L’artère fémorale occupe une place essentielle dans la circulation sanguine des jambes. Lorsqu’elle se rétrécit, se bouche ou se blesse, les conséquences peuvent aller d’une simple douleur à une urgence médicale grave. Anatomie, rôle, symptômes, examens et prévention : voici ce qu’il faut savoir sur cette artère clé.
Où se trouve l’artère fémorale ?
L’artère fémorale est l’artère de la cuisse. Elle prolonge l’artère iliaque, elle-même issue de l’aorte abdominale, qui se divise en deux branches au niveau du nombril pour irriguer les jambes. Elle débute au pli de l’aine, dans une zone appelée triangle fémoral, puis descend le long de la cuisse.
Très vite, elle se divise en deux branches : une branche superficielle, chargée d’irriguer la jambe, et une branche profonde, plus interne, qui reste dans la cuisse. Selon le Dr Antoine Diard, médecin vasculaire et président de la Société Française de Médecine Vasculaire, « c’est la branche superficielle qui est la plus exposée aux maladies, notamment à l’athérome ». La branche profonde peut toutefois prendre le relais si nécessaire.
Chaque jambe possède sa propre artère fémorale : il en existe donc une à droite et une à gauche, chacune naissant de l’une des deux artères iliaques issues de la division de l’aorte.
Pourquoi l’artère fémorale est-elle si importante ?
L’artère fémorale est un maillon central de la circulation sanguine vers les membres inférieurs. Elle transporte le sang riche en oxygène et en nutriments jusqu’aux muscles, à la peau, aux os et aux nerfs de la jambe. Sans cet apport, ces tissus ne pourraient plus fonctionner correctement, se réparer ni même survivre.
Le Dr Diard rappelle qu’une obstruction ou une blessure à ce niveau peut provoquer une mauvaise circulation, des douleurs et un risque d’ischémie, c’est-à-dire un manque d’oxygène dans les tissus. Prendre soin de ses artères reste donc essentiel pour préserver la santé des jambes.
Cette artère est aussi particulièrement utile en médecine, car elle constitue une voie d’accès privilégiée pour de nombreux gestes diagnostiques et thérapeutiques :
- insertion d’un cathéter lors d’une coronarographie ;
- accès au cœur ou au cerveau en cas d’AVC ;
- pose d’une endoprothèse dans l’aorte, notamment en cas d’anévrisme.
Son accessibilité comporte néanmoins des risques : lors des ponctions, un faux anévrisme ou une dissection de l’artère peut survenir. Une grande précision est donc indispensable.
Quels examens permettent d’évaluer son état ?
L’exploration de l’artère fémorale commence par un examen clinique. Le médecin palpe le pouls au niveau de l’aine ; s’il est faible ou absent, cela peut traduire un trouble de la circulation. Pour aller plus loin, plusieurs examens d’imagerie peuvent être réalisés.
- L’écho-Doppler : examen de première intention, non invasif et indolore, il permet de visualiser le flux sanguin en temps réel et de détecter un rétrécissement, une occlusion ou un anévrisme.
- L’angioscanner ou l’IRM vasculaire : ces examens offrent des images détaillées du réseau artériel. L’angioscanner utilise des rayons X et un produit de contraste ; l’IRM, elle, n’émet pas de rayons.
- L’artériographie : plus invasive, elle est réservée aux cas complexes ou aux situations pré-interventionnelles. Un produit de contraste est injecté directement dans l’artère via un cathéter afin d’obtenir une cartographie très précise.
Quelles pathologies peuvent toucher l’artère fémorale ?
Comme toutes les grandes artères, l’artère fémorale peut être atteinte par différentes maladies, de l’atteinte chronique à l’urgence vasculaire. Certaines évoluent lentement, d’autres exigent une prise en charge immédiate.
L’artériopathie oblitérante des membres inférieurs
L’artériopathie oblitérante des membres inférieurs, ou AOMI, est la maladie la plus fréquente de l’artère fémorale. Elle résulte de l’accumulation de plaques d’athérome sur la paroi de l’artère, ce qui rétrécit progressivement son calibre et freine la circulation du sang.
Les muscles de la jambe reçoivent alors moins d’oxygène, surtout à l’effort. Cela entraîne des douleurs à la marche, appelées claudication intermittente, qui disparaissent au repos. Si la maladie progresse, elle peut bloquer totalement la circulation et provoquer des plaies, des nécroses, voire une amputation.
L’occlusion aiguë de l’artère fémorale
Plus rare mais beaucoup plus grave, l’occlusion aiguë de l’artère fémorale survient lorsque le flux sanguin est interrompu brutalement par un embole ou une thrombose. Elle provoque une ischémie sévère : le sang ne passe plus du tout.
La jambe devient douloureuse, froide, pâle, et le pouls est absent en aval de l’obstruction. « C’est une vraie urgence chirurgicale : chaque heure compte pour sauver le membre », souligne le Dr Diard.
