Une enquête récente révèle que l’hexane, un solvant chimique issu du pétrole, se retrouve dans une partie des aliments destinés à la consommation. Cette substance est utilisée dans la fabrication de l’huile alimentaire et a été détectée par des analyses menées par des institutions académiques et un laboratoire privé. Sur 54 produits testés, 25 présentent des traces d’hexane, incluant des huiles, des margarines, des beurres, des œufs et des morceaux de poulet achetés dans le nord de la France en 2024.
L’hexane, un solvant retrouvé dans une partie des aliments
L’hexane est un solvant utilisé depuis longtemps dans l’industrie agroalimentaire pour extraire les huiles des graines. Des analyses menées par l’Université de la Côte d’Opale et par un laboratoire privé ont identifié des résidus d’hexane dans plusieurs produits. Le constat est clair: sur 54 produits examinés, 25 en contenaient. Les échantillons touchés incluent des huiles, des margarines, des beurres, des œufs et des morceaux de poulet vendus dans le nord du pays en 2024.
Des résidus et une notion clé: la valeur limite analytique
La réglementation européenne permet la présence de résidus d’hexane dans certains produits tels que le beurre de cacao, les huiles et les margarines, mais fixe des limites à ne pas dépasser. Les analyses ont mesuré des taux allant de 0,01 à 0,4 mg/kg. Une limite de 1 mg/kg avait été instaurée dans l’huile dès 1994. Or, les techniques modernes permettent de détecter des niveaux bien plus faibles grâce à ce que l’on appelle la valeur limite analytique. Dorothée Dawaele, ingénieure de mesures à l’Université de la Côte d’Opale, précise que la valeur limite légale n’est pas équivalente à la valeur analytique et que sans cette dernière, certaines molécules, notamment des polluants persistants, n’auraient pas été identifiées.
Comment l’hexane contamine notre alimentation ?
Utilisé depuis des décennies pour la production d’agrocarburants et dans les triteurs d’huile, l’hexane est particulièrement attiré par les graisses. Après broyage, les graines comme le colza, le soja ou le tournesol peuvent contenir jusqu’à 20 % d’huile. En faisant passer ce solvant sur les graines écrasées, les entreprises parviennent à en extraire une grande partie, laissant des tourteaux déshuilés destinés à l’alimentation du bétail. Comme les animaux nourris avec ces tourteaux produisent des denrées comme le lait, le beurre et les œufs, l’hexane peut finir dans ces produits alimentaires. Le coût très bas de l’hexane est d’ailleurs souvent évoqué, car il s’agit d’un déchet de la fabrication d’essence. Sa prévalence dans les usines de trituration est aussi liée à une réduction de la main-d’œuvre nécessaire.
Quels dangers pour la santé et la sécurité au travail ?
La présence d’hexane dans l’alimentation peut avoir des effets négatifs sur le système nerveux et sur la fertilité. En 2009, l’ANSES a classé la principale molécule de l’hexane, le n-hexane, parmi les perturbateurs endocriniens potentiels et a recommandé d’éviter son inhalation chez les femmes enceintes via des peintures ou des aérosols, sans toutefois établir de lien direct avec l’alimentation. L’agence rappelle toutefois le caractère neurotoxique et reprotoxique de la substance. En parallèle, l’hexane présente des risques à court terme pour les salariés: il est inflammable et explosif. Des accidents ont eu lieu, comme en 2018 à Dieppe, où deux sous-traitants ont perdu la vie après une concentration élevée d’hexane dans l’air, une étincelle suffisant à provoquer une explosion.
- Effets potentiels sur le système nerveux et la fertilité
- Risque d’incendie et d’explosion lié au caractère inflammable et explosif
- Importance des avancées analytiques pour déceler des traces dans l’alimentation
