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    Impact de l’IA sur l’emploi : une nouvelle réalité à affronter

    France

    L’Express, en partenariat avec l’institut de sondages Viavoice, HEC Paris et BFM Business, publie un Baromètre des décideurs consacré à l’intelligence artificielle ; Antonin Bergeaud, professeur d’économie à HEC et spécialiste de l’innovation, décrypte les résultats et leurs implications pour l’emploi.

    Usages de l’intelligence artificielle selon le baromètre HEC/Viavoice

    Le baromètre met en évidence un recours plus marqué à l’intelligence artificielle chez les cadres que dans le grand public. Antonin Bergeaud explique plusieurs éléments de lecture des évolutions d’usage.

    D’après plusieurs enquêtes récentes, l’utilisation de l’IA par les salariés est supérieure, en réalité, à ce que les managers estiment. Parce qu’elle n’est pas assumée dans un contexte professionnel par les intéressés, qui entretiennent donc le secret. Ou à tout le moins, pas concertée avec leur hiérarchie. On parle ainsi aujourd’hui de « shadow AI ».

    Les études de la Harvard Business School montrent qu’aux Etats-Unis, on est passé en un an d’un usage professionnel – on utilisait l’IA pour écrire ou améliorer des textes – à un usage privé : ChatGPT et ses avatars sont désormais perçus majoritairement comme des coachs de vie qui prodiguent des conseils en matière de développement personnel, de suivi médical ou sportif.

    Cadres utilisant l'intelligence artificielle selon le baromètre
    D’après le baromètre HEC/Vivavoice, les cadres ont déjà beaucoup recours à l’intelligence artificielle.

    Le chiffre qui m’étonne le plus dans le baromètre de ce mois, c’est que 60 % des personnes interrogées dans le grand public disent ne jamais utiliser l’IA. Or, c’est un outil dont il est désormais admis qu’il améliore la productivité et permet d’accélérer la réalisation d’un grand nombre de tâches périphériques au cœur de métier de l’entreprise, comme la comptabilité, la fiscalité, le juridique… Il est vrai aussi que la plupart des entreprises, à l’exception des plus grandes, n’ont pas encore de stratégie claire autour de l’IA. Elles ont peur d’investir dans une technologie qui, au rythme actuel, peut devenir obsolète au bout de six mois. C’est une crainte légitime, mais qui ne doit pas reléguer la nécessité de se pencher sérieusement sur la question.

    Intelligence artificielle, créativité et risques pour les tâches répétitives

    Le baromètre interroge aussi la perception de l’impact de l’intelligence artificielle sur la créativité et l’organisation du travail.

    Tout dépend de l’usage que l’on en fait. L’intelligence artificielle, quand elle est utilisée pour enrichir un savoir-faire existant, a des effets positifs indéniables sur la créativité. La crainte qui ressort des réponses à votre question porte davantage sur l’idée de déléguer complètement un travail à l’IA : je n’écris plus rien, je n’effectue aucune recherche, je ne relis même pas le résultat, bref je demande à l’IA de tout faire. Cette solution de facilité n’est pas une fatalité à partir du moment où l’entreprise a réfléchi à une stratégie vis-à-vis de l’IA, et sensibilisé ses collaborateurs.

    Il faut d’abord admettre que [l’intelligence artificielle est meilleure que nous] sur certaines tâches, comme la traduction d’un texte sans enjeu légal, ou la génération d’images à usage interne. Ensuite, ce temps gagné ne doit pas servir à augmenter la production mais à améliorer la qualité de ce qui est fait par ailleurs. L’une des sources les plus communes de frustration au travail, c’est qu’on n’a souvent pas le temps de bien faire les choses. L’IA, de ce point de vue, peut constituer un puissant levier de satisfaction.

    Ces dernières semaines, de nombreuses prédictions en provenance de la Silicon Valley indiquent que l’IA va occasionner un véritable carnage en matière d’emplois…

    Il faut se méfier des prophéties sur l’IA de ceux qui produisent l’IA. Parce qu’ils communiquent beaucoup sur le fait qu’ils vont changer le monde et créent ainsi une énorme anxiété. Quand OpenAI explique qu’on n’aura plus besoin d’ingénieurs parce que les usines tourneront vingt-quatre heures sur vingt-quatre grâce à l’IA, on voit bien où est l’intérêt de tenir un tel discours : vendre la solution ad hoc.

    En prenant un peu de recul, on estime que moins de 5 % des emplois sont radicalement menacés par l’IA, et il faut bien évidemment se préoccuper de ces salariés, à travers des politiques publiques d’accompagnement efficaces. Mais toute l’histoire économique montre que lorsqu’une entreprise automatise un certain nombre de tâches, elle bénéficie de gains de productivité qui lui permettent de créer de nouveaux services ou de nouveaux produits, et donc de recruter davantage. On peut avoir le sentiment que c’est un effet de deuxième ordre par rapport à la destruction immédiate des emplois. Toutes les études montrent pourtant que cette perte est plus que compensée in fine.

    Décideurs pessimistes sur situation financière
    Les décideurs aussi peu optimistes que le grand public quant à l’amélioration de leur situation financière.

    Pour Antonin Bergeaud, l’enjeu principal se situe au niveau des tâches et de l’entrée dans l’entreprise :

    Le vrai point de vigilance, selon moi, est ailleurs. Un emploi, c’est d’abord une succession de tâches. Certaines d’entre elles vont être assurées par l’IA, parce qu’elles sont très codifiables. D’autres, pas du tout. Or, qui effectue généralement ces tâches standards qu’on peut facilement automatiser ? Les stagiaires ou les jeunes diplômés. Pourquoi un cabinet d’avocats recrutera-t-il demain un avocat junior pour faire de la recherche de jurisprudence alors que des outils le feront plus rapidement ? L’enjeu du côté des écoles, des universités et des services RH est colossal. L’IA va bouleverser la manière dont on rentre dans l’entreprise. Et les jeunes qui l’utilisent seulement comme un compagnon de vie ont tout intérêt à en comprendre les ressorts professionnels s’ils veulent réussir leur entrée sur le marché du travail.

    source:https://www.lexpress.fr/economie/high-tech/barometre-hec-lutilisation-de-lia-au-travail-nest-pas-assumee-par-les-salaries-NGJ63OR6XZETNOFAGAJAPRZ3SY/

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