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    Militarisation de la politique française : une réalité inquiétante

    France

    Depuis la pandémie de Covid-19, la militarisation politique s’est imposée dans le discours public français, transformant des enjeux sanitaires, sociaux et économiques en champs de bataille rhétoriques et orientant désormais des décisions budgétaires et institutionnelles.

    Militarisation politique : annonces de Macron et plan de l’UE jusqu’en 2030

    À la veille de la fête nationale, le président de la République a annoncé une augmentation de 6,5 milliards d’euros des dépenses militaires sur les deux prochaines années, visant à porter le budget de la défense à 64 milliards d’euros en 2027. Cette montée en puissance est justifiée par des menaces présentées comme allant de la Russie à la prolifération nucléaire.

    Au niveau européen, Ursula von der Leyen a présenté un plan d’investissement de 800 milliards d’euros pour la défense de l’Union européenne à l’horizon 2030. Le plan comprend des prêts de 150 milliards d’euros pour les États membres et prévoit de contourner certaines règles budgétaires de l’UE pour les dépenses de défense. Selon l’International Peace Research Institute, ces dépenses ont atteint un niveau plus élevé qu’à la fin de la guerre froide.

    Sébastien Lecornu veut 100 000 réservistes — professionnalisation et contraintes

    Sur le plan national, le ministre des Armées, Sébastien Lecornu, a annoncé son souhait de professionnaliser davantage la réserve militaire afin de pouvoir mobiliser jusqu’à 100 000 réservistes. Mobiliser un tel nombre implique des moyens considérables en formation, équipement et logistique, et engage des citoyens dans une dynamique de service potentiellement quasi obligatoire.

    La professionnalisation de la réserve pose des questions pratiques et civiques : quelles ressources seront redirigées vers la défense, et comment concilier cet effort avec d’autres priorités publiques ? Ces options s’inscrivent dans une logique où la militarisation politique structure désormais certaines priorités de l’action publique.

    Absence de débat public en France et implications pour la démocratie

    Cette montée des dépenses et de la rhétorique guerrière s’opère, selon l’auteur, « sans véritable débat public, sans délibération ni consultation populaire ». Elle survient alors qu’en Europe la mémoire des deux guerres mondiales — qui ont causé plus de soixante‑dix millions de morts — tend à s’effacer, et qu’aucun dirigeant européen en exercice n’a connu personnellement la guerre.

    La montée du populisme nationaliste et des démocraties « illibérales » renforce une rhétorique collective parfois au détriment des droits et libertés individuels. Le juriste allemand Carl Schmitt affirmait que « l’État repose sur la distinction entre l’ami et l’ennemi ». Selon le texte, cette conception autoritaire du politique réduit le pluralisme à une menace et transforme la démarche démocratique.

    Les références théoriques citées dans l’article rappellent que l’État moderne entretient des liens profonds avec la guerre : l’économiste Ludwig von Mises voyait l’interventionnisme conduire au nationalisme économique, qui favorise la bellicosité, tandis que Randolph Bourne écrivait en 1918 que « la guerre est la santé de l’État ». Ces formulations soulignent le risque que la militarisation politique renforce l’appareil d’État au détriment de la société civile.

    La question nucléaire est mise en avant comme un élément qui compromet la logique traditionnelle de proportionnalité en matière de guerre juste : l’arme nucléaire, par sa nature destructrice et indiscriminée, rend difficile la justification morale et juridique des conflits dans lesquels elle intervient.

    Enfin, l’article rappelle le coût d’opportunité des dépenses militaires : des milliards d’euros engagés dans l’armement sont autant de ressources en moins pour la santé, l’éducation ou la transition écologique. Le coût humain est aussi évoqué — « des dizaines de milliers de morts dans la guerre d’Ukraine » — et la rhétorique nationale peut conduire à considérer toute critique comme suspecte de trahison, effaçant la ligne entre société et État.

    À l’heure où les sirènes de la mobilisation résonnent à nouveau, l’auteur plaide pour retrouver « une parole politique qui ne se nourrit pas de peur ou de sacrifice, mais de raison, de mémoire et de responsabilité ». Préparer l’avenir, écrit‑il, « ce n’est pas toujours mobiliser pour la guerre, c’est aussi et surtout préserver la paix. »

    Daniel Borrillo est juriste, maître de conférences à l’Université Paris Nanterre, et chercheur associé au think‑tank GenerationLibre.

    source:https://www.lexpress.fr/idees-et-debats/les-dessous-de-linquietante-militarisation-de-la-politique-francaise-par-daniel-borrillo-CTZJ4YPC7FFTVMC4AO5E6DAWC4/

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