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Aide universelle d’urgence : près de 60 000 bénéficiaires

par charles
France

En France, l’aide universelle d’urgence destinée aux victimes de violences conjugales est entrée dans les pratiques d’accompagnement. Créée par une loi de février 2023 et versée depuis décembre 2023, elle vise à couvrir les premières dépenses lors d’un départ, sous condition de dépôt de plainte ou de signalement. Si elle a été rapidement sollicitée, elle ne peut pas à elle seule résoudre les situations les plus complexes et s’inscrit dans un continuum de soutiens plus large.

Près de 60 000 bénéficiaires fin septembre 2023

Selon la Cnaf, fin septembre, près de 60 000 personnes avaient bénéficié de cette aide depuis son lancement en décembre 2023, pour un montant moyen d’environ 900 euros et un budget total de 53 millions d’euros sur deux ans. La quasi-totalité des bénéficiaires sont des femmes et 643 personnes ont touché cette aide deux fois; 290 hommes y ont eu recours.

Elle est versée sous trois jours en moyenne et conditionnée à un dépôt de plainte, une ordonnance de protection ou un signalement au procureur datant de moins d’un an. L’aide prend la forme d’une aide ou d’un prêt (remboursable par l’auteur des violences) pour un montant de 250 à 1 400 euros, selon les ressources et le nombre d’enfants. Dans la quasi-totalité des cas, elle a pris la forme d’aide non remboursable, selon un rapport du Sénat de juillet.

« L’aide a été rapidement sollicitée et semble bien connue, avec un flux mensuel régulier de demandes », relève Gaëlle Choquer-Marchand, directrice générale déléguée chargée des politiques familiales et sociales de la Cnaf.

Bénéficiaire de l’aide universelle d’urgence pour violences conjugales
Photo illustrant l’aide universelle d’urgence pour les violences conjugales.

« Elle sert souvent à payer un déménagement ou des frais d’avocat, des dépenses du quotidien, rembourser des dettes. Certaines mettent cet argent de côté pour un départ futur », explique Laurine Vialle, intervenante sociale du Centre d’information sur les droits des femmes (CIDFF).

« Je ne travaillais pas, je me suis retrouvée sans rien. Cette aide m’a permis de payer les factures le temps d’obtenir le RSA », explique Valérie B., 57 ans, dont le mari a été arrêté en juin pour violences.

« Ce n’est pas la somme qui va faire la différence, mais l’accès à une assistante sociale qui va mettre à jour leurs droits » (RSA, allocation logement…), souligne Ernestine Ronai, qui dirigeait jusqu’à l’été l’Observatoire départemental des violences faites aux femmes de Seine-Saint-Denis.

Car l’aide seule ne suffit pas à déclencher un départ, selon les associations. « Elle peut payer quelques nuits d’hôtel, mais ce n’est pas ça qui permet le départ. C’est bien plus complexe et plus global qu’une aide financière », souligne Laurine Vialle.

« Ces femmes sont complètement détruites. Leur conjoint les a humiliées, elles n’ont plus aucune confiance en elles. Souvent leur partenaire gérait tout et les démarches administratives sont devenues complexes pour elles », explique-t-elle.

Le logement est le principal problème: « les hébergements d’urgence sont saturés avec des conditions de vie très difficiles pour les femmes », ajoute-t-elle. Pour se reconstruire, elles ont besoin d’être accompagnées par des travailleurs sociaux, de soins psychologiques et de trouver du travail.

« Il importe que l’aide universelle d’urgence ne demeure pas une solution isolée mais s’intègre dans un continuum de solutions », concluait le rapport du Sénat.

Le ministère de l’Egalité hommes femmes reconnaît que l’aide doit s’articuler avec d’autres initiatives: priorité aux femmes dans les hébergements d’urgence, soutien psychologique. Le ministère expérimente ainsi dans douze départements un « pack nouveau départ »: un référent coordonne autour de la femme des professionnels de France Travail, Action logement, associations…

Photo AFP: bénéficiaire de l’aide universelle d’urgence
Photo AFP illustrant l’aide d’urgence et l’accompagnement des victimes.

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