« Le foie gras non alcoolique sera la maladie de l’avenir. » Cette prédiction d’Amandine De Pape, nutritionniste et fondatrice des vitamines Insentials, donne le ton de son livre Il était un foie (Ed. Broché). Interrogée sur le rôle de cet organe souvent réduit à sa fonction liée à l’alcool, l’experte rappelle que le foie intervient dans de nombreux mécanismes essentiels, notamment la gestion du sucre et de la glycémie.
Selon elle, le foie est particulièrement sensible au sucre qu’il stocke, ce qui en fait un acteur central de l’équilibre métabolique. Dans un contexte de consommation croissante d’aliments transformés et de sucres cachés, cette surcharge peut avoir des conséquences bien plus larges qu’on ne l’imagine.
Pourquoi le foie est au cœur de l’équilibre glycémique
Pour Amandine De Pape, le foie ne doit pas être associé uniquement à l’alcool. Il joue aussi un rôle clé dans la stabilisation de la glycémie, et son fonctionnement est fortement impacté par l’excès de sucre, en particulier le fructose. Une part importante de ce sucre est dirigée vers le foie, qui peut alors devenir résistant à l’insuline.
Cette résistance est loin d’être anodine : sans insuline, un diabétique ne survit pas, rappelle la nutritionniste. Quand le foie est surchargé, le corps perd en efficacité, ce qui peut favoriser la prise de poids et perturber l’équilibre hormonal. À terme, cela peut contribuer au diabète de type 2, au surpoids, aux problèmes de peau, à l’insomnie, au stress chronique et même à l’infertilité.
Les signaux d’alerte d’un foie surchargé
Avant que les troubles ne s’installent durablement, certains signes peuvent alerter. La nutritionniste cite notamment une fatigue chronique importante et une envie persistante de sucre, même après avoir mangé. Ces signaux traduisent souvent un métabolisme qui puise son énergie dans le sucre et peine à fonctionner de façon optimale.
D’autres symptômes peuvent apparaître lorsque le métabolisme ralentit :
- difficulté à perdre du poids ;
- ventre gonflé ;
- peau qui vieillit plus vite ;
- yeux qui jaunissent ;
- réveils nocturnes vers 2 h du matin.
Face à ces signaux, Amandine De Pape recommande de ne pas attendre et d’en parler à son médecin pour évaluer l’insuline et la glycémie.
Tester la glycémie pour mieux comprendre sa réponse à l’alimentation
Pour la nutritionniste, une bonne anamnèse est essentielle afin de comprendre comment le corps réagit à l’alimentation. Elle insiste sur l’intérêt de faire tester la glycémie et l’insuline, car la résistance à l’insuline peut précéder la cirrhose. Dans son cas personnel, elle raconte s’être intéressée de près au lien entre alimentation et foie après avoir subi six fausses couches successives.
Ces examens permettent d’identifier un terrain métabolique fragilisé et d’agir avant que les complications ne s’installent. Plus le déséquilibre est repéré tôt, plus il devient possible de corriger les habitudes alimentaires et de soulager le foie.
Réduire le sucre et rééquilibrer son assiette
Si les résultats sont positifs, l’objectif est de diminuer la charge en sucre stockée par le foie. Amandine De Pape conseille de reprendre le contrôle sur l’alimentation en augmentant les protéines, les légumes et l’activité physique à jeun, tout en réduisant le sucre et les féculents.
Elle rappelle également une règle simple : la moitié de l’assiette devrait contenir des légumes. Les fruits restent recommandés, à raison de deux par jour, mais jamais sous forme de jus. En pressant un fruit, on retire la majeure partie des fibres de la pulpe, ce qui accélère l’absorption des sucres naturels et provoque un pic glycémique suivi d’un coup de fatigue et de fringales.
Le jeûne du soir, un outil pour détoxifier le foie
Autre conseil de la nutritionniste : jeûner deux soirs par semaine, à condition que l’organisme ne soit pas affaibli. Cette pratique est à éviter pendant la grossesse et pendant les menstruations. Pour elle, le dîner est le repas le moins indispensable sur le plan physiologique, même s’il reste important dans la vie sociale.
Elle explique aussi que de nombreuses personnes n’ont pas faim le matin parce qu’elles mangent trop et trop tard le soir. Chez les femmes sujettes à la constipation, supprimer le petit-déjeuner peut au contraire aggraver le transit. La priorité reste donc d’écouter sa faim et d’adapter ses repas à ses besoins réels.
Lorsqu’elle est possible, la soirée sans repas peut être suivie d’un petit-déjeuner riche en fibres et en protéines, par exemple avec un œuf et un avocat. Cette combinaison aide à limiter les fluctuations de glycémie, soutient l’énergie sur la journée et ménage davantage le foie.
Une phase réversible si l’on agit rapidement
Amandine De Pape estime que cette phase peut être réversible si l’on se montre suffisamment rigoureux. Pour préserver son foie, elle dit consommer quotidiennement des compléments alimentaires adaptés, en complément d’une alimentation équilibrée. Elle souligne toutefois que même avec de bonnes habitudes, il n’est pas toujours simple d’atteindre tous ses apports idéaux, notamment en raison de la qualité nutritionnelle des fruits et légumes d’aujourd’hui et du stress chronique qui perturbe l’absorption des vitamines.
Les compléments alimentaires doivent cependant être utilisés avec prudence. L’Anses recommande de ne pas débuter une cure sans avis médical, d’éviter les prises prolongées, répétées ou multiples, de privilégier les circuits de distribution les plus contrôlés et de respecter scrupuleusement les conditions d’emploi. Les produits présentés comme miraculeux doivent éveiller la méfiance.
