À l’occasion de la journée internationale pour l’élimination des violences faites aux femmes, Hauts Féminin organise une émission spéciale en direct depuis l’association Agena à Amiens. L’objectif est de réunir associations, institutions, forces de l’ordre et avocats pour parler des actions qui protègent les femmes victimes de violences. Le sujet reste préoccupant et pousse à des réponses concrètes à l’échelle locale et nationale.

À Amiens et dans les Hauts‑de‑France : réseau et chiffres
À Amiens, Marie Sicaud et Christelle Juteau‑Lermechin présentent l’émission en direct depuis l’association Agena, qui accompagne les femmes en difficulté ou victimes de violences. Trois questions en jeu guident le débat: comment ce réseau s’est‑il constitué ? Quelles sont ses réussites et comment aller plus loin ? Pour en débattre, l’équipe de Hauts Féminin reçoit Tiphanie Montassine, Martine Tekaya, Jean‑Claude Ester, Anissa Hamadouche et Lucille Sessou.
Les départements du Nord et de la Somme restent particulièrement touchés par les violences faites aux femmes. Selon le ministère de l’Intérieur, le Nord et la Somme figurent parmi les départements où le taux de victimes est élevé, avec plus de 11 victimes pour 1 000 habitantes du même âge, sur les chiffres de 2022. En 2025, au 25 novembre, 10 victimes ont été recensées; 2024 en compte 8, 2023 13 et 2022 7.
Il y a quelques semaines, une marche blanche a été organisée pour Louane, 19 ans, tuée par son conjoint à Doullens il y a un an. Le jeune homme a utilisé son fusil de chasse. Mis en examen et incarcéré, il affirme qu’il s’agit d’un « accident », mais la famille de Louane est persuadée qu’il s’agit d’un féminicide. Les proches veulent sensibiliser les victimes à l’importance d’oser parler et de se rapprocher des structures d’aide.

Loi intégrale et mobilisations: une réponse législative et citoyenne
Le paysage législatif s’enrichit d’une proposition de loi « intégrale » présentée à l’Assemblée nationale par Céline Thiébault-Martinez, députée socialiste de Seine‑et‑Marne. L’élue décrit ce texte comme une feuille de route traduisant les 140 propositions d’associations féministes d’octobre 2024. « On ne peut pas se contenter de répondre uniquement par la répression », a déclaré Suzy Rojtman, porte‑parole du Collectif national pour les droits des femmes. « Ça suffit les mesurettes, les petites formules », a enchaîné Anne‑Cécile Mailfert, présidente de la Fondation des femmes, « fière » de ce travail « collectif » accompli face à l’urgence, selon les propos rapportés.
Concrètement, le texte prévoit de renforcer l’arsenal judiciaire et d’améliorer l’ensemble du parcours des victimes, notamment en supprimant les cours criminelles départementales pour revenir à la cour d’assises, en inscrivant noir sur blanc que le « devoir conjugal » n’existe pas et en élargissant la possibilité pour les associations de se constituer partie civile.
Un volet important porte sur l’enfance: Ciivise estime que 160 000 enfants sont victimes de violences sexuelles chaque année, ce qui appelle une prévention et des soins renforcés, selon Arnaud Bonnet, député écologiste. D’autres mesures englobent l’interdiction du mariage forcé et des mutilations sexuelles, la formation des professionnels de santé pour mettre fin aux VOG, la réglementation de l’espace numérique et une meilleure prévention au travail, selon Myriam Lebkiri, secrétaire confédérale activité femmes‑mixité à la CGT.
La présentation du texte a eu lieu le 24 novembre à l’Assemblée nationale. Par ailleurs, à Lyon, la CGT du Rhône appelle les habitants à se rassembler sur la place Guichard le 25 novembre, de 12 h à 14 h, pour dénoncer les violences sur les lieux de travail et dans l’espace public et exiger des mesures concrètes des employeurs. « Les violences sexistes et sexuelles ne sont ni des faits divers, ni des fatalités. Elles sont un système. Elles sont partout », a déclaré le syndicat, selon LyonCapitale. « Les salariées doivent pouvoir travailler dans de bonnes conditions et en sécurité et l’employeur doit prendre des mesures précises. »