L’accident vasculaire cérébral reste la première cause de handicap acquis chez l’adulte en France et la deuxième cause de démence, derrière la maladie d’Alzheimer. Face à ce constat, des chercheurs français de l’Université de Caen viennent de mettre au point une technique médicale innovante capable à la fois de repérer et de détruire les micro-caillots sanguins après un AVC, afin de limiter les séquelles. Leurs travaux ont été publiés en octobre 2025 dans la revue Theranostics.
Un traitement 2 en 1 pour agir vite après un AVC
Cette avancée vise principalement les AVC ischémiques, qui représentent environ 80 % des cas. Contrairement aux AVC hémorragiques, ils sont provoqués par un rétrécissement des vaisseaux sanguins et par la formation de caillots qui obstruent les artères du cerveau. Lorsque le cerveau n’est plus correctement irrigué, il manque d’oxygène et de nutriments, ce qui peut entraîner des dégâts neurologiques importants, voire le décès.
Les chercheurs ont développé un agent capable de détecter et d’éliminer les micro-caillots invisibles qui persistent juste après l’AVC. Ces petites obstructions peuvent aggraver les séquelles physiques, comme la paralysie de certaines zones du corps, mais aussi les séquelles neurologiques, notamment les troubles du langage ou les problèmes de mémoire.
Des résultats prometteurs sur les souris
Pour l’instant, les premiers essais ont été réalisés chez la souris, avec des résultats jugés encourageants. La taille des lésions a diminué et la récupération s’est accélérée. Pour parvenir à ce résultat, les scientifiques se sont appuyés sur le tPA, une protéine anticoagulante déjà utilisée à haute dose dans le traitement de l’AVC afin de déboucher les vaisseaux sanguins.
Dans cette nouvelle approche, le tPA est administré en faible quantité et de manière très précise. Cette stratégie permettrait de mieux cibler les caillots tout en réduisant l’exposition du patient à des doses élevées du médicament.
Vers une médecine de précision de l’AVC
« Cette étude ouvre une perspective nouvelle : celle d’une médecine de précision de l’AVC dans laquelle les cliniciens pourraient simultanément voir, mesurer et traiter les obstructions cérébrales », explique Denis Vivien, affilié à l’Inserm et professeur à l’Université de Caen, dans un communiqué de presse.
Le chercheur estime aussi que « cette approche pourrait transformer la prise en charge de l’AVC, en permettant de traiter plus de patients, plus tôt ». L’enjeu est important pour les malades chez qui les médecins ne peuvent pas utiliser les doses actuelles de tPA, en raison d’effets indésirables parfois graves.
Une solution potentiellement plus sûre pour davantage de patients
Le tPA utilisé aujourd’hui peut présenter un risque d’hémorragie cérébrale, en particulier chez les patients diabétiques ou chez ceux ayant déjà eu un AVC. C’est justement sur ce point que la solution caennaise pourrait faire la différence. Selon les chercheurs, elle utilise quatre fois moins de tPA, tout en étant plus précise dans son action.
Denis Vivien souligne que « cette approche ciblée ouvre la voie à une thrombolyse plus sûre, potentiellement applicable à un plus grand nombre de patients ». Cette perspective est particulièrement importante pour améliorer la prise en charge précoce et réduire durablement les séquelles post-AVC.
Une avancée présentée à l’occasion de la journée mondiale de l’AVC
Chaque année, le 29 octobre marque la journée mondiale de l’accident vasculaire cérébral. Cette nouvelle recherche française s’inscrit dans un contexte où la réduction des séquelles de l’AVC reste un enjeu majeur de santé publique, avec l’espoir de mieux traiter les patients dès les premières heures suivant l’accident.
