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    Rien n’est totalement noir un roman sur la mort et la guerre

    Rien n’est totalement noir : un roman sur la mort et la guerre

    Les conséquences de la guerre civile libanaise ne se sont pas limitées à la génération qui l’a vécue intensément, comme en témoignent des auteurs tels que Jebour Douaihi, Rachid El Daif, Hanan Al Sheikh et Hassan Daoud. Au contraire, cette période chaotique a engendré des générations successives d’écrivains et de créateurs libanais. Ces retours sur cette période ne sont pas seulement des réflexions historiques, mais des témoignages d’une douleur persistante, attendant d’être explorée à travers une réalité libanaise toujours marquée par cette lutte.

    Un aspect fondamental de cette douleur est la « toulma » vécue par les enfants de la guerre. Aujourd’hui, nous assistons à l’émergence de ce que l’on pourrait appeler la dernière génération de la guerre – ceux nés durant le siège de Beyrouth en 1982. Parmi eux, la romancière et éditrice libanaise Azza Tawil, née sous le spectre de cette période sombre, en a particulièrement souffert.

    Elle narre, « on dit que je suis née pendant les jours les plus violents de Beyrouth, juste après le massacre de Sabra et Shatila. Je suis venue au monde comme une compensation pour un enfant tué la nuit précédant ma naissance. »

    Thème central : mort et guerre

    Dans son dernier roman, Rien n’est totalement noir, publié par Dar Achrafieh en 2024, le thème de la mort est central. Malgré sa récurrence à travers la littérature, il demeure un sujet souvent considéré comme tabou, notamment lorsqu’il touche à des réalités politiquement, religieusement ou psychologiquement délicates.

    Ainsi, l’exploration de la mort dans cette œuvre devient une aventure artistique, dévoilant la misère des systèmes politiques et sociaux, ainsi que celle des institutions qui, tout en étant perçues comme morales, portent également leur part de souffrance. Azza Tawil illustre comment ce monde de refuge, où chacun a grandi, n’échappe pas aux maux de la guerre, tant sur le plan psychologique que sur celui du corps. La guerre laisse des séquelles indélébiles.

    « Oui, nous avons tous grandi dans des abris. Vous savez, ces abris sont peut-être la raison de notre carence en vitamine D », déclare la narratrice à un ami.

    La lutte pour un enterrement digne

    Le récit commence par une simple annonce : le décès du père du mari de la narratrice. Au fur et à mesure que l’intrigue se développe, la mort devient omniprésente, tant dans le quotidien que dans l’histoire. Le lecteur est inévitablement confronté à cette réalité dure : tout finit par mourir, y compris le droit à un enterrement digne. À Beyrouth, le coût d’un cercueil peut atteindre des sommets prohibitifs :

    • Un habitant de Beyrouth évoque un prix de 15 000 dollars pour un caveau.
    • Les familles doivent enterrer leurs proches sur les corps déjà enfouis, attendant deux ans pour faire de la place.

    À ce titre, la ville arabe révèle qu’elle n’offre même pas de répit à ses morts. Les rites funéraires sont souvent portés à l’absurde, remettant en question la notion de « repos éternel » dans des villes si tourmentées.

    Écriture expérimentale

    Dans sa narration, Azza Tawil utilise une technique appelée « le passage fermé mais ouvert ». Cela signifie que la structure de son roman repose sur des « unités narratives » qui peuvent être lues comme des textes autonomes, tout en formant un tout cohérent lorsque l’on adopte une perspective romanesque.

    Cette approche a des racines anciennes, et a été employée par des auteurs comme Apulée dans L’Âne d’or et Miguel de Cervantes dans Don Quichotte. Tawil offre une version moderne et innovante de cette technique, enrichissant le paysage littéraire arabophone contemporain.

    En allant au-delà des simples conventions littéraires, le roman de Tawil fait écho à la tendance en émergence de la littérature succincte dans le monde arabophone, un terrain propice au renouvellement des formes littéraires.

    Récit générationnel

    Le défi que relève Azza Tawil dans son œuvre est d’intégrer un modèle de « roman des générations », traditionnellement mis en avant dans la littérature américaine et russe, au sein d’un cadre narratif plus court. Elle parvient à transporter le lecteur à travers le temps, alternant les récits entre deux familles, l’une à Beyrouth et l’autre à Homs, tout en maintenant une liaison sinueuse entre les thématiques de la guerre et de la mort.

    La dynamique entre ces familles et leurs histoires respective évoque le panorama des guerres au Liban et en Syrie, offrant un témoignage riche et poignant de ce parcours chaotique.

    Exploration du soi à travers la fiction

    Finalement, Rien n’est totalement noir se positionne aussi comme un exemple de « fiction autobiographique », une tendance moderne qui brouille les frontières entre réalité et imagination. Azza Tawil insuffle sa propre expérience—naissance, maternité, voyage, et rencontres littéraires—dans le personnage principal, créant une toile narrative qui interroge la notion d’autobiographie dans la littérature.

    Le livre invite ainsi à la réflexion sur les répercussions de la guerre, non seulement sur un individu mais aussi sur la mémoire collective, illustrant que malgré les horreurs, la vie continue, dans ses différentes manifestations.

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