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    Séisme en Afghanistan : comprendre les causes du désastre géographique

    Afghanistan

    Le séisme survenu le lundi 1er septembre 2025 en Afghanistan, d’une magnitude de 6 sur l’échelle de Richter, n’a pas été une exception dans la série de catastrophes naturelles qui frappent le pays. Comme lors du tremblement de terre du 22 juin 2022, une secousse classée « moyenne » en termes d’intensité s’est transformée en drame humain en raison d’une conjonction de facteurs géographiques et structurels.

    La combinaison de failles actives, de reliefs montagneux escarpés et d’infrastructures fragiles transforme chaque secousse en catastrophe. Le présent article explique pourquoi la magnitude seule ne suffit pas à mesurer l’impact d’un événement sismique et détaille les éléments qui ont aggravé ce désastre.

    La force n’est pas le seul critère

    Nombre de personnes associent instinctivement la destructivité d’un séisme à son chiffre sur l’échelle de Richter. Pourtant, plusieurs éléments déterminent réellement l’ampleur des dégâts, comme l’explique le Dr Sayed Salem, ancien directeur général de géophysique à l’Autorité de cartographie géologique égyptienne.

    Parmi les facteurs les plus déterminants :

    • Profondeur du foyer : les séismes superficiels transmettent les vibrations directement aux zones habitées et sont souvent plus dangereux même quand leur magnitude est modérée.
    • Type de sol et de roches : les sols argileux et sablonneux mous amplifient les ondes, alors que les roches dures les absorbent davantage.
    • Topographie : les montagnes favorisent les glissements de terrain et la chute de blocs, tandis que les zones basses voient plus de fissures et de liquéfaction.
    • Nature du compartiment de faille : les failles à mouvement inversé ou mixte génèrent souvent des secousses plus destructrices que les failles à coulissage latéral.
    • Qualité des constructions : les habitations en briques non armées ou en terre s’effondrent plus vite que les structures en béton armé respectant des normes parasismiques.
    • Conditions hydrologiques et répliques : sols saturés d’eau et séquences de répliques aggravent les dommages et la vulnérabilité des bâtiments déjà fragilisés.

    Le Dr Salem souligne que la profondeur, la proximité des zones peuplées et la nature du mouvement de faille expliquent pourquoi des séismes « moyens » peuvent devenir catastrophiques.

    Onde sismique et carte Turquie-Syrie

    Pourquoi l’Afghanistan concentre tous les risques

    L’Afghanistan combine plusieurs des facteurs ci‑dessous, ce qui explique la fréquence et l’intensité des catastrophes sismiques dans le pays. Le séisme du 1er septembre a été localisé à seulement 8 kilomètres de profondeur, une profondeur très faible qui transmet directement les vibrations aux villages environnants.

    Selon les classifications du service de géologie américain, les séismes peu profonds se situent entre 0 et 70 km et causent généralement des dégâts importants à la surface (voir https://www.usgs.gov/programs/earthquake-hazards/determining-depth-earthquake).

    Des études comparatives montrent que des séismes de magnitude similaire peuvent produire des effets très différents en fonction de la profondeur et du contexte géologique. Une recherche publiée dans Earthquake Science souligne que des foyers proches de 8 km représentent un risque particulièrement élevé (https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S1674451922000945).

    Une étude de 2023 menée par le chercheur afghan Noor Ahmad Akhundzada (Cornell) décrit l’Afghanistan comme situé au carrefour des pressions tectoniques :

    • La plaque arabe avance vers le nord le long de l’ouest du pays.
    • La plaque indienne pousse vers le nord à l’est, provoquant subduction et heurts sous la plaque eurasienne.
    • Ces mouvements créent une vaste toile de failles actives, notamment dans les zones Hindukouch–Himalaya.

    La conjonction de ces contraintes tectoniques engendre des failles inverses et à inclinaison variable, responsables de secousses souvent superficielles et destructrices (voir https://www.authorea.com/users/700001/articles/687068-earthquake-risks-and-lack-of-disaster-management-in-afghanistan).

    Relief montagneux et dépôts sédimentaires le long des montagnes

    Amplification des ondes et fragilité des sols

    Le séisme a frappé la province de Kunar, à l’est de l’Afghanistan, près de Jalalabad. Cette région est composée majoritairement de dépôts sédimentaires argileux et sablonneux, qui amplifient les vibrations.

    La sismologue Judith Hubbard (Université Cornell) explique que ces sols agissent comme « un coussin mou » : ils ralentissent les ondes sismiques et augmentent leur amplitude au niveau de la surface. À l’inverse, les roches dures transmettent les ondes rapidement sans amplification notable.

    Les phénomènes à connaître :

    • Amplification : les couches sédimentaires épaisses augmentent l’intensité des secousses en surface.
    • Résonance : si l’épaisseur des sédiments correspond à la longueur d’onde, l’effet de résonance peut multiplier les vibrations.
    • Tassement et liquéfaction : dans les sols sableux saturés, la perte de cohésion transforme le sol en masse fluide, entraînant l’effondrement des bâtiments.

    Dans le cas présent, la conjonction entre sols faibles et maisons construites en matériaux traditionnels (terre, briques non armées, bois) a entraîné des effondrements rapides. À cela se sont ajoutées plus d’une dizaine de répliques, dont deux secousses de magnitude 5,2, aggravant le bilan initial.

    Carte des provinces de l'Afghanistan et régions avoisinantes

    Bilan humain et conséquences immédiates

    La combinaison de tous ces facteurs a provoqué la destruction totale de trois villages dans la province de Kunar et d’importants dégâts dans de nombreuses localités voisines.

    Les autorités sanitaires afghanes font état d’un bilan provisoire d’environ 800 morts et plus de 3 000 blessés. Les séismes superficiels, les sols meubles, la faiblesse des constructions et les fortes répliques ont amplifié la catastrophe.

    Ce drame illustre de façon tragique pourquoi le « séisme Afghanistan 2025 » a eu des conséquences aussi sévères malgré une magnitude qualifiée de moyenne : ce sont la profondeur, la géologie, les mouvements de faille, le type de sol et la vulnérabilité des habitations qui ont déterminé l’ampleur des dégâts.

    Les secours et les efforts de reconstruction devront désormais prendre en compte ces facteurs pour renforcer la résilience des zones à risque et réduire l’impact des prochaines secousses.

    source:https://www.aljazeera.net/science/2025/9/2/%d8%b2%d9%84%d8%b2%d8%a7%d9%84-%d8%a3%d9%81%d8%ba%d8%a7%d9%86%d8%b3%d8%aa%d8%a7%d9%86-%d9%82%d8%af%d8%b1-%d8%a7%d9%84%d8%ac%d8%ba%d8%b1%d8%a7%d9%81%d9%8a%d8%a7-%d9%8a%d8%ad%d8%b1%d9%83

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