Le Pentagone a officialisé vendredi des accords avec sept des plus grands noms de la technologie américaine pour déployer leurs outils d’intelligence artificielle à des fins militaires classifiées. OpenAI, Google, Microsoft, Amazon Web Services, Nvidia, SpaceX et la start-up Reflection ont tous accepté la clause « tout usage légal », ouvrant la voie à une intégration massive de l’IA dans les opérations de défense américaines.
« Ces accords accélèrent la transformation des forces armées américaines en une force de combat axée sur l’IA », a déclaré le département de la Défense, qui ambitionne de donner aux soldats une « supériorité décisionnelle dans tous les domaines de la guerre ».
Anthropic, le grand absent
Un nom manque à l’appel : Anthropic, le créateur de l’assistant Claude. L’entreprise a refusé de signer une clause autorisant « tout usage légal » de ses technologies par le Pentagone, invoquant des craintes liées à la surveillance de masse et aux armes létales autonomes. Cette décision lui a valu d’être classée comme « risque pour la chaîne d’approvisionnement » par le secrétaire à la Défense Pete Hegseth en mars dernier — une première pour une entreprise américaine.
Anthropic a depuis intenté un procès contre le gouvernement, dénonçant des représailles. L’audience est attendue en septembre. Ironie du sort : le dernier modèle d’Anthropic, Mythos, spécialisé en cybersécurité, inquiète justement le Pentagone par sa capacité à détecter des vulnérabilités dans des logiciels pourtant éprouvés.
54 milliards de dollars pour l’IA militaire
L’annonce s’inscrit dans une stratégie plus large : le Pentagone a demandé 54 milliards de dollars pour le seul développement d’armes autonomes. Les sept entreprises seront intégrées aux niveaux de sécurité « Impact 6 et 7 », les plus élevés du département, pour « rationaliser la synthèse des données, améliorer la compréhension de la situation et renforcer la prise de décision des combattants ».
Parmi les signataires, la start-up Reflection, valorisée 25 milliards de dollars selon le Wall Street Journal, n’a pas encore rendu public de modèle d’IA. Fondée il y a deux ans, elle se positionne comme un contrepoids aux entreprises chinoises telles que DeepSeek et bénéficie du soutien financier de Nvidia et de 1789 Capital, le fonds où Donald Trump Jr est partenaire.
Des résistances internes et externes
L’annonce ne fait pas l’unanimité. Cette semaine, des centaines d’employés de Google, incluant des chercheurs de DeepMind, ont adressé une lettre au PDG Sundar Pichai lui demandant de ne pas approfondir la collaboration avec le Pentagone. OpenAI, qui avait déjà signé un contrat dès février, défend au contraire sa position : « Les personnes qui défendent les États-Unis devraient avoir les meilleurs outils du monde », a déclaré une porte-parole.
Le déploiement de modèles comme ChatGPT d’OpenAI et Gemini de Google sur les réseaux classifiés du Pentagone marque un tournant dans la militarisation de l’intelligence artificielle, un domaine où les garde-fous éthiques peinent encore à suivre le rythme de l’innovation.