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    Les disparus en Syrie, un chantage sécuritaire joue avec leur destin

    Les disparus en Syrie, un chantage sécuritaire joue avec leur destin

    Il y a quelques jours, le dernier pardon présidentiel du président syrien Bachar al-Assad a marqué son deuxième anniversaire à la fin d’avril 2022, coïncidant avec la fin du mois sacré de l’Aïd al-Fitr. À cette époque, le ministère de la Justice n’a pas publié de listes de noms bénéficiant de la grâce présidentielle, laissant les forces de sécurité libérer la plupart des libérés dans les rues, tandis que d’autres étaient emmenés dans les centres administratifs des villes. Les proches des centaines de disparus se sont précipités vers les lieux d’arrivée des bus promis, attendant plusieurs jours et nuits la venue de leurs enfants, avant d’être dispersés par les autorités.

    La grâce de 2022 a été la plus large de l’histoire de la Syrie, cependant, elle n’a que peu bénéficié aux anciens détenus depuis le début de la révolution en 2011, se limitant aux récemment emprisonnés. Certains rapports ont même indiqué que certains bénéficiaires de la grâce avaient été condamnés pour des crimes.

    Syriens à Damas attendant l'arrivée des bus de libération des prisons par grâce présidentielle en 2022 (French)

    Tsallul du terme « disparu »

    Les différentes expressions utilisées en Syrie pour l’enlèvement arbitraire sont nombreuses depuis le règne du Parti Baas au pouvoir, comme « disparu » et « emmené », ou la version atténuée « chez sa tante ». Avant 2011, le terme « disparu » est apparu après une série d’enlèvements arbitraires dans les zones contrôlées par le gouvernement.

    Les Syriens ont depuis longtemps connu les descentes dans les maisons, les barrages sécuritaires mobiles et les patrouilles conjointes, sans jamais recevoir d’avis d’arrestation ou de recherche, ni même de leurs déclarations dans les procès-verbaux d’interrogatoire et les accusations qui en ont résulté. Ainsi, il incombait à leurs familles de rechercher des informations ou des nouvelles indiquant où ils étaient détenus, car certains disparus, même « la mouche bleue » – qui se nourrit des cadavres – ne trouverait pas son chemin vers eux, car l’arrestation en Syrie est le premier pas vers la disparition!

    Ce comportement sécuritaire entouré de mystère et de rigidité ouvre la voie aux agences de sécurité et à leurs agents pour extorquer financièrement et émotionnellement les familles à la recherche du lieu du disparu, de ses conditions de détention et de son destin s’il est encore en vie.

    Le nombre de disparus syriens ne se limite pas aux détenus du gouvernement de Damas, il inclut également les enlevés et ceux ayant perdu la vie dans des circonstances inconnues.

    Les estimations du Réseau syrien des droits de l’homme indiquent que plus de 112 000 personnes, dont plus de 3 000 enfants et environ 6 700 femmes, restent portées disparues depuis mars 2011 jusqu’en août 2023, avec environ 87 000 disparus dans les noms des prisons sécuritaires à ce moment-là.

    Effacement des preuves de crime

    En 2018, le gouvernement a mis à jour les bases de données du registre civil et les a converties en format électronique via la carte d’identité électronique, en changeant le statut de milliers de détenus de « vivant » à « mort » (Darya seule comptait mille détenus décédés sous la torture), en spécifiant la cause du décès comme une crise cardiaque ou un tir par des gangs armés.

    Le régime dissimule des vagues de morts parmi ses détenus dans les méandres des registres personnels, ce détail n’étant pas une révélation du sort des disparus mais une falsification délibérée. Que les familles reçoivent l’identité du détenu ou un numéro de tombe, il est impossible de vérifier l’authenticité de l’information, des cas ayant été officiellement confirmés comme décédés par écrit, pour finalement s’avérer être toujours en vie.

    Le régime syrien a également emprunté une autre voie pour effacer la trace des disparus dans ses prisons, en exigeant que les déplacés reviennent dans leurs quartiers en ruine autour de Damas avec une autorisation sécuritaire, accordée uniquement aux familles complètes, privant ainsi les proches des disparus du droit de retour. Ils sont contraints de prouver la disparition de leurs proches enregistrée dans le procès-verbal d’un poste de police pour obtenir cette autorisation et retourner dans leurs maisons détruites.

    Dans les deux cas, les proches des disparus sont contraints de délivrer des certificats attestant leur statut de « disparu » pour faciliter leurs transactions administratives avec les autorités étatiques, laissant entendre que la responsabilité de leur disparition est levée.

    Le processus d’effacement des preuves et des traces se poursuit en détruisant les sites de fosses communes. Des opérations de fouille ont eu lieu dans un site de fosses communes à Qutaifa, dans la campagne de Damas, où des milliers de prisonniers politiques sont présumés enterrés, selon l’Association des détenus et disparus de la prison de Saidnaya.

    Ainsi, le parcours de la perte en Syrie s’étend de l’instant de l’arrestation sombre, où le détenu est conduit dans un poste de sécurité inconnu, puis dans une prison inconnue, pour finir par un destin inconnu, des ténèbres les unes sur les autres, illuminées uniquement par le témoin ayant échappé aux griffes de la mort, informant ceux qui restent en suspens. Tout cela alors que le gouvernement syrien continue de nier la présence de tout prisonnier politique dans ses prisons.

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