Le journal nicaraguayen La Prensa a été honoré par l’Unesco, qui lui a décerné le Prix mondial de la liberté de la presse le samedi 3 mai. Ce quotidien historique, forcé de poursuivre ses activités en exil en raison de la répression gouvernementale, incarne la lutte courageuse pour une information libre et indépendante au Nicaragua.
Le 18 janvier 2019, La Prensa avait publié une édition à la couverture blanche pour dénoncer le refus des douanes nicaraguayennes de fournir du papier et de l’encre importés au groupe Editorial La Prensa à Managua.
Un combat historique contre la répression
Fondé en 1926, La Prensa est le plus ancien quotidien du Nicaragua. Il s’est illustré dans la résistance contre la dictature d’Anastasio Somoza et, plus récemment, dans la dénonciation de la mainmise autoritaire du président Daniel Ortega et de son épouse Rosario Murillo, vice-présidente qualifiée de « coprésidente ». Le couple gouverne le pays d’Amérique centrale depuis respectivement 2007 et 2017.
Face à une répression acharnée, le journal a été contraint d’abandonner son édition papier en 2021. Ses journalistes ont fui le pays, et La Prensa est désormais publié uniquement en ligne depuis l’étranger. En parallèle, son gérant, Juan Lorenzo Holmann, a été arrêté en 2021 et condamné à neuf ans de prison pour blanchiment d’argent, avant d’être expulsé vers les États-Unis en février 2023. Le siège du quotidien à Managua a été transformé par les autorités en « centre culturel ».
Une vocation devenue « sacerdoce »
Juan Lorenzo Holmann a exprimé sa gratitude à la réception du prix, déclarant : « C’est un grand honneur pour La Prensa d’obtenir ce prix et nous le recevons avec une profonde gratitude en ces temps difficiles ». Il a souligné que « au Nicaragua, il n’y a pas de journalisme indépendant, la dictature le criminalise. Son exercice n’est pas une vocation, ce n’est pas une profession, c’est devenu un sacerdoce ».
Pour lui, cette distinction de l’Unesco est un hommage non seulement à La Prensa, mais aussi à tous les journalistes indépendants qui continuent à rapporter la vérité depuis l’exil.
Reconnaissance internationale du courage journalistique
Le président du jury du prix, Yasuomi Sawa, a salué « les efforts courageux de La Prensa pour rapporter la vérité au peuple du Nicaragua ». Il a souligné que « contraint à l’exil, ce journal entretient courageusement la flamme de la liberté de la presse ».
Dans le récent classement mondial de la liberté de la presse publié par Reporters sans frontières (RSF), le Nicaragua figure au 172e rang sur 180 pays, illustrant le climat oppressant que subissent les médias indépendants dans ce pays.
Un prix prestigieux pour un engagement risqué
Le Prix mondial de la liberté de la presse Unesco-Guillermo Cano, nommé en hommage à un journaliste colombien assassiné en 1986, sera officiellement remis lors d’une cérémonie le 7 mai à Bruxelles. Cette récompense est attribuée chaque année à une personne, une organisation ou une institution ayant contribué de manière exceptionnelle à la défense ou à la promotion de la liberté de la presse dans le monde, notamment dans des contextes où cette contribution a été accomplie avec bravoure malgré les dangers.
