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    Comment stopper la famine à Gaza face à une politique d’extermination

    Palestine, Israël, États-Unis, Union européenne

    La famine que subissent actuellement les habitants de Gaza ne résulte pas d’un accident ou d’une conséquence secondaire, mais s’inscrit au contraire dans une politique délibérée d’extermination. Celle-ci vise à soumettre la population et préparer ainsi le terrain pour leur déplacement forcé de leur territoire.

    Lors des réunions du cabinet politique et sécuritaire israélien, alors que les plans pour intensifier la guerre d’extermination étaient en discussion, des divergences sont apparues entre les sphères politiques et militaires, notamment autour des propositions d’occupation totale ou de création de « passages humanitaires ». Dans ce contexte, le Premier ministre Netanyahu a suggéré de renforcer le blocus sur Gaza, pariant sur son expérience politique que cette mesure suffirait à plier la résistance du Hamas.

    Il est important de souligner que Gaza est déjà soumise à un blocus strict depuis des mois. La proposition de Netanyahu équivaut donc à une interdiction totale de l’arrivée des rares denrées alimentaires déjà rationnées, poussant ainsi la famine à un niveau extrême. Cette ancienne arme de guerre est ainsi intensifiée pour parachever l’extermination de la population civile.

    Les habitants de Gaza sont désormais réduits à ne plus trouver même de quoi moudre des aliments alternatifs, comme ils l’avaient fait dans les premiers mois du conflit. L’objectif est clair : accélérer la disparition physique de la population et réaliser les objectifs stratégiques du plan d’extermination.

    Parallèlement aux politiques de déplacement forcé, de bombardements et de massacres, l’armée israélienne progresse vers le centre de Gaza. Elle crée une nouvelle zone tampon isolant Dier el-Balah de la région d’Al-Mawasi, tout en manœuvrant pour maintenir ouverts des « passages humanitaires » qui fonctionnent, en réalité, comme des camps de détention. Ces zones permettent l’isolement des Palestiniens selon leur appartenance politique, ciblant spécifiquement les membres et familles des factions résistantes, qu’ils soient activement impliqués ou non.

    Par ailleurs, les centres de distribution d’aide humanitaire à Gaza participent à une stratégie d’isolement social et d’insécurité. Les habitants dépendants de cette aide deviennent des cibles potentielles, ce qui accroît la peur, décourage l’espoir et incite à quitter la région. Ces manœuvres alimentent la frustration envers la résistance.

    Cette institution d’aide humanitaire joue aussi un rôle essentiel dans la justification politique et médiatique du maintien du blocus et de la guerre, en prétendant permettre l’acheminement de l’aide. En même temps, Israël arme des milices locales liées à son agenda, leur offrant des refuges sûrs pour fragmenter la société gazouïe, encercler la résistance et diversifier ses stratégies coloniales vis-à-vis de la bande de Gaza.

    Cette politique de famine s’appuie sur un contexte objectif qui lui permet de perdurer :

    • Le soutien explicite des États-Unis, qui gèrent désormais l’aide à Gaza via des entreprises privées depuis mai 2023.
    • L’arrivée à la tête de cette institution d’un pasteur évangélique américain, Johnny Moore, ancien conseiller à la Maison Blanche sous Trump.
    • La complicité implicite des instances européennes, par des actions timides et des déclarations souvent inefficaces, voire contre-productives.

    Malgré des déclarations officielles de responsables européens, comme celle de la chef de la diplomatie de l’Union européenne Kaya Kallas, promettant un accroissement des aides et la réouverture des passages, les faits montrent l’inverse, avec un renforcement de la famine et une aggravation de la crise humanitaire. Les appels internationaux, tels que celui de 25 pays dont la France, le Royaume-Uni ou le Canada pour mettre fin à la guerre, restent des vœux pieux sans impact concret sur les politiques israéliennes.

    Les sanctions symboliques contre certains ministres israéliens, décrétés par des pays comme le Royaume-Uni, le Canada, l’Australie ou la Norvège, illustrent davantage une posture morale qu’un levier efficace pour stopper la politique de famine. En réalité, cette politique est une décision gouvernementale israélienne mise en œuvre par l’armée, échappant ainsi à toute réelle sanction internationale.

    Les recours devant la Cour internationale de justice, accusant Israël de crimes d’extermination, n’ont également eu aucun effet palpable sur le terrain. Cela révèle les failles du système international, en particulier sur les plans juridique et judiciaire, au détriment des populations palestiniennes qui subissent cette impunité.

    Un autre facteur déterminant est l’absence de volonté politique régionale dans le monde arabe et islamique pour combattre la domination israélienne.

    • Cette domination dépasse la question de Gaza en s’étendant à des agressions directes contre le Liban et la Syrie.
    • Elle comprend également la politique de pression et de déplacement en Cisjordanie.
    • Le prolongement de cette politique a permis à Israël de se poser en quasi puissance impériale régionale.

    Pourtant, ni les pays arabes voisins, ni les États du Golfe ou la Turquie n’ont agi efficacement pour stopper l’extermination prolongée qui dure depuis plus de 21 mois. Ni la famine extrême, ni l’expansion militaire au-delà des frontières palestiniennes n’ont suscité de réactions stratégiques unifiées contre Israël.

    Les sommets arabo-islamiques de Riyad fin 2023 ont pourtant appelé à une aide immédiate, suffisante et durable pour Gaza. Mais ces appels sont restés lettre morte, soulevant des questions sur l’incapacité ou le manque de volonté des États concernés à mettre en œuvre leurs décisions.

    Cette inaction contribue largement à la pérennité de la famine et de l’extermination, indépendamment des raisons expliquant cette passivité. Elle survient malgré la continuité des relations normalisées avec Israël et la propagation d’une propagande anti-résistance qui limite les espaces d’expression populaire et de solidarité avec Gaza dans le monde arabe.

    Il est important de comprendre que le problème ne réside pas dans la disponibilité des dons humanitaires, car les populations arabes les plus pauvres seraient prêtes à sacrifier leur propre subsistance pour aider Gaza. Le véritable enjeu réside :

    1. Dans l’accès effectif et le passage des aides vers la bande de Gaza.
    2. Dans l’arrêt immédiat de la politique d’extermination.
    3. Dans le soutien politique aux résistants palestiniens, qui souffrent du siège, de la trahison et de la stigmatisation.

    Quelle que soit l’opinion sur la résistance palestinienne, son projet politique ou son mode d’action, permettre cette extermination équivaut à porter atteinte à tout le monde arabe, en facilitant la domination israélienne dans la région.

    La solution est donc avant tout régionale et arabe. Avec des aides humanitaires bloquées côté égyptien, une mobilisation arabe ferme pourrait imposer l’application effective des décisions prises lors des sommets arabes et islamiques. Israël hésiterait à compromettre ses relations avec plusieurs pays arabes et ne déclencherait pas un conflit ouvert avec une coalition arabe unie exigeant le passage forcé des aides.

    De plus, les gouvernements arabes pourraient exploiter la mobilisation populaire au sein de leurs pays pour exprimer leur opposition à la famine et à l’extermination, tout en renforçant leur position dans les négociations avec les puissances occidentales, notamment les États-Unis, pour faire cesser ce blocus meurtrier.

    source:https://www.aljazeera.net/opinions/2025/7/22/%d9%83%d9%8a%d9%81-%d9%86%d9%88%d9%82%d9%81-%d8%aa%d8%ac%d9%88%d9%8a%d8%b9-%d8%ba%d8%b2%d8%a9

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