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    Trump menace la démocratie : jusqu’où ira-t-il ?

    États-Unis

    Donald Trump, réélu cette année, a promis la rétribution contre ses ennemis politiques, et la formule « Trump, rétribution, pouvoir présidentiel, États-Unis » résume le fil rouge de son action : neuf mois plus tard, l’ampleur inédite de cet engagement — ou de cette menace — est en train de se concrétiser sur plusieurs fronts.

    Trump, rétribution et l’élargissement du pouvoir présidentiel

    Le président a publiquement exhorté son procureur général à s’en prendre à des opposants politiques, a suggéré que le gouvernement révoque des licences de télévision pour discipliner des médias qu’il juge biaisés, et a ciblé des cabinets d’avocats en retirant des habilitations de sécurité et des contrats publics. Ces mesures, menées avec une ostentation que ses détracteurs qualifient d’impudente, modifient des normes institutionnelles longtemps considérées comme intangibles.

    James Comey et Donald Trump côte à côte

    La semaine dernière, il a signé un décret sur le « domestic terrorism and political violence », annonçant qu’il servirait à enquêter sur des « wealthy people » finançant des « professional anarchists and agitators », citant parmi eux George Soros et Reid Hoffman. Quelques heures plus tard, le ministère de la Justice annonçait l’inculpation de James Comey, ancien directeur du FBI et critique du président. Le président avait qualifié Comey de « guilty as hell » quelques jours plus tôt.

    Pour justifier une offensive ciblée contre des groupes de gauche, Trump a pointé deux actes de violence récents : l’assassinat de l’activiste conservateur Charlie Kirk sur un campus universitaire et l’attaque armée contre des agents de l’immigration à Dallas, qui a fait deux blessés et un mort parmi des détenus migrants. Selon la Maison-Blanche, ces événements rendent « necessary, and urgent » une riposte gouvernementale.

    Le président présente ces enquêtes comme une lutte contre des malfaiteurs et des membres d’un « deep state » qui, selon lui, ont sapé son premier mandat. Sa coalition MAGA réclame aussi des comptes contre les médias mainstream pour leur présumé parti pris et « fake news », tandis que l’exécutif justifie une intervention étatique pour corriger des entreprises privées accusées de favoriser la diversité ou d’être corrompues politiquement.

    Inculpation de James Comey, pressions sur la Justice et réactions

    L’inculpation de James Comey pour faux témoignage devant le Congrès et entrave à la justice est accueillie par une partie des observateurs comme un cas emblématique de « rétribution ». Dans les jours précédant l’inculpation, Trump avait demandé à l’ex-procureure générale Pam Bondi de poursuivre, outre Comey, la procureure générale de New York Letitia James et le sénateur californien Adam Schiff, qu’il accuse de conspiration contre lui.

    « We can’t delay any longer, it’s killing our reputation and credibility, » he wrote. « They impeached me twice, and indicted me (5 times!), OVER NOTHING. JUSTICE MUST BE SERVED, NOW!!! »

    Donald Trump serre la main de James Comey

    Le procureur fédéral qui enquêtait sur Comey et James a démissionné sous la pression, remplacé par un ancien avocat personnel de Trump, et cette remplaçante a présenté l’affaire Comey devant le grand jury, selon les informations rapportées. « This is unprecedented, to have the president basically direct his people to indict a specific individual because he’s angry at that person, » a déclaré Laurie Levenson, professeure de droit à la Loyola Marymount University, à la BBC.

    D’autres critiques du président ont aussi fait l’objet d’enquêtes : perquisition au domicile et au bureau de John Bolton, ancien conseiller à la sécurité nationale devenu farouche critique ; enquête signalée à l’encontre de John Brennan, directeur de la CIA sous Obama. Parallèlement, Trump a engagé des actions judiciaires contre des médias majeurs — il a porté plainte contre le New York Times et le Wall Street Journal pour des montants en milliards de dollars — et a déjà réglé des procès avec ABC News et CBS News.

    La pression sur les médias s’est matérialisée récemment par l’intervention de Brendan Carr, président de la Federal Communications Commission, qui a poussé des stations locales à retirer une émission de fin de soirée après des propos du présentateur Jimmy Kimmel sur Charlie Kirk ; l’affaire a suscité des voix discordantes au sein du camp républicain, Ted Cruz qualifiant ces menaces de « mob tactics » et Rand Paul les jugeant « absolutely inappropriate ».

    La rhétorique du camp présidentiel s’appuie sur un sentiment de persécution : Trump se pose en victime persécutée, un récit qui lui permet de mobiliser des électeurs partageant le même ressentiment envers un establishment supposé biaisé. Sa conviction de pouvoir agir est encouragée par des décisions de la Cour suprême qui, jusqu’ici, lui ont laissé une marge d’action importante, notamment en reconnaissant l’immunité présidentielle pour actes officiels dans certains cas.

    Mémorial pour Charlie Kirk devant Turning Point USA
    Des personnes réunies au mémorial improvisé pour Charlie Kirk à Phoenix, Arizona.

    La rhétorique civilisationnelle portée par des conseillers comme Stephen Miller est venue renforcer l’idée d’un combat existentiel : « You have no idea how determined we will be to save this civilisation, » a-t-il déclaré lors d’un service commémoratif pour Charlie Kirk. À l’opposé, Joe Biden avait résumé son approche en 2021 : « We’re at an inflection point between those who argue that autocracy is the best way forward and those who understand that democracy is essential. »

    Des instituts internationaux observent des tendances alarmantes : le Varieties of Democracy Institute a estimé que 72 % de la population mondiale vit désormais dans des autocraties, le niveau le plus élevé depuis 1978, et que 45 pays évoluaient vers davantage d’autoritarisme en 2024. Son rapport de mars relève des schémas récurrents : « The expansion of executive power, undermining of Congress’ power of the purse, offensives on independent and counter-veiling institutions and the media, as well as purging and dismantling of state institutions – classic strategies of autocratisers – seem to be in action. »

    La phrase « I am your retribution », prononcée par Trump lors d’un meeting en mars 2023 à Waco, illustre la continuité du message : « I am your warrior, » « I am your justice. And, for those who have been wronged and betrayed, I am your retribution. » Depuis, le terme « rétribution » est revenu à plusieurs reprises dans ses déclarations et discours, parfois sous forme d’aveu plus direct sur la justification de représailles politiques.

    Face à ces évolutions, le débat porte désormais non seulement sur des actes isolés, mais sur la direction institutionnelle prise par la Maison-Blanche et ses conséquences pour l’équilibre des pouvoirs, la liberté de la presse et l’indépendance judiciaire aux États-Unis.

    Trump | Rétribution | Pouvoir Présidentiel | États-unis | Démocratie | Politique
    source:https://www.bbc.com/news/articles/c0q74pxx871o?at_medium=RSS&at_campaign=rss

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