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Depuis quatorze jours, les autorités israéliennes maintiennent la fermeture de la Mosquée Al-Aqsa à Jérusalem-Est, empêchant les fidèles d’accéder au site. Les responsables israéliens invoquent des mesures de sécurité et un état d’urgence qui ont suivi les tensions régionales, mais la décision prive des centaines de milliers de musulmans des prières de Ramadan, notamment des Tarawih et de la prière du vendredi.
Remise en cause du statu quo
Pour plusieurs spécialistes de Jérusalem, la fermeture s’apparente à une remise en cause du « statu quo » qui a régi la gestion du lieu depuis des décennies. Hisham Yaacoub, chercheur en questions liées à la ville sainte, estime que l’interdiction de l’accès « remet en cause les règles historiques » qui confèrent à la Waqf islamique le rôle exclusif de gestion du site.
Par conséquent, selon ces analyses, l’objectif réel serait d’affirmer la souveraineté israélienne sur la Mosquée Al-Aqsa et d’écarter progressivement l’autorité religieuse jordanienne qui assure traditionnellement la supervision des lieux saints à Jérusalem.
Exploitation politique par l’extrême droite
Sur le plan politique, des voix observent que des formations nationalistes et religieuses radicales tirent profit de cette situation. À l’approche d’élections, certains partis présentent la fermeture comme une mesure de « fermeté » destinée à séduire leurs électeurs, tandis que les responsables interrogés jugent que l’opération sert aussi de test des réactions arabes et musulmanes au niveau diplomatique.
Avant la fermeture, des dizaines, parfois des centaines, d’ordres d’expulsion avaient été prononcés contre des fidèles, et l’accès aux jours de prière avait déjà été restreint, limitant parfois la venue aux seuls personnes âgées.
Un acte perçu comme une déclaration de guerre
Pour Hassan Khater, expert des affaires de Jérusalem, la mesure a une dimension symbolique et politique lourde : « fermer la Mosquée Al-Aqsa revient à déclarer la guerre », affirme-t-il. Il dénonce également la « soumission aux pressions » d’organisations qui militent pour l’installation d’un lieu de culte juif sur l’esplanade.
En outre, les experts relèvent que des provocations – dont des tentatives d’introduire des rituels ou des sacrifices sur le site – ont persisté jusque dans la période précédant la fermeture, accentuant l’inquiétude des autorités religieuses et des fidèles.
Contrôle affirmé par les autorités israéliennes
Selon les analystes, la fermeture marque une étape visant à transférer progressivement le contrôle opérationnel de la Mosquée Al-Aqsa vers des instances israéliennes. L’idée d’intégrer la gestion du site au ministère des cultes israélien ou d’adapter les cadres juridiques existants revient fréquemment dans les travaux de ces observateurs.
Ils rappellent que le « statu quo » remontant à l’époque ottomane a longtemps régulé l’administration des lieux saints à Jérusalem, et que toute modification de ces règles est perçue comme une atteinte aux droits religieux et à la liberté de culte des musulmans.
Mesures progressives et scénario d’escalade
Imad Abu Awad, directeur d’un centre d’études sur Jérusalem, met en garde contre une trajectoire graduelle mais persistante de changement du statut de la Mosquée Al-Aqsa. Il identifie plusieurs étapes déjà observées ces dernières décennies qui pourraient conduire à des actions plus radicales.
- Une augmentation massive des incursions de colons au sein de l’esplanade, passant d’un nombre quasi nul dans les années 1990 à des dizaines de milliers lors de certaines périodes récentes.
- La multiplication de décisions religieuses et politiques qui légitiment l’accès et la prière pour des groupes juifs sur le site.
- La crainte affichée d’aboutir, à terme, à la création d’espaces cultuels juifs permanents puis à des projets de transformation plus profonds du lieu, y compris contre des éléments centraux du complexe religieux.
Un tournant dangereux selon les experts
En définitive, les spécialistes consultés jugent que la fermeture répétée de la Mosquée Al-Aqsa constitue un tournant dangereux. Ils soulignent que la combinaison d’actions juridiques, administratives et de pression de groupes extrémistes pourrait, si elle n’est pas contestée, conduire à des changements irréversibles dans le statut et l’accès au site.
Ainsi, alors que la Mosquée Al-Aqsa reste au cœur d’enjeux religieux et politiques sensibles, les voix d’alerte se multiplient : la préservation du droit de culte et la sauvegarde du cadre de gestion historique sont présentées comme indispensables pour éviter une escalade aux conséquences régionales.