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    Syrie : Défis géopolitiques et relations avec la Russie et l’Occident

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    Syrie : Défis géopolitiques et relations avec la Russie et l’Occident

    La géopolitique et ses lois contraignantes représentent un défi majeur pour les politiques étrangères des États, particulièrement ceux qui se trouvent au cœur de la compétition régionale et internationale. Ce défi est d’autant plus complexe pour des pays comme la Syrie, qui sortent tout juste d’un conflit dévastateur ayant altéré leur souveraineté nationale, tout en accueillant de nombreuses forces étrangères sur leur sol.

    Dans le cas de la Syrie, ce type de défi géopolitique est bien connu. Depuis près d’un an et demi de guerre, la dynamique de la concurrence régionale et internationale a dominé les autres formes de conflit. Cette réalité impose aux dirigeants syriens de traiter cette question comme une priorité afin de limiter les risques liés à leur processus de transition.

    Le président intérimaire Ahmed al-Chara a jusqu’à présent montré une compréhension notable des défis géopolitiques et de la nécessité pour la Syrie d’éviter un engagement négatif dans ce domaine. Par exemple, il a fait preuve d’un pragmatisme surprenant dans ses relations avec la Russie, se montrant prêt à établir de bonnes relations avec Moscou, malgré son rôle déterminant dans le soutien du régime déchu de Bachar al-Assad depuis la seconde moitié de la dernière décennie.

    Ce pragmatisme peut être compris. La Russie maintient encore deux bases militaires en Syrie, et le besoin du gouvernement al-Chara de consolider le nouveau pouvoir et d’assurer la stabilité sécuritaire l’oblige à éviter une position hostile vis-à-vis de Moscou, ce qui pourrait engendrer des risques indésirables pour le processus de transition.

    De plus, al-Chara perçoit l’avenir des bases russes en Syrie comme un atout pour améliorer sa position de négociation avec l’Occident, dans le but d’obtenir une plus grande légitimité et un soutien accru de la part des pays occidentaux.

    En revanche, les relations avec la Turquie et l’Arabie Saoudite font partie des principaux aspects de la problématique géopolitique régionale qui affecte davantage la transition syrienne. Le choix d’al-Chara de se rendre d’abord en Arabie Saoudite puis en Turquie illustre sa prise de conscience de la nécessité de diversifier les partenariats stratégiques entre ces deux puissances régionales essentielles pour la Syrie, tout en évitant de s’aligner sur un axe particulier.

    Ce choix s’explique également par le fait que la Turquie est un partenaire stratégique naturel pour la nouvelle Syrie, grâce à sa proximité géographique, son soutien fort à la révolution syrienne et sa présence significative sur le terrain. Cependant, l’Arabie Saoudite représente un pilier du monde arabe, vers lequel al-Chara souhaite orienter la nouvelle Syrie, ouvrant la voie à un soutien économique substantiel et à la reconstruction, tout en ayant la capacité d’influencer les politiques occidentales en Syrie.

    Concernant les relations avec l’Occident, il est évident que l’intérêt d’al-Chara pour établir de bonnes relations avec les pays occidentaux ne se limite pas seulement à la nécessité de lever les sanctions qui pèsent sur la Syrie, bien que ce facteur soit crucial.

    Les États-Unis maintiennent encore une présence militaire dans le nord-est de la Syrie. Un bon rapport avec eux pourrait augmenter les chances d’un accord qui mènerait à un retrait américain, tout en abordant la question des Unités de protection du peuple kurde, qui représentent la plus grande menace pour l’intégrité territoriale de la Syrie.

    Par ailleurs, le nouveau défi posé par l’occupation israélienne de certaines parties du territoire syrien après la chute du régime déchu renforce la nécessité pour al-Chara de s’adresser à l’Occident afin qu’il fasse pression sur Israël pour qu’il se retire des terres occupées.

    Gérer la présence militaire turque, américaine, russe et israélienne nécessite une grande habileté pour équilibrer les partenariats extérieurs de la nouvelle Syrie. Un tel équilibre non seulement limite les risques de pression géopolitique sur la transition syrienne, mais crée également une marge solide pour al-Chara afin de diversifier les partenariats et d’inciter les acteurs régionaux et internationaux à s’engager positivement dans le soutien à la transition, tout en soulignant l’importance de traiter le besoin de la Syrie de trouver des cadres pour gérer la question de la présence militaire étrangère sur son sol, ce qui lui permettrait de retrouver sa souveraineté nationale sur l’ensemble de son territoire.

    La plupart de ces acteurs ont exprimé leur volonté de soutenir le processus de transition syrien, mais cette volonté ne dissimule pas le fait que la concurrence régionale et internationale pour la nouvelle Syrie continuera d’être un élément déterminant dans la définition des contextes de transition et de la capacité de la Syrie à faire face à la problématique géopolitique.

    Dans ce contexte, deux voies possibles se dessinent face au défi géopolitique sur la transition syrienne. La première est celle des pressions que ce défi exercera sur la transition si al-Chara échoue à établir un équilibre précis dans ses nouveaux partenariats, notamment avec la Turquie et l’Arabie Saoudite.

    La capacité de la Turquie et des États-Unis à parvenir à un consensus sur l’avenir des unités kurdes déterminera également l’ampleur des effets négatifs de la concurrence étrangère sur la Syrie.

    La seconde voie consiste à ce que la géopolitique devienne un élément de soutien à la transition, si la Turquie et l’Arabie Saoudite parviennent à un degré élevé d’harmonie dans leur politique syrienne et à gérer leurs objectifs et ambitions sur la base d’une coopération compétitive, et si al-Chara réussit à équilibrer des relations amicales avec la Russie et de bonnes relations avec l’Occident.

    Un tel équilibre semble difficile, mais il apparaît nécessaire, compte tenu que ce que l’Occident peut offrir à la Syrie dépasse l’importance de ce que la Russie peut lui fournir.

    source:https://www.aljazeera.net/opinions/2025/2/23/%d8%a7%d9%84%d8%ba%d8%b1%d8%a8-%d9%88%d8%b1%d9%88%d8%b3%d9%8a%d8%a7-%d8%a5%d9%84%d9%89-%d8%a3%d9%8a%d9%86-%d8%aa%d8%aa%d8%ac%d9%87-%d8%a7%d9%84%d8%b3%d9%8a%d8%a7%d8%b3%d8%a9

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