More

    Netanyahu accepte un cessez-le-feu : quel changement politique ?

    Israël, Palestine, États-Unis

    Hamas a finalement répondu positivement à la proposition des médiateurs concernant un accord de cessez-le-feu et un échange partiel de prisonniers, ouvrant la voie à des négociations intenses visant à mettre un terme durable au conflit. Selon les déclarations israéliennes, l’acceptation par le Hamas de cette proposition amendée, initialement suggérée par Whitkov, représente un défi majeur pour le gouvernement israélien de droite. Immédiatement, le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben-Gvir et le ministre des Finances Bezalel Smotrich ont exprimé leur opposition à cette version modifiée approuvée par le Premier ministre Benjamin Netanyahu.

    Beaucoup s’interrogent sur le changement de position de Netanyahu, sur ses motivations et sur la manière dont il fera passer cette décision au sein de son gouvernement. Certains avancent une réponse succincte : « Ce qui a changé, c’est Donald Trump et ce qu’il a offert à Israël, notamment pendant la guerre contre l’Iran et dans la perspective d’un accord de paix régional. »

    Cependant, cette explication, bien qu’elle intègre une part de vérité liée à Trump, néglige plusieurs faits essentiels relatifs au contexte électoral israélien, à la position des forces armées, ainsi qu’à la réalité apparue dans la bande de Gaza. Malgré le succès diplomatique de Netanyahu à entraîner les États-Unis dans la lutte contre le programme nucléaire iranien, son capital politique n’a pas su se traduire en soutien électoral suffisant. Les sondages montrent clairement qu’il ne pourrait pas former une coalition si des élections avaient lieu prochainement. De plus, la prolongation du conflit et l’absence de retour des prisonniers mettent Netanyahu en opposition avec la majorité écrasante de la population israélienne.

    Dans ce contexte, Netanyahu, qui ne souhaite pas quitter la scène politique, a vu une opportunité avec la scission entre le général Gadi Eisenkot et le général Benny Gantz, qui a provoqué un séisme politique. Il a aussi amorcé un rapprochement, notamment avec l’opposition de gauche, en visitant pour la première fois le kibboutz Nir Oz, plus de 630 jours après les événements d’Al-Aqsa, annonçant son intention de le reconstruire. Pour la première fois, il a également fait de la libération des prisonniers un objectif prioritaire.

    En résumant, Netanyahu répond ainsi simultanément aux exigences de Trump et aux attentes de la rue israélienne en faveur d’une fin de la guerre, sans s’engager fermement, tout en maintenant un lien avec l’extrême droite.

    Manifestation contre le gouvernement Netanyahu et pour la libération des otages à Tel Aviv, juin 2024

    Netanyahu a accepté le cessez-le-feu en réponse à la fois à Trump et à la pression populaire israélienne (Reuters).

    Un acteur clé derrière les opérations militaires

    Netanyahu est personnellement lié à toutes les opérations militaires d’ampleur menées par l’armée israélienne à Gaza, qui lui ont valu un mandat d’arrêt international. Cette guerre, connue sous divers noms – de la « guerre de la Résurrection », en passant par les « Épées de Fer », jusqu’aux « Chariots de Gideon » – n’a pas encore atteint ses objectifs principaux. Ces objectifs incluaient :

    • Le déplacement de la population de Gaza après la destruction de ses infrastructures vitale,
    • La libération des prisonniers israéliens,
    • La destruction de l’autorité du Hamas.

    Netanyahu a toujours refusé de discuter du « jour d’après », conservant secrètes ses ambitions, laissant les extrémistes s’exprimer librement. Néanmoins, la réalité a dépassé ses attentes. Malgré la destruction massive de Gaza et les actions qualifiées de génocide, ses habitants ont survécu dans des conditions inhumaines et leur résistance, sous différentes formes, perdure.

    Le chroniqueur Shmuel Rosner du journal Maariv a reconnu avec amertume cette réalité : même affaibli, isolé et démuni, Hamas reste résilient, « vacillant mais debout ». Ce constat a provoqué la colère de Netanyahu et de plusieurs ministres lors d’une réunion récente du cabinet, où ont été examinées les différentes options et leurs coûts.

    Face à cette situation, l’état-major militaire a présenté à Netanyahu et son gouvernement un choix crucial : conclure un accord avec le Hamas pour récupérer les prisonniers, ou lancer une reconquête totale de Gaza, ce qui entraînerait la mort des otages et des pertes humaines et économiques considérables pour Israël. L’armée a ainsi chiffré les besoins en troupes pour une occupation complète à cinq divisions, ce qui représenterait une lourde charge pour l’économie israélienne.

