire contrôlé par Israël ».

    « On peut vivre des années sans rencontrer un Palestinien. Nous avons des systèmes éducatifs séparés ; on ne nous enseigne ni leur langue, ni leur culture, ni leur histoire », ajoute Dvir.

    Femme palestinienne déplacée avec des enfants après une frappe israélienne
    Une femme palestinienne déplacée s’assied avec des enfants après une frappe israélienne qui a détruit des tentes et des bâtiments.

    Systèmes de déshumanisation

    La déshumanisation s’exprime par des mécanismes institutionnels et culturels : une vision coloniale qui considère les Palestiniens comme des natifs à mépriser, intrinsèquement inférieurs. Cette perception est profondément ancrée dans certains segments de la société.

    Orly Noy résume : « Ce sentiment que la vie palestinienne vaut moins est fondamental dans la société israélienne ». La normalisation de ce regard se traduit par des politiques et des pratiques éducatives, médiatiques et administratives.

    Des observateurs décrivent également une stratégie concertée de groupes de colons et d’alliés de la droite religieuse visant à prendre le contrôle des institutions — bureaucratie, éducation, médias et même instances militaires — pour imposer leurs vues comme norme.

    Enfants tenant des casseroles vides pour recevoir de la nourriture dans le camp de réfugiés de Nuseirat
    Des enfants attendent de la nourriture distribuée par une organisation caritative dans le camp de réfugiés de Nuseirat.

    Une attitude profondément ancrée

    Cette attitude se manifeste à tous les niveaux de la société et traverse les clivages politiques. Le sociologue Yehouda Shenhav-Shahrabani souligne que la différence entre des figures d’extrême droite et celles se définissant comme « centristes libéraux » peut parfois être ténue lorsqu’il s’agit de perception de l’autre.

    L’exemple récent d’Aharon Haliva, ancien chef du renseignement militaire israélien, enregistré déclarant qu’il faudrait tuer « 50 Palestiniens pour chaque Israélien perdu » après le 7 octobre, illustre la radicalité de certaines prises de position, y compris chez des personnalités perçues comme appartenant au centre.

    Selon Shenhav-Shahrabani, l’idée que la présence palestinienne soit temporaire et que leur déplacement soit inévitable est profondément enracinée. La Nakba est perçue non seulement comme un événement historique, mais comme un processus continu qui se manifeste aujourd’hui en Cisjordanie et à Gaza.

    Capture d'écran d'Aharon Haliva lors d'un panel
    Aharon Haliva, ancien chef du renseignement militaire israélien, dans une capture d’écran lors d’un panel universitaire.

    Le constat revient systématiquement chez des acteurs locaux et internationaux : la déshumanisation des Palestiniens a préparé le terrain à des politiques et des actes dont les conséquences humaines sont aujourd’hui visibles dans le cadre du génocide à Gaza.

    source:https://www.aljazeera.com/news/2025/9/17/dehumanisation-how-israel-is-able-to-commit-its-genocide-in-gaza

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