Ces dernières années, la qualité du sperme s’est altérée. En novembre 2022, une méta-analyse menée par des chercheurs américains et israéliens rapportait que la concentration moyenne de gamètes dans le sperme des hommes avait été divisée par deux en 45 ans. Alors qu’elle atteignait 101 millions de spermatozoïdes par millilitre de sperme en 1973, elle n’est plus aujourd’hui que de 49.
Début octobre, une étude publiée dans la revue Nature s’est penchée sur ce déclin de la qualité du sperme. Les chercheurs britanniques ont analysé les échantillons de sperme de 81 hommes en bonne santé âgés de 24 à 75 ans. Grâce à une technique de haute précision appelée NanoSeq, ils ont confirmé que les mutations s’accumulent avec l’âge des hommes.
La qualité du sperme diminue avec l’âge
Selon cette étude, plus les hommes vieillissent, plus leur sperme perd en qualité. Au total, plus de 40 gènes responsables de la mutation des cellules souches du sperme ont été repérés. Les chercheurs soulignent que ces mutations germinales peuvent avoir des conséquences importantes pour la descendance.
Ils précisent que ces anomalies se trouvent dans un ensemble de 13 gènes, tous connus pour être à l’origine de troubles graves du développement. Cet effet entraîne une augmentation significative, jusqu’à 1 000 fois, de la prévalence sporadique de ces troubles à la naissance, avec une forte corrélation entre l’âge du père et la prévalence.
Une hausse progressive des mutations dans le sperme
Dans le détail, les chercheurs ont mesuré la proportion de spermatozoïdes porteurs de mutations causant des maladies. Ils ont constaté une augmentation de ces mutations au fil des années.
Les résultats montrent une progression nette selon les tranches d’âge :
- chez les hommes de 26 à 42 ans, environ 2 % des spermatozoïdes étaient porteurs de mutations causant des maladies ;
- chez les hommes de 43 à 58 ans, cette proportion montait à 3 % ;
- chez les hommes de 59 à 74 ans, elle atteignait 5 %.
Chez les hommes de 70 ans, le pourcentage de spermatozoïdes porteurs de mutations causant des maladies était d’environ 4,5 %. Le taux d’accumulation de ces mutations a été évalué à 1,67 mutation par an.
Les auteurs expliquent que ces résultats éclairent la dynamique de la sélection germinale et mettent en évidence une augmentation plus importante du risque de maladie chez les enfants nés de pères avancés qu’on ne le pensait auparavant.
À partir de 43 ans, le déclin devient visible
Les chercheurs ont également observé que c’est à 43 ans que la qualité des spermatozoïdes commence à décliner. Pour eux, cette évolution révèle un risque génétique caché qui augmente avec l’âge du père.
Le professeur Matt Hurles, directeur du Wellcome Sanger Institute et co-auteur de l’étude, met en garde contre un phénomène souvent invisible : « Nos résultats révèlent un risque génétique caché qui augmente avec l’âge du père. Certaines modifications de l’ADN se développent dans les testicules, ce qui signifie que les pères qui conçoivent plus tard pourraient, sans le savoir, avoir un risque plus élevé de transmettre une mutation néfaste à leurs enfants. »
Des spermatozoïdes mutants plus compétitifs
Autre enseignement important de l’étude : les spermatozoïdes porteurs de ces mutations sont plus compétitifs et se multiplient plus rapidement que les spermatozoïdes normaux. Cette caractéristique favorise leur présence dans le sperme au fil du temps.
Ce mécanisme augmente ainsi le risque de transmission de mutations responsables de maladies. Pour les chercheurs, cette découverte aide à mieux comprendre comment l’âge du père peut influencer la santé génétique des enfants à naître.
