C’est une première à l’échelle française, et même européenne. Le 30 juillet, le ministère de la Transition écologique a mis en ligne une carte interactive recensant la présence de PFAS, ces « polluants éternels », dans l’eau en France. Pour la première fois, 2,3 millions d’analyses sont librement consultables sur une seule plateforme, dans une logique d’open data saluée par le gouvernement comme un geste inédit en France et en Europe.
Cette publication doit permettre à chacun de mieux comprendre la situation dans son territoire. « Pour la première fois, chaque citoyen, élu ou acteur local pourra accéder à une vision précise et actualisée des résultats de la surveillance de ces polluants sur tout le territoire », s’est réjouie Agnès Pannier-Runacher, ministre de la Transition écologique.
Une carte pour visualiser la pollution PFAS dans l’eau
La plateforme permet de consulter la surveillance des polluants éternels dans les eaux souterraines, les eaux de surface et l’eau distribuée au robinet. Selon la ministre, elle couvre 21.000 zones où la présence de PFAS a été détectée. L’outil a été développé par le Bureau de Recherches Géologiques et Minières (BRGM), avec l’objectif de rendre les données plus lisibles et plus accessibles au public.
La carte donne aussi accès à la répartition des points de surveillance pour plusieurs types d’eaux : les eaux douces, comme les cours d’eau, nappes phréatiques et lacs, mais aussi les eaux potables et les eaux industrielles. Le ministère précise que la surveillance s’est longtemps concentrée sur une liste restreinte de molécules, malgré la grande diversité des PFAS.
Quelles substances sont surveillées ?
La liste intégrée à la plateforme repose sur les textes réglementaires, publiés ou en cours de préparation. Elle comprend 28 substances déjà présentes dans des réglementations nationales, auxquelles s’ajoutent 6 substances identifiées plus récemment comme intéressantes à surveiller.
Ces dernières ne figurent pas encore dans les listes réglementaires nationales, mais elles commencent à faire l’objet d’un suivi. L’objectif affiché est de mieux documenter l’ampleur de la pollution PFAS dans l’eau et d’améliorer la compréhension de sa diffusion sur le territoire.
Agir à la source sur les rejets industriels
Pour Agnès Pannier-Runacher, cette carte doit aussi aider à identifier l’origine de la pollution en amont. Elle explique qu’il s’agit de mieux comprendre d’où vient la contamination qui atteint l’eau du robinet, afin d’agir directement à la source. La ministre rappelle également que la loi prévoit de taxer les industriels responsables de rejets de PFAS dans l’eau, en fonction du niveau de ces rejets.
Dans le communiqué du ministère, l’objectif est clairement posé : réduire la présence des PFAS dans l’environnement et limiter l’exposition quotidienne à ces substances. Une consultation du public doit bientôt être lancée. Le premier sujet portera sur l’interdiction des PFAS dans les objets de la vie courante, tandis que le second concernera une feuille de route destinée à réduire les émissions industrielles.
Un plan d’action lancé après les alertes sur les polluants éternels
Cette carte s’inscrit dans le prolongement d’un plan d’action annoncé par le gouvernement en avril 2024. Celui-ci visait à améliorer et renforcer la surveillance, mais aussi à mieux informer le public sur les données déjà disponibles. La mise en ligne de la plateforme marque donc une nouvelle étape dans la diffusion des informations liées à la pollution PFAS dans l’eau potable et dans l’environnement.
En revanche, la carte indique les concentrations mesurées, sans préciser les risques sanitaires associés à chaque situation. Or la dangerosité des PFAS varie d’une substance à l’autre, ce qui rend l’interprétation des résultats particulièrement importante.
PFAS : pourquoi ces substances inquiètent-elles autant ?
Les PFAS, pour per- et polyfluoroalkylées, sont des composés chimiques connus pour leur persistance dans l’environnement et leurs effets délétères sur la santé. Une exposition prolongée peut notamment provoquer de l’hypertension, des lésions hépatiques, des troubles du système immunitaire et des maladies thyroïdiennes.
Ces substances peuvent aussi favoriser l’obésité, les problèmes de fertilité et l’apparition de plusieurs types de cancers. Le 1er décembre 2023, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) a classé le PFOA comme « cancérogène pour les humains » (groupe 1) et le PFOS comme substance « peut-être cancérogène pour les humains » (groupe 2B). Même le développement du fœtus pourrait être impacté.
Où retrouve-t-on les polluants éternels ?
Les PFAS ne concernent pas seulement l’eau potable. On peut aussi les retrouver dans certains poissons ou dans des produits cultivés sur des zones contaminées. Ils sont également présents dans de nombreux textiles, comme les rideaux, tapis, moquettes traités antitaches, ainsi que dans les vêtements imperméables.
Leur présence a aussi été constatée dans des articles de cuisine, notamment les poêles antiadhésives, le papier cuisson ou sulfurisé traité et certains emballages alimentaires. Ils peuvent aussi se retrouver dans des produits cosmétiques et d’hygiène, comme le mascara waterproof, les crèmes solaires, les dentifrices ou les fonds de teint longue durée, ainsi que dans des produits ménagers, notamment les nettoyants pour textiles, les produits antitaches et les cires pour sols. Enfin, leur présence est avérée dans certains composants électroniques et revêtements industriels.