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    DeepSeek : l’IA chinoise qui redessine le pouvoir technologique

    France

    Le 27 janvier 2025, l’annonce de l’intelligence artificielle générative chinoise, DeepSeek, par la start-up Hangzhou DeepSeek Technology, a provoqué un tremblement dans les marchés financiers et l’industrie de l’IA. Cet événement a entraîné une forte volatilité des actions des géants américains, notamment avec une chute de la capitalisation boursière de Nvidia d’environ 550 milliards d’euros. Cette situation s’explique notamment par les restrictions d’exportation imposées par les États-Unis, qui limitent la vente de leurs unités de traitement graphique et semi-conducteurs les plus avancés à la Chine.

    Un modèle technologique innovant

    DeepSeek-V3, conçu pour être open source, peu énergivore et ultra-performant, se positionne comme une alternative sérieuse à ChatGPT d’OpenAI et Gemini de Google. Ce modèle pourrait remodeler l’influence numérique mondiale, offrant un nouveau paradigme face aux géants de la Big Tech. Certains experts évoquent un « moment Spoutnik » pour l’IA, en référence au lancement du satellite soviétique en 1957, renforcé par l’annonce d’un nouveau programme d’intelligence artificielle par l’administration Trump, un plan d’investissement colossal de 500 milliards d’euros sur cinq ans.

    DeepSeek : un outil de soft power ou de dépendance technologique ?

    Au-delà de la rivalité sino-américaine, une question persiste : DeepSeek est-elle un instrument de « soft power » capable de démocratiser l’accès à l’IA, ou un levier d’influence structurant créant une dépendance technologique mondiale ? L’idée que l’IA devrait être un bien commun est soutenue par plusieurs chercheurs et institutions. L’UNESCO préconise une IA éthique et accessible, tandis que Kate Crawford met en avant les dangers des monopoles technologiques sur l’innovation.

    Une vision idéalisée ?

    À première vue, DeepSeek paraît incarner une vision optimiste de l’intelligence artificielle, rendant cette technologie accessible à tous. Son modèle open source permet aux chercheurs, entreprises et gouvernements d’accéder à une IA avancée sans dépendre des grandes entreprises américaines. Avec un coût de développement de seulement 5,5 millions d’euros, contre plusieurs milliards pour des projets comme GPT-4, DeepSeek se distingue également par son faible impact écologique, fonctionnant avec une consommation d’énergie inférieure à celle des systèmes concurrents.

    Une complexité sous-jacente

    Cependant, cette vision peut masquer des enjeux plus complexes. Bien que DeepSeek semble initialement être un outil de soft power, son déploiement mondial pourrait évoluer vers un standard technologique qui impose une dépendance aux normes chinoises. Ceci rappelle des exemples précédents comme Huawei en 5G ou TikTok dans les réseaux sociaux. La disponibilité de DeepSeek en open source ne garantit pas l’absence de contrôle stratégique chinois, car les mises à jour et ajustements restent sous supervision.

    Une nouvelle dynamique de pouvoir

    Le concept de « spectral power », introduit par Markos Kounalakis et l’ambassadeur Andras Simonyi, décrit une influence initialement attractive mais qui devient contraignante une fois adoptée. L’exemple de la dépendance énergétique de l’Europe vis-à-vis de la Russie illustre cette dynamique. DeepSeek pourrait suivre une trajectoire similaire dans le domaine de l’IA, représentant une nouvelle forme de pouvoir où l’attractivité se transforme en contrainte technologique.

    Le rôle de l’Europe

    Face à cette situation, l’Union européenne mise sur une réglementation stricte via l’AI Act, visant à établir un cadre éthique pour l’IA. Cependant, sans plan d’investissement massif, l’Europe risque de devenir un consommateur passif de technologies étrangères. Le 31 janvier, le gouvernement français a annoncé la création de l’Institut national pour l’évaluation et la sécurité de l’intelligence artificielle (Inesia), qui jouera un rôle crucial dans l’évaluation des risques liés à l’IA en conformité avec la réglementation européenne.

    Conclusion : Une rupture géopolitique ?

    DeepSeek pourrait marquer une rupture dans la géopolitique de l’IA, sa large adoption amenant à une reconfiguration du pouvoir technologique mondial. La Chine pourrait ainsi imposer progressivement ses normes par la force de l’usage, transformant l’influence initialement attractive en dépendance technologique. Plutôt qu’un simple « soft power », DeepSeek représente une forme de « spectral power », remodelant les rapports de force internationaux autour de l’intelligence artificielle.

    Véronique Chabourine

    Deepseek | Intelligence Artificielle | Technologie | Soft Power | Rivalité Sino-américaine | France
    source:https://www.latribune.fr/opinions/tribunes/opinion-deepseek-un-modele-de-soft-power-en-apparence-1017472.html

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