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Libération historique de réserves: prix du pétrole peu affectés

par Sara
États-Unis, Israël, Iran, Oman, Émirats arabes unis, Irak, Japon

Les prix du pétrole continuent d’augmenter malgré l’annonce par l’Agence internationale de l’énergie (AIE) d’une libération inédite de 400 millions de barils de réserves d’urgence. L’annonce, destinée à stabiliser les marchés après l’escalade du conflit impliquant les États-Unis, Israël et l’Iran, n’a pour l’instant pas suffi à calmer les tensions sur les marchés.

Une annonce historique, un impact limité

Après l’annonce de l’AIE, le brut Brent a enregistré une hausse d’environ 15 %. Toutefois, les prix restaient volatils : vers 02h00 GMT jeudi, le baril tournait autour de 100 dollars, soit plus de 35 % au-dessus des niveaux d’avant le déclenchement du conflit.

Plusieurs analystes jugent que la mesure apportera un soulagement temporaire, mais qu’elle ne résoudra pas le problème de fond si le passage du détroit d’Hormuz demeure entravé. « Ce n’est pas une solution miracle », a souligné Maksim Sonin, cadre du secteur de l’énergie et chercheur au Centre for Fuels of the Future de l’université de Stanford.

Le détroit d’Hormuz, clé de voûte de l’approvisionnement

La gravité de la situation vient du rôle central du détroit d’Hormuz : environ 20 millions de barils y transitent chaque jour en temps normal, soit près d’un cinquième de l’approvisionnement mondial.

Avec les menaces de Téhéran visant les navires, le trafic est quasiment interrompu. L’armée iranienne a annoncé qu’elle n’autoriserait « pas une seule goutte de pétrole » à traverser le détroit, prédisant des prix pouvant atteindre 200 dollars le baril.

Attaques et incidents maritimes

Les attaques se multiplient dans la région : au moins cinq navires commerciaux ont été touchés mercredi, dont deux pétroliers dans le port irakien d’al-Faw. Des images et communications officielles montrent notamment un vraquier thaïlandais, le Mayuree Naree, endommagé près du détroit ; une vingtaine d’équipiers ont été secourus.

Face à ces incidents, les compagnies d’assurance et les opérateurs maritimes réajustent leurs trajectoires et leurs primes de risque, ce qui alimente encore la pression haussière sur les prix du pétrole.

Volatilité récente et facteurs psychologiques

Les marchés ont connu des mouvements extrêmes : le Brent a frôlé 119 dollars lundi avant de chuter sous les 80 dollars mardi, après une affirmation erronée selon laquelle la marine américaine aurait escorté un tanker à travers le détroit.

« Les marchés se nourrissent des anticipations », rappelle Maksim Sonin. Tant que les perspectives restent incertaines, la tendance restera orientée vers la prudence et les hausses potentielles.

Les limites de la riposte de l’AIE

L’AIE coordonne des réserves internationales représentant environ 1,8 milliard de barils, mais ces stocks sont détenus et libérés par chaque pays membre individuellement. Le département américain de l’Énergie a annoncé qu’il commencerait à libérer sa part — 172 millions de barils — dès la semaine suivante, et le Japon a indiqué prévoir la mise sur le marché de 80 millions de barils.

Pourtant, la capacité d’augmentation de l’offre à court terme est limitée : JPMorgan évalue qu’en s’appuyant sur les précédents, les pays membres pourraient accroître leur production d’au plus 1,2 million de barils par jour, un volume bien inférieur au flux moyen quotidien via le détroit.

Ce que disent les experts

Pour Gregor Semieniuk, professeur d’économie publique, la libération massive achètera seulement « un répit temporaire » si le blocage persiste. Il estime que l’effet de stabilisation est déjà en partie intégré par les marchés, d’où la chute rapide des cours après leur pic.

Chad Norville, à la tête d’une publication spécialisée du secteur, note que si les 400 millions de barils convainquent les opérateurs que l’offre pourra couvrir la demande à court terme, les prix pourront se calmer. En revanche, toute persistance de la perturbation pourrait rapidement raviver la hausse.

Scénarios à court et moyen terme

Si le détroit d’Hormuz demeure effectivement fermé la semaine suivante, certains analystes n’excluent pas un passage des prix au-dessus de 150 dollars le baril puis vers des niveaux encore plus élevés. Des calculs simples montrent qu’une réduction de l’offre de 20 % pourrait, en période de forte concurrence pour l’approvisionnement, propulser les cours au-delà de 200 dollars.

En définitive, l’ampleur et la durée du conflit, la capacité des pays à mobiliser rapidement des alternatives logistiques et la confiance des marchés quant à l’efficacité des stocks stratégiques resteront les facteurs déterminants pour l’évolution des prix du pétrole.

Repères chiffrés

  • Volume annoncé par l’AIE : 400 millions de barils.
  • Stocks internationaux coordonnés : environ 1,8 milliard de barils.
  • Part annoncée des États-Unis : 172 millions de barils.
  • Part annoncée du Japon : 80 millions de barils.
  • Flux normal via le détroit d’Hormuz : ~20 millions de barils par jour.
source:https://www.aljazeera.com/economy/2026/3/12/why-historic-oil-reserves-release-may-do-little-to-bring-down-rising-prices

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