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    De Gaza à Dublin : parcours d’une étudiante face à la guerre

    Palestine,Irlande,Jordanie,Turquie

    Quand j’ai été acceptée à Trinity College Dublin, j’imaginais un nouveau départ : des cours, des nuits d’étude, un campus rempli de promesses. Mon objectif était clair : commencer mes études en septembre 2024 et entrer enfin dans l’avenir pour lequel j’avais tant travaillé.

    Mais en septembre, les frontières de Gaza étaient verrouillées, mon quartier bombardé presque chaque jour et le rêve universitaire s’est effondré avec les immeubles autour de nous. Trinity m’a envoyé une lettre de report ; je l’ai tenue entre mes mains en me sentant déchirée.

    Cette lettre est devenue un symbole étrange d’espoir — la preuve que, peut-être un jour, ma vie pourrait reprendre — alors que tout s’effondrait trop vite pour y croire sereinement. En tant qu’étudiante palestinienne Dublin, ce document représentait à la fois un avenir possible et une blessure ouverte.

    Le rêve brisé

    Nous avons été déplacés cinq fois au fur et à mesure que la guerre s’intensifiait. À chaque départ, nous laissions derrière nous des objets et des souvenirs indispensables.

    • Des livres et des vêtements abandonnés.
    • Des souvenirs de famille et des repères perdus.
    • La sécurité qui s’effritait à chaque retour.

    Après la première trêve temporaire, notre chez-nous ne ressemblait plus au foyer que nous avions bâti : murs fissurés, vitres brisées, sols couverts de poussière et de gravats. La maison semblait hantée par ce qui s’était produit.

    La responsabilité familiale

    Je suis l’enfant du milieu d’une fratrie de trois : Razan, 25 ans, mon frère Fadel, 23 ans. Être l’enfant du milieu ne m’a pas épargnée ; durant la guerre, je me sentais responsable d’eux.

    Les nuits où les bombardements secouaient l’immeuble, je tentais d’être la personne solide qui rassure, même si je tremblais intérieurement. En avril 2025, mon nom est apparu sur une petite liste restreinte de personnes autorisées à quitter Gaza.

    Environ 130 personnes pouvaient traverser à ce moment-là : titulaires de doubles nationalités, cas de regroupement familial et quelques autres. Approcher le passage m’a confrontée à une file longue et tendue, des documents serrés dans des mains, des bagages, des enfants agrippés par leurs parents — personne ne parlait.

    Le départ

    Quand deux officiers de l’IDF m’ont interrogée, j’ai répondu aussi calmement que je le pouvais, craignant qu’une erreur me renvoie en arrière. Lorsqu’ils m’ont finalement laissée passer, j’ai ressenti à la fois soulagement et culpabilité.

    Je n’ai appelé ma famille que lorsque j’ai atteint la Jordanie. Ma mère a pleuré en entendant ma voix ; j’ai pleuré aussi. Je lui ai dit que j’étais en sécurité, mais j’avais l’impression d’avoir laissé un morceau de mon cœur avec eux.

    J’ai atterri à Amman le 18 avril. Le lendemain, j’ai pris un vol pour Istanbul, et plus tard je suis arrivée à Dublin — l’air irlandais semblait propre et le ciel incroyablement vaste. Pourtant, la joie était assombrie par la douleur de la séparation.

    Femme en hijab embrassée lors d'une remise de diplôme

    Cette photo est l’une des rares que je possède encore : ma mère m’enlace le jour de ma remise de diplôme à Gaza.

    Quotidien de survie

    De retour à Gaza, la vie quotidienne se résumait à une seule préoccupation : survivre. Courir, se cacher, rationner l’eau, vérifier qui était encore en vie.

    • Les bombardements touchaient quotidiennement la ville, la nuit étant la pire période.
    • Le sommeil disparaît pendant la guerre : on attend, on écoute, on guette le danger.
    • L’eau devenait précieuse : files interminables aux points de distribution pour une fraction de ce dont on avait besoin.

    Dans un immeuble où s’entassaient des dizaines de familles déplacées, on dormait sur de maigres matelas, épaule contre épaule. Les enfants pleuraient doucement ; chaque explosion provoquait des vagues de panique.

    Aucun être humain ne devrait vivre ainsi, pourtant des millions ont enduré cette réalité.

    Arrivée en Irlande et adaptation

    À Dublin, je n’étais pas complètement seule : une collègue palestinienne était arrivée en avril 2024 et deux amies se trouvaient déjà en Irlande. Entre nous, il y a une compréhension silencieuse du traumatisme partagé.

    Je m’arrête souvent dans les cours du campus, non seulement parce qu’ils sont beaux, mais pour me rappeler que j’ai survécu. Rire d’enfants, annonces, bruissements de sacs — ces sons de normalité sont déconcertants après la peur constante.

    Marcher à Trinity College est surréaliste : des étudiants qui rient autour d’un café, qui courent aux cours, qui se plaignent des devoirs. La vie y circule avec une fluidité qui contraste violemment avec mon passé récent.

    Atelier d'accueil pour étudiants palestiniens à l'université de Dublin

    Un atelier à l’université de Dublin m’a accueillie ainsi que d’autres étudiants palestiniens ; ces rencontres ont aidé à créer des repères parmi l’étrangeté d’un nouvel environnement.

    Porter la guerre comme un second cœur

    La culpabilité de la survie pèse lourd. Je porte avec moi les difficultés de ma famille, un rappel constant de la vie laissée là-bas. Même loin de Gaza, la guerre reste présente, comme un battement supplémentaire.

    Ma détermination ici est double : reconstruire une vie et honorer ceux que j’ai laissés. Je veux finir mes études, offrir la sécurité à ma famille et utiliser ma voix pour ceux qui sont encore pris au piège.

    Je m’efforce de vivre avec la responsabilité de ceux qui n’ont pas pu partir : plus silencieuse, plus reconnaissante, plus consciente. J’espère un jour ramener ma famille en sécurité et participer à la reconstruction de nos vies.

    Être une étudiante palestinienne à Dublin, ce n’est pas seulement poursuivre un diplôme ; c’est porter des histoires, des pertes et des espoirs, et travailler pour transformer cette douleur en action.

    source:https://www.aljazeera.com/features/2025/12/14/gaza-to-dublin-a-journey-through-war-displacement-hope

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