Le porte-avions nucléaire Charles de Gaulle et son groupe aéronaval ont franchi le canal de Suez et progressent en mer Rouge vers le golfe d’Aden, a confirmé mercredi 7 mai l’état-major des armées françaises. Ce repositionnement place le plus puissant navire de guerre européen à portée du détroit d’Ormuz, dont la fermeture de facto par l’Iran depuis le début du conflit le 28 février étrangle le trafic maritime mondial.
Le président Emmanuel Macron a précisé que cette mission, distincte des belligérants, vise à « restaurer la sécurité maritime dans le détroit d’Ormuz dès que les conditions le permettront ». La France et le Royaume-Uni, qui portent conjointement cette initiative défensive, entendent envoyer un signal fort aux armateurs et aux assureurs.
Une mission défensive, distincte du « Projet Liberté » américain
Le colonel Guillaume Vernet, porte-parole de l’état-major des armées, a tenu à clarifier la doctrine française : l’opération ne sera déclenchée qu’une fois deux seuils franchis. « La menace contre la navigation doit baisser et le secteur maritime doit être suffisamment rassuré pour emprunter le détroit », a-t-il déclaré à l’Associated Press. Même à ce stade, l’accord des pays riverains — y compris l’Iran — serait requis.
Cette approche prudente contraste avec le « Projet Liberté » américain, lancé lundi par Washington avant d’être suspendu dès mardi soir par Donald Trump. Le président américain a jugé mercredi « très possible » d’arriver à un accord avec Téhéran, tout en maintenant une posture de pression maximale.
Un cargo français touché, l’urgence devient concrète
L’opération française intervient alors qu’un cargo battant pavillon tricolore a été endommagé par un missile dans la zone, faisant plusieurs blessés parmi les marins. Cet incident a renforcé la détermination de Paris à protéger ses intérêts maritimes. La France maintient également une présence aérienne significative : des Rafale basés à Al Dhafra, aux Émirats arabes unis, interceptent les drones et missiles iraniens depuis le début des hostilités, dans le cadre d’un pacte de défense avec Abou Dhabi.
Un dispositif naval inédit depuis la guerre froide
Le Charles de Gaulle avait été dépêché de la Baltique vers la Méditerranée orientale dès les premiers jours du conflit, dans ce que la présidence française qualifie de mobilisation « inédite ». Le groupe aéronaval est accompagné de huit frégates et de deux porte-hélicoptères d’assaut de classe Mistral, un déploiement qui n’a pas d’équivalent récent pour la Marine nationale.
Les primes d’assurance de guerre pour les transits dans le détroit ont été multipliées par quatre ou cinq par rapport aux niveaux d’avant-conflit, selon les estimations du secteur. « Aujourd’hui, pas un seul navire ne prend le risque de s’y engager », a résumé le colonel Vernet.
Plus de 50 pays rassemblés autour de l’initiative franco-britannique
Le 17 avril, Macron et le Premier ministre britannique Keir Starmer avaient réuni plusieurs dizaines de pays à Paris pour coordonner la réponse internationale. Les planificateurs militaires de plus de 30 nations ont depuis finalisé les détails opérationnels, sans participation américaine, ce que des observateurs comparent à la « coalition des volontaires » forgée pour soutenir l’Ukraine.
Macron, qui s’est entretenu mercredi avec le président iranien Massoud Pezeshkian, a plaidé pour qu’un « retour au calme dans le détroit » facilite les négociations sur le nucléaire, les capacités balistiques et la situation régionale. « Les Européens joueront leur rôle », a-t-il assuré. La France refuse par ailleurs de lever les sanctions contre l’Iran tant que le détroit reste bloqué.