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    Trump accueille le chef militaire pakistanais : nouveau tournant diplomatique

    Pakistan, États-Unis, Inde, Iran, Israël

    Lors de son premier discours devant une session conjointe du Congrès américain le 4 mars de cette année, Donald Trump, fraîchement réélu président des États-Unis, a fait une révélation marquante. Il a évoqué l’attentat meurtrier d’Abbey Gate à l’aéroport de Kaboul en août 2021, au moment où des milliers d’Afghans tentaient de fuir après la prise de pouvoir des talibans, affirmant que le supposé responsable avait été arrêté.

    Trump a particulièrement remercié le gouvernement pakistanais pour sa contribution à cette arrestation. Un peu plus de trois mois après cette déclaration, il a accueilli à la Maison Blanche le chef de l’armée pakistanaise, le général Asim Munir, pour un déjeuner – une première pour un président américain de recevoir un chef militaire pakistanais qui n’est pas aussi le chef de l’État du pays. Munir effectuait une visite de cinq jours aux États-Unis.

    Ce rapprochement est d’autant plus notable que sept ans auparavant, Trump accusait le Pakistan de ne fournir aux États-Unis « rien d’autre que des mensonges et de la tromperie » et d’offrir des refuges à des terroristes. Son prédécesseur Joe Biden qualifiait le Pakistan de « l’une des nations les plus dangereuses ». Ce nouveau contact marque donc un virage spectaculaire dans les relations bilatérales.

    Un réajustement au cœur de crises régionales

    Cette rencontre s’est déroulée alors que les tensions montaient au Moyen-Orient, Israël menant des frappes sur des villes iraniennes depuis le 13 juin, et l’Iran ripostant par des attaques de missiles sur Israël. Plus de 200 personnes ont été tuées dans cette offensive israélienne ciblant généraux, bases de missiles et installations nucléaires iraniennes, tandis qu’environ 20 personnes sont mortes suite aux attaques iraniennes par missiles et drones.

    Le gouvernement israélien dirigé par Benjamin Netanyahu a pressé les États-Unis de rejoindre l’offensive contre l’Iran, pays qui partage une frontière de 900 kilomètres avec le Pakistan.

    Dans le Bureau Ovale, après son déjeuner avec Munir, Trump a souligné que les Pakistanais connaissent « très bien » l’Iran mais « ne sont pas contents » de la situation. Il a cependant précisé que sa principale raison de rencontrer Munir était de le remercier pour son rôle dans la désescalade du conflit militaire de mai entre l’Inde et le Pakistan, qui a failli dégénérer en guerre nucléaire.

    Trump a déclaré : « J’ai voulu le remercier d’avoir évité la guerre avec l’Inde. Je remercie également le Premier ministre Narendra Modi, avec qui nous travaillons sur un accord commercial. Ces deux hommes très intelligents ont choisi de ne pas poursuivre un conflit qui aurait pu être nucléaire. »

    Ce conflit a débuté après une attaque en avril dans le Cachemire administré par l’Inde, faisant 26 morts civils indiens, pour laquelle l’Inde a accusé le Pakistan, accusation rejetée par Islamabad qui a appelé à une enquête indépendante et transparente.

    Les affrontements militaires ont duré plusieurs jours, impliquant des frappes aériennes pakistanaises et indiennes, des batailles de drones et des tirs de missiles. Le cessez-le-feu est finalement intervenu suite à une diplomatie intense, notamment des États-Unis, selon Trump qui s’est attribué un rôle clé dans cet apaisement.

    Un historique d’engagements stratégiques

    Les relations entre le Pakistan et les États-Unis remontent à l’indépendance pakistanaise en 1947, époque à laquelle le pays s’était aligné sur Washington pendant la Guerre froide. Après l’invasion soviétique de l’Afghanistan, le Pakistan a collaboré avec les États-Unis pour soutenir les moudjahidines. Il a également soutenu la « guerre contre le terrorisme » lancée par les États-Unis après le 11 septembre.