    Des fuites médiatiques ont révélé que les hauts responsables militaires ont exprimé leur confusion face aux ordres politiques, soulignant que la mission initiale a été accomplie dans ses limites : contrôle partiel des territoires demandés, gestion partielle de l’aide alimentaire sans intervention de Hamas.

    Un commandant a averti que toute extension de la mission aurait un rendement décroissant, en termes de ressources humaines, matérielles et humaines.

    Rencontre de responsables militaires israéliens discutant des opérations à Gaza

    Les militaires ont demandé aux responsables politiques de définir clairement leurs objectifs à Gaza, afin d’en estimer le coût (Reuters).

    Le ressentiment était palpable parmi certains ministres, qui souhaitent une fin rapide du conflit avec un Hamas épuisé. Toutefois, le Hamas contrôle toujours une partie non négligeable de Gaza. Selon plusieurs membres du gouvernement frustrés, la demande israélienne reste celle-ci : un Hamas vaincu et des prisonniers israéliens rentrés chez eux.

    Netanyahu ne souhaite pas actuellement entrer en conflit ouvert avec l’armée ni porter un nouvel échec à son actif, conscient que des ordres militaires drastiques auraient un coût politique, économique et moral élevé. Il semble donc chercher à tirer un prix élevé de son dialogue avec Trump, notamment en matière d’accords sur l’Iran, la Syrie, le Golfe et des rapprochements diplomatiques en particulier avec l’Arabie Saoudite. Cette stratégie viserait à renforcer son soutien auprès de l’opinion publique israélienne.

    Obstacles dans les négociations

    Suite à la réponse favorable du Hamas, Israël met désormais l’accent sur les amendements demandés par le mouvement, qu’elle qualifie cependant de substantiels. Ces points devront être réglés dans le cadre de négociations indirectes à Doha, où le timing reste crucial.

    Un rendez-vous important est attendu entre Netanyahu et Trump, lundi prochain, lors duquel le président américain devrait annoncer un accord de cessez-le-feu. Des responsables israéliens affirment que les discussions ne dépasseront pas une journée et demie, mais de nombreux détails restent en suspens jusqu’à l’intervention de Trump.

    Les débats portent notamment sur :

    • Le nombre et le calendrier de la libération des prisonniers israéliens, principalement des soldats,
    • Le nombre et l’identité des prisonniers palestiniens à libérer, avec une forte insistance d’Hamas sur la libération de dirigeants et figures clés, refusée catégoriquement par Israël,
    • Le protocole d’acheminement de l’aide humanitaire, sujet à des désaccords importants notamment sur l’implication d’organisations internationales et la distribution à travers des structures contestées.

    Les discussions autour des prisonniers sont particulièrement tendues, avec des divergences sur qui doit déterminer les bénéficiaires des échanges, la famille des otages exigeant des garanties pour leurs proches.

    Marche des familles des prisonniers israéliens vers le bureau de Netanyahu

    Des milliers de familles des prisonniers israéliens marchent vers le bureau de Netanyahu pour réclamer leur libération (Anadolu).

    Parmi d’autres points de discorde, l’étendue du retrait israélien est primordiale, notamment les cartes des zones d’évacuation et de contrôle. Hamas a déjà dénoncé des violations des accords de retrait antérieurs, notamment dans la région de Philadelphia, tandis qu’Israël exclut tout retrait dans la zone de Morag et la zone tampon distante jusqu’à 1,2 km de la frontière.

    Cette zone, en particulier, a subi une destruction systématique des infrastructures et des habitations. L’un des grands défis sera d’autoriser ou non le retour des Palestiniens à leurs domiciles pendant la trêve.

    Les garanties de sécurité américaines, bien qu’acceptées verbalement, ne lient pas Israël officiellement, ce qui reste une source d’incertitude. Par ailleurs, les déclarations publiques des dirigeants israéliens, notamment sur le sort des Palestiniens après la trêve, alimentent les inquiétudes.

    Débat entre Netanyahu et le chef d’état-major sur la gestion de Gaza après la guerre

    Débat intense entre Netanyahu et le chef d’état-major Eyal Zamir sur l’avenir de Gaza après la fin du conflit (Reuters).

    Un extrait diffusé révèle une vive discussion entre Netanyahu et le chef d’état-major israélien Eyal Zamir. Netanyahu a demandé un plan d’évacuation massif de la population vers le sud de Gaza, déclarant qu’il ne souhaitait ni gouvernement militaire ni présence de Hamas dans la bande de Gaza, préférant transférer la population vers une zone civile étendue. Face à ces demandes, Zamir a exprimé ses doutes quant à la capacité de l’armée de gérer deux millions d’habitants, redoutant une perte de contrôle voire des attaques contre les forces israéliennes.

