Un test sanguin capable de repérer les signes précoces de plus de cinquante cancers, dont une grande partie ne bénéficie pas encore de programme de dépistage, vient d’être mis au point par des chercheurs américains et canadiens. Baptisé Galleri, il analyse les fragments d’ADN libérés dans le sang par les cellules tumorales, offrant ainsi de premiers indices sur la présence d’une maladie avant l’apparition des symptômes.
Galleri, un test sanguin centré sur l’ADN tumoral
Le principe du test Galleri repose sur l’étude de l’ADN tumoral circulant dans le sang. Lorsque des cellules cancéreuses se développent, elles libèrent des fragments d’ADN qui peuvent être détectés par cette analyse. L’objectif est de permettre une détection précoce du cancer, y compris pour des tumeurs souvent diagnostiquées trop tard.
Pendant plus d’un an, les scientifiques ont suivi 23 000 personnes asymptomatiques. Dans 61,6 % des cas où le test signalait un cancer, la maladie a effectivement été confirmée. Le test a également montré une grande fiabilité lorsqu’il indiquait l’absence de cancer : dans 99,6 % des cas, il ne s’est pas trompé.
Autre point notable, Galleri a réussi à identifier l’organe touché avec une précision de 92 %, un élément jugé essentiel pour orienter rapidement les examens médicaux.
7 fois plus de cancers détectés
Selon les chercheurs, l’ajout du test Galleri aux dépistages classiques aurait permis de détecter « 7 fois plus de cancers » que les examens habituels. Cette promesse a attiré l’attention du NHS, le service de santé public britannique, qui a lancé sa propre étude à grande échelle pour évaluer l’intérêt réel du test sur les taux de survie.
Si les prochains essais confirment ces résultats, le dépistage du cancer pourrait un jour devenir aussi simple qu’une prise de sang pour vérifier son cholestérol. Pour l’instant, Galleri n’est pas encore disponible au grand public et le NHS poursuit ses évaluations avant toute autorisation.
Un dépistage élargi à des cancers souvent diagnostiqués trop tard
Jusqu’ici, les programmes de dépistage ciblent surtout quelques cancers : sein, côlon, poumon ou col de l’utérus. Galleri ambitionne d’aller beaucoup plus loin en s’attaquant à des cancers comme ceux du pancréas, de l’ovaire, de l’estomac ou du rein, souvent détectés à un stade avancé.
Cette approche élargie pourrait changer la manière dont la médecine aborde le diagnostic cancer, en permettant d’identifier plus tôt des tumeurs silencieuses. Elle répond à un enjeu majeur de santé publique : détecter la maladie avant qu’elle ne progresse et ne devienne plus difficile à traiter.
Des résultats prometteurs, mais encore des limites
Malgré l’enthousiasme suscité par le test sanguin Galleri, plusieurs chercheurs appellent à la prudence. La Pre Anna Schuh, professeure d’hématologie à l’université d’Oxford, souligne que la probabilité qu’une personne avec un résultat positif ait réellement un cancer est d’environ 60 %. Autrement dit, presque une fois sur deux, le test peut signaler à tort un cancer.
Cette limite soulève une question importante : un résultat positif peut entraîner des examens supplémentaires, des biopsies et beaucoup d’anxiété, sans certitude que cela améliore réellement le parcours de soin. Le potentiel de la détection précoce est immense, mais les bénéfices devront être confirmés par des études à plus grande échelle.