Le retrait de l’armée russe de Syrie après la chute de Bashar al-Assad suscite des inquiétudes croissantes parmi les nationalistes russes. Pour ces derniers, la situation syrienne est perçue comme un prétexte pour évoquer les événements en Ukraine, où un conflit prolongé semble inéluctablement voué à l’échec.
Neuf ans d’intervention militaire
Pendant près de neuf ans, les forces aériennes russes ainsi que les mercenaires de Wagner ont soutenu le régime d’Assad. Cette intervention a été célébrée par le Kremlin comme un modèle de réussite face au désordre engendré par l’Occident en Irak et en Libye. Cependant, la situation actuelle soulève des craintes que les « terroristes », qui auparavant étaient ciblés par des bombardements, puissent maintenant se retourner contre les forces russes, incitant à la perte de matériel et d’équipements sans que le Kremlin n’en reconnaisse la réalité.
La rhétorique du Kremlin face à la défaite
Malgré la chute du régime d’Assad, les médias proches du Kremlin continuent de revendiquer des victoires. Selon le quotidien « Moskowski Komsomolez », le président turc Recep Tayyip Erdogan aurait affirmé qu’il n’y a plus que deux véritables leaders sur la scène mondiale : lui-même et Vladimir Poutine. Cette déclaration vise à promouvoir l’idée d’un plan secret russo-turc visant à éliminer la présence américaine en Syrie.
Les mouvements stratégiques en Syrie
Les États-Unis maintiennent une présence militaire limitée dans le désert syrien, à la frontière avec l’Irak, alors que la Russie dispose d’infrastructures militaires cruciales, comme le port de Tartous et la base aérienne de Hmeimim. Des images satellites récentes montrent des navires de guerre quittant Tartous, tandis que des équipements lourds sont chargés dans des avions de transport. Des vidéos de blogueurs militaires russes montrent également des convois militaires se dirigeant vers Hmeimim.
Les répercussions sur la perception de la guerre en Ukraine
Des médias en exil annoncent la situation en Syrie comme « l’Afghanistan de Poutine », illustrant l’échec militaire visible de la Russie aux yeux du monde. Pour les militaires et les experts russes, la perte de l’allié syrien remet en question le récit du Kremlin d’une victoire imminente en Ukraine. Sur les réseaux sociaux, des utilisateurs critiquent l’incapacité de la Russie à prendre le Donbass depuis quatre ans, soulignant les 11 % de territoire ukrainien actuellement occupé par les forces russes.
Les limites des ambitions russes
La guerre d’attrition en Ukraine semble également affecter la patience des Russes. Un ancien policier cite une analyse interdite qui affirme que Poutine s’est tellement investi dans le conflit ukrainien qu’il sacrifie ses succès précédents, notamment en Syrie. L’expert militaire Ruslan Puchov déclare que la Russie vit une dynamique similaire à celle des États-Unis en Irak et en Afghanistan, où la victoire n’est envisageable que dans un cadre de guerre rapide.
Impact sur la géopolitique régionale
La situation en Ukraine entrave les capacités de la Russie au Moyen-Orient et dans le Caucase. Après avoir laissé le Haut-Karabakh aux Azerbaïdjanais soutenus par la Turquie, malgré le partenariat avec l’Arménie, la Russie semble maintenant perdre également sa position en Syrie face à une opposition croissante qui est soutenue par Erdogan, un concurrent régional.