    Cependant, la crédibilité du Pakistan comme allié stratégique a été souvent remise en cause, notamment après la découverte en 2011 d’Oussama ben Laden à Abbottabad, près du siège militaire pakistanais. Depuis le retour au pouvoir des talibans en 2021, ce partenariat s’est encore fragilisé, Islamabad se tournant progressivement vers la Chine pour un soutien économique et militaire.

    Depuis le retour de Trump au pouvoir, le Pakistan bénéficie d’un regain de considération, notamment pour sa coopération antiterroriste, qui a contribué à l’arrestation du suspect de l’attentat d’Abbey Gate. Le général Michael Kurilla, chef du Commandement central américain (CENTCOM), a confirmé que cette réussite est due à une coordination directe avec le général Munir.

    Par ailleurs, le Pakistan propose des atouts économiques tels que des minéraux rares essentiels aux industries de défense et technologie, ainsi qu’une ouverture au secteur des cryptomonnaies, ce qui pourrait attirer des investissements américains et saoudiens.

    Des liens transactionnels au coût démocratique

    Traditionnellement, les relations entre les États-Unis et le Pakistan ont été largement transactionnelles, surtout dans le domaine sécuritaire. L’aide américaine et les investissements dépendaient souvent de l’alignement de Islamabad sur les objectifs stratégiques de Washington.

    Cette relation a aussi été marquée par la méfiance. Les administrations américaines ont accusé le Pakistan de double jeu, tandis que ce dernier déplore un manque de reconnaissance de ses sacrifices pour les États-Unis.

    Certains experts soulignent que cette nouvelle phase pourrait être éphémère, liée à la personnalité changeante de l’administration Trump, qui « change d’avis à l’heure » selon Marvin Weinbaum, spécialiste du Moyen-Orient.

    Raza Ahmad Rumi, enseignant à l’université de New York, met en garde contre une relation « tactique » qui pourrait s’étioler dès que les intérêts stratégiques seront atteints ou que les gouvernements changeront.

    Pour Arif Ansar, stratège à Washington, le Pakistan est à un tournant stratégique majeur, entre son alliance historique avec la Chine et la tentation d’approfondir ses liens avec les États-Unis, un choix influencé aussi par l’évolution du conflit israélo-palestinien et le rôle de l’Iran.

    Le poids réel de l’armée pakistanaise

    L’armée reste l’institution la plus puissante au Pakistan, avec une influence considérable sur la politique et la société. Elle a dirigé le pays directement pendant plus de trente ans. Le gouvernement actuel, élu lors d’un scrutin controversé, est largement perçu comme subordonné à la direction militaire incarnée par Munir.

    Historiquement, les chefs militaires pakistanais ont toujours entretenu des relations étroites avec les États-Unis, notamment Ayub Khan dans les années 1960, Muhammad Zia-ul-Haq dans les années 1980 et Pervez Musharraf dans les années 2000 – tous reçus à la Maison Blanche en tant que chefs d’État.

    Munir, deuxième Pakistanais à recevoir le grade de maréchal après Ayub Khan, confirme l’idée que le véritable pouvoir au Pakistan demeure avec l’armée, malgré l’existence d’un gouvernement civil.

    Cependant, Rumi souligne l’importance de ne pas confondre symbolisme et transformation : le déjeuner Trump-Munir illustre bien la continuité du canal militaire entre Washington et Islamabad, mais il contourne les structures civiles, ce qui inquiète ceux qui espèrent une consolidation démocratique. « Si c’est un reset, c’est un reset où le kaki l’emporte définitivement sur les bulletins de vote », avertit-il.

    Pour Ansar, cette rencontre reflète un déséquilibre civil-militaire et souligne que les décisions cruciales se prennent en privé, ce qui alimente la désillusion sociale et politique sur l’avenir du pays.

    source:https://www.aljazeera.com/news/2025/6/19/trumps-pakistan-embrace-tactical-romance-or-a-new-inner-circle

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