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Le parti centriste Rastriya Swatantra Party (RSP) de Balen Shah s’est assuré une majorité lors des élections législatives directes au Népal et se dirige vers une victoire écrasante, selon les résultats officiels et les tendances publiées par la commission électorale. Les premiers comptes montrent que le RSP domine également le scrutin proportionnel, confirmant un basculement spectaculaire du paysage politique. Cette percée illustre la montée d’une nouvelle génération de leaders et le rejet des formations traditionnelles.
Premiers résultats et configuration parlementaire
Les électeurs ont choisi jeudi les 275 membres de la Chambre des représentants, dont 165 sièges au suffrage direct et 110 au vote proportionnel. D’après les données publiées tôt dimanche, le RSP a déjà remporté près de 100 des 165 sièges élus directement et mène dans plus d’une douzaine d’autres circonscriptions.
Ainsi, le RSP — et plus généralement la dynamique autour de Balen Shah — semble en mesure d’imposer une majorité confortable, un scénario inédit pour un parti fondé très récemment.
- Chambre des représentants : 275 sièges au total
- Sièges directs : 165
- Sièges proportionnels : 110
Défaite d’un poids lourd de la politique népalaise
Parmi les résultats les plus remarqués, Balen Shah a battu le vétéran Khadga Prasad Sharma Oli, ancien Premier ministre à quatre reprises, dans la circonscription où se présentait ce dernier. Shah a obtenu presque quatre fois plus de voix que Oli, accentuant le caractère symbolique de sa victoire.
Cette défaite d’Oli, âgé de 74 ans, et l’ascension de Shah — passé de maire indépendant de Katmandou à probable futur premier ministre — marquent l’un des tournants les plus importants de la vie politique népalaise récente.
Un candidat hors des cadres traditionnels
Âgé de 35 ans, Balen Shah, souvent appelé simplement « Balen », est de formation ingénieur civil mais s’est d’abord fait connaître comme rappeur engagé. Il a axé sa campagne sur la santé et l’éducation des plus défavorisés, reprenant le ressentiment populaire contre les partis traditionnels.
Élu maire de Katmandou en 2022 comme indépendant, Shah a ensuite cofondé le RSP la même année. Le parti a mené une campagne très organisée, soutenue par une opération importante sur les réseaux sociaux et des financements en provenance de la diaspora népalaise.
Héritage des manifestations et rupture générationnelle
Le scrutin intervient un an après un soulèvement mené par la jeunesse qui avait renversé le gouvernement en place. Ces protestations, déclenchées par une interdiction de certaines plateformes sociales, ont rapidement dégénéré en un mouvement plus large contre la corruption et la stagnation économique, faisant au moins 77 morts.
Shah s’était imposé comme une figure de proue lors des manifestations, et ses chansons engagées sont devenues des hymnes du mouvement. Son succès électoral reflète un clivage générationnel marqué : plus de 40 % de la population népalaise a moins de 35 ans, tandis que les dirigeants des formations historiques sont souvent dans la soixantaine ou la septantaine.
Selon Birendra Kumar Mehta, membre du comité central du RSP, « la nation en avait assez des vieux dirigeants corrompus », sentiment qui a largement alimenté la dynamique en faveur du parti. La journaliste Pranaya Rana a décrit Shah comme incarnant « l’esprit d’outsider que recherchent de nombreux jeunes Népalis pour bousculer le statu quo ».
Réactions nationales et régionales
Les principaux protagonistes ont rapidement réagi aux résultats. Khadga Oli a adressé ses félicitations à Balen Shah, lui souhaitant un mandat « paisible et réussi » de cinq ans. De son côté, le Premier ministre indien a salué la tenue pacifique du scrutin comme un « moment de fierté » dans le parcours démocratique du Népal et a assuré que l’Inde travaillera étroitement avec le nouveau gouvernement.
Ces messages traduisent l’importance régionale de ce changement politique et l’attente vis-à-vis des décisions qui seront prises par la prochaine majorité parlementaire.
Perspectives
À présent, la question est de savoir si le RSP pourra transformer cette victoire en une gouvernance stable et répondre aux attentes sociales et économiques qui ont porté son ascension. Les défis sont nombreux : réformes institutionnelles, relance économique et apaisement des tensions qui ont accompagné les récentes manifestations.
En attendant la publication des résultats définitifs et la formation du nouveau gouvernement, le triomphe de Balen Shah et de son parti redessine profondément la carte politique népalaise et illustre la montée en puissance d’une nouvelle génération d’électeurs et de leaders.