    Netanyahu a insisté pour obtenir un plan d’évacuation à son retour, confirmant que l’option alternative serait une invasion totale de Gaza, synonyme de menaces pour les otages, ce qu’il refuse. Ces échanges témoignent de la complexité et des tensions persistantes dans la préparation de la fin de la guerre.

    Certains estiment que, tout comme Trump a annulé des frappes aériennes israéliennes contre l’Iran, il pourrait influencer Netanyahu et lui faire revoir la situation complexe et les défis imposés par Gaza.

    source:https://www.aljazeera.net/politics/2025/7/5/%d9%86%d8%aa%d9%86%d9%8a%d8%a7%d9%87%d9%88-%d9%88%d8%a7%d9%84%d9%82%d8%a8%d9%88%d9%84-%d8%a8%d9%88%d9%82%d9%81-%d8%a7%d9%84%d9%82%d8%aa%d8%a7%d9%84-%d9%85%d8%a7-%d8%a7%d9%84%d8%b0%d9%8a

    LAISSER UN COMMENTAIRE

    S'il vous plaît entrez votre commentaire!
    S'il vous plaît entrez votre nom ici


    Actualités

    L’acteur de Friends, Matthew Perry, décède à 54 ans

    "Matthew Perry, célèbre pour son rôle de Chandler Bing dans Friends, décède à 54 ans. Acteur très apprécié, sa mort suscite l'émotion mondiale."

    Entité sioniste déploie des navires de guerre en Mer Rouge selon un expert militaire

    Entité sioniste déploie des navires de guerre en Mer Rouge pour contrer les Houthis au Yémen, une manœuvre vue comme une démonstration de force envers l'Iran.

    L’affaire des SMS entre Pfizer et la Commission européenne : ce qu’il faut savoir

    En avril 2021, le New York Times a révélé...

    Banque suisse : Credit Suisse en chute libre après la faillite de la SVB

    L'action de Credit Suisse a dévissé de plus de...

    Le Retour de Microsoft avec Bing et Edge : Une Menace pour Google ?

    Depuis moins de trois mois, ChatGPT a déjà créé...

    Hantavirus : 12 cas recensés le 17 mai, pourquoi le risque reste très faible en Europe

    L’ECDC a mis à jour ce 17 mai le foyer d’hantavirus lié au MV Hondius : 12 cas au total, mais un risque toujours jugé très faible pour le grand public en Europe.

    Taïwan: Lai réaffirme que l’île ne dépend pas de Pékin

    Lai Ching-te a réaffirmé que Taïwan n’appartenait pas à Pékin et que seul le peuple taïwanais pouvait décider de l’avenir de l’île. Une déclaration qui relance les questions sur l’équilibre entre Taipei, Washington et la Chine.

    Google, UE et parasite SEO : le vrai combat autour du site reputation abuse

    Google propose des concessions à Bruxelles sur sa politique site reputation abuse. Derrière le parasite SEO, un bras de fer sur la visibilité des médias.

    Attaque de drones sur Moscou: ce que l’on sait de la plus forte vague revendiquée depuis plus d’un an

    La Russie dit avoir subi sa plus importante attaque de drones sur Moscou depuis plus d’un an, avec au moins quatre morts selon Reuters.

    Ebola: l’OMS déclenche son plus haut niveau d’alerte internationale pour la RDC et l’Ouganda

    L’OMS a élevé l’épidémie d’Ebola en RDC et en Ouganda au rang d’urgence de santé publique de portée internationale.

    OpenAI et Malte lancent une expérimentation inédite: un an de ChatGPT Plus pour les habitants formés à l’IA

    Malte veut démocratiser l’usage de l’IA avec un an d’accès à ChatGPT Plus après un parcours de formation gratuit.

    Tunisie : des manifestants remettent la pression sur Kaïs Saïed au cœur d’une crise politique et sociale

    La mobilisation de samedi à Tunis relance les inquiétudes sur les libertés publiques et sur l’aggravation de la crise économique tunisienne.

    Hantavirus : un cas confirmé au Canada, faut-il s’inquiéter en France ? Ce que l’on sait des symptômes, de la transmission et du risque...

    Après un nouveau cas confirmé au Canada, voici ce que disent Reuters, l’OMS, l’ECDC, le CDC, le ministère de la Santé et l’Institut Pasteur sur le risque réel en France.

    à Lire

    Categories