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    Pourquoi l’Iran a-t-il boycotté le sommet de Charm el-Cheikh sur Gaza ?

    Iran, Égypte, Israël, États-Unis, Palestine

    L’annonce de l’invitation adressée à l’Iran par les États-Unis et l’Égypte pour participer au sommet de Charm el‑Cheikh consacré à Gaza a mis au jour un profond désaccord au sein de l’échiquier politique iranien.
    Certains y voyaient une occasion de briser l’isolement international et de réaffirmer le rôle régional de Téhéran, tandis que d’autres y ont perçu une normalisation dangereuse et la légitimation des plans des adversaires de l’Iran, en l’absence du mouvement de résistance Hamas.

    Invitation, débats et décision finale

    L’appel conjoint des États‑Unis et de l’Égypte posait à l’Iran un dilemme : accepter pour reconnaître son poids régional ou refuser pour préserver le principe de rejet du rapprochement avec Israël.
    Après de longues délibérations, le gouvernement iranien a annoncé dimanche sa décision ferme de ne pas participer au sommet où devait être signé un accord de cessez‑le‑feu entre Israël et le Hamas, en présence d’une large représentation internationale.

    Le ministre des Affaires étrangères, Abbas Araqchi, a expliqué que, malgré l’ouverture de la république islamique à la diplomatie, elle ne peut « traiter avec ceux qui ont attaqué le peuple iranien, qui continuent de le menacer et qui lui imposent des sanctions ».
    Il a ajouté qu’Iran se disait prête à soutenir toute initiative qui mettrait fin à ce qu’elle qualifie d’« extermination » dans la bande de Gaza et conduirait au retrait des forces d’occupation.

    Extrait du message publié par le ministre sur la plateforme X : « L’Iran exprime sa gratitude pour l’invitation du président Sissi. Malgré ma préférence pour le dialogue diplomatique, je ne peux, ni moi ni le président Bzeshkian, dialoguer avec ceux qui ont agressé le peuple iranien et continuent à nous menacer et à nous sanctionner. »
    (Voir le message : https://twitter.com/iraninarabic_ir/status/1977626296927535549?ref_src=twsrc%5Etfw)

    Des calculs régionaux complexes

    Selon des observateurs, l’invitation plaçait Téhéran devant un choix stratégique aux ramifications géopolitiques.
    Le sommet est perçu comme un tournant dépassant le seul cadre gazaoui, visant à consolider l’influence de Washington et du Caire dans la période post‑conflit, notamment pour piloter la reconstruction et superviser le cessez‑le‑feu.

    Le professeur de géographie politique Yadollah Karimi‑Pour a estimé que la réunion cherchait à :

    • donner une large légitimité internationale à un plan soutenu par les États‑Unis ;
    • ouvrir la voie à l’émergence de nouvelles forces palestiniennes ;
    • instaurer une architecture sécuritaire et administrative différente pour Gaza, tout en écartant des acteurs majeurs comme la Russie et la Chine.

    Karimi‑Pour a identifié plusieurs motivations à la décision iranienne de boycotter le sommet :

    • refuser de légitimer un projet contraire à ses intérêts ;
    • éviter de participer à une initiative dominée par Washington, face à des pressions internes hostiles à l’Occident ;
    • préserver le « axe de la résistance » et prévenir tout affaiblissement de ses alliés régionaux.

    Il a cependant prévenu que l’« auto‑exclusion » pourrait coûter cher à l’Iran en la privant d’une influence sur le futur équilibre palestinien et en accentuant son isolement politique.

    Enjeux de sécurité nationale et intérêts régionaux

    Qasem Mohibali, ancien directeur général pour le Moyen‑Orient au ministère iranien des Affaires étrangères, a estimé que la présence de Téhéran au sommet était une « nécessité stratégique ».
    Selon lui, l’absence iranienne pourrait avoir des conséquences lourdes pour ses intérêts régionaux.

    Mohibali a rappelé que l’Iran dispose d’un rôle déterminant dans le soutien aux mouvements du Hamas et du Jihad islamique à Gaza, au Hezbollah au Liban, ainsi que d’une influence notable en Syrie et au Yémen.
    Il a insisté sur le fait que l’Iran ne pouvait se permettre d’être absente au moment où se définissent des accords susceptibles de remodeler la région.

    Dans un entretien, il a comparé la situation à un proverbe perse : « celui qui assiste aux funérailles doit aussi assister aux réjouissances », signifiant qu’il est dans l’intérêt de l’Iran d’être présente lors des décisions, plutôt que de voir d’autres statuer en son nom ou en son absence.

    Lectures politiques et critiques internes

    Une large partie des conservateurs et des militants politiques iraniens considèrent le sommet de Charm el‑Cheikh comme une opération de rebranding de ce qu’ils appellent la « transaction du siècle » ou les accords d’Abraham.
    Pour eux, l’objectif est de transformer un revers militaire israélien à Gaza en gain politique international.

    Ali Reza Salimi, président du groupe d’amitié parlementaire irano‑égyptien, a salué la décision de boycott en déclarant que l’Iran ne peut se contenter d’observer tandis que d’autres décident du sort de la région.
    Il a affirmé que les Palestiniens doivent rester les seuls à décider de leur avenir et a exprimé des doutes sur les véritables intentions américaines et israéliennes.

    Un message relayé par Al Jazeera signalait déjà, avant l’annonce officielle, que l’Iran ne participerait pas, malgré l’invitation : https://twitter.com/AJArabic/status/1977318248829034784?ref_src=twsrc%5Etfw

    Alternatives diplomatiques envisagées

    Malgré la ligne officielle rigide, certaines voix appellent à une diplomatie plus souple permettant à l’Iran de conserver une influence sur l’avenir de Gaza sans pour autant renoncer à ses principes.
    L’idée d’une participation symbolique, à un niveau inférieur, a été avancée comme option pragmatique.

    L’ambassadeur iranien retraité Abdolreza Faraji‑Rad a estimé qu’un envoi d’une délégation de second rang — composée, par exemple, de vice‑ministres ou de directeurs généraux — aurait permis à Téhéran d’exprimer ses positions et d’éviter l’accusation d’inaction.
    Il a aussi noté que l’invitation directe des États‑Unis constituait une « première » dans des relations bilatérales tendues et qu’elle pouvait être exploitée diplomatiquement sans s’engager pleinement.

    Faraji‑Rad a toutefois mis en garde contre l’idée que Washington ait réellement changé sa politique envers l’Iran sur des dossiers comme l’enrichissement nucléaire ou le programme balistique, soulignant la nécessité de prudence dans toute démarche.

    source:https://www.aljazeera.net/politics/2025/10/13/%d9%84%d9%85%d8%a7%d8%b0%d8%a7-%d8%a7%d8%ae%d8%aa%d8%a7%d8%b1%d8%aa-%d8%a5%d9%8a%d8%b1%d8%a7%d9%86-%d9%85%d9%82%d8%a7%d8%b7%d8%b9%d8%a9-%d9%82%d9%85%d8%a9-%d8%b4%d8%b1%d9%85

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