Les traumatismes de l’artère fémorale
L’artère fémorale peut aussi être lésée lors d’un accident : fracture du fémur, plaie par arme blanche, blessure par balle ou chute à vélo. Ces traumatismes peuvent provoquer une rupture de l’artère, une hémorragie interne grave ou la formation d’un faux anévrisme.
Ils nécessitent souvent une intervention rapide pour éviter des complications sévères.
Les pathologies plus rares
Parmi les atteintes moins fréquentes, on retrouve les anévrismes fémoraux, les dissections artérielles et les infections artérielles, aussi appelées artérites infectieuses.
- Les anévrismes fémoraux : dilatations anormales et localisées de l’artère, parfois silencieuses longtemps, mais pouvant se rompre ou favoriser la formation de caillots.
- Les dissections artérielles : elles surviennent quand la paroi artérielle se déchire partiellement, créant un faux canal susceptible de comprimer le passage normal du sang.
- Les infections artérielles : rares mais dangereuses, elles peuvent survenir après une chirurgie, une blessure ou une injection contaminée et fragiliser la paroi jusqu’à la rupture.
Quels sont les symptômes d’une maladie de l’artère fémorale ?
Le signe le plus fréquent d’une atteinte de l’artère fémorale est la claudication intermittente. Il s’agit d’une douleur dans le mollet qui apparaît à la marche et disparaît au repos. Elle traduit un manque d’oxygène dans les muscles, causé par un rétrécissement de l’artère.
Le Dr Diard précise que si l’artère continue de se boucher, la distance de marche diminue. Certains patients ne peuvent plus parcourir 100 mètres sans douleur, ce qui montre que la maladie s’aggrave.
Les signes qui doivent alerter
- une jambe froide, pâle ou engourdie ;
- l’absence de pouls fémoral ;
- des plaies qui ne cicatrisent pas, notamment aux pieds ou aux orteils ;
- une perte de poils sur la jambe ;
- des ongles cassants ou abîmés ;
- des nécroses, surtout au niveau des extrémités.
Lorsque l’obstruction se produit brutalement, les symptômes sont encore plus spectaculaires : douleur intense, jambe très froide, blanche ou bleutée, perte de la force ou de la sensibilité, voire impossibilité de bouger le pied. Le médecin parle alors d’ischémie aiguë du membre inférieur, une urgence vitale.
« C’est comme un infarctus de la jambe. Le sang ne passe plus du tout, les tissus ne sont plus alimentés et peuvent rapidement mourir si on n’intervient pas », explique le Dr Diard.
Que se passe-t-il si l’artère fémorale se bouche ?
Tout dépend de la vitesse d’installation de l’obstruction. Quand elle est progressive, souvent liée à des dépôts de cholestérol, l’organisme peut s’adapter en développant une circulation collatérale. De petits vaisseaux prennent alors le relais pour acheminer le sang vers la jambe.
Dans ce contexte, les symptômes sont souvent moins brutaux : douleurs à la marche, fatigue dans la jambe, gêne à l’effort. Le traitement repose surtout sur l’exercice physique régulier, en particulier la marche, qui favorise le développement de ces circuits de secours. « On encourage à marcher pour développer la suppléance par la fémorale profonde », rappelle le Dr Diard.
À l’inverse, si l’obstruction est brutale, la circulation est interrompue d’un coup. La jambe devient froide, pâle, très douloureuse, et parfois engourdie ou paralysée. Il s’agit alors d’une urgence médicale absolue, avec un risque de perte du membre, voire de décès si l’intervention n’est pas rapide.
Comment prévenir les problèmes liés à l’artère fémorale ?
Il est possible de prévenir les atteintes de l’artère fémorale, à condition d’agir sur les facteurs de risque. Le principal, selon le Dr Diard, est le tabac. Le diabète mal contrôlé, l’hypertension artérielle, le cholestérol élevé et la sédentarité fragilisent aussi les artères.
Quelques réflexes simples permettent de limiter le risque :
- Arrêter de fumer, la mesure la plus importante pour protéger ses artères ;
- Bouger chaque jour, avec au moins 30 minutes de marche rapide ;
- Surveiller ses constantes, comme la tension artérielle, la glycémie et le cholestérol ;
- Manger équilibré, avec davantage de fruits, légumes, fibres, poissons gras et légumineuses, et moins de graisses saturées, de sel et de sucres rapides.
À retenir sur l’artère fémorale
Indispensable à la bonne circulation sanguine dans les jambes, l’artère fémorale peut aussi servir de voie d’accès en médecine pour plusieurs gestes importants. Mais elle peut être touchée par des maladies parfois graves, comme l’artériopathie des membres inférieurs ou une occlusion aiguë.
Reconnaître les premiers signes, comme une douleur dans le mollet à la marche, une jambe froide ou une plaie qui ne cicatrise pas, permet d’agir plus vite. Une prise en charge précoce peut faire toute la différence pour préserver la santé des jambes.