La guerre au Soudan entre dans une phase encore plus meurtrière, alerte l’ONU. Dans une mise en garde relayée lundi, le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme Volker Türk estime que l’extension des combats et l’usage croissant de drones armés font peser un risque immédiat sur les civils, alors que ces appareils sont désormais, selon les données onusiennes citées par Reuters, la première cause de morts civiles liées au conflit.
D’après les chiffres transmis par le Haut-Commissariat, au moins 880 personnes ont été tuées par des frappes de drones entre janvier et avril 2026. L’ONU affirme que 80 % des décès civils liés au conflit sur cette période sont attribués à ces attaques. Les régions du Kordofan et du Darfour concentrent l’essentiel des victimes, mais l’organisation prévient que cette violence se diffuse aussi vers le Nil Bleu, le Nil Blanc et Khartoum.
Une alerte de l’ONU sur un conflit qui change de nature
Volker Türk avertit que la communauté internationale est désormais « prévenue » : sans action rapide, le conflit soudanais pourrait basculer dans une séquence « encore plus mortelle ». Son avertissement porte autant sur l’intensité des combats que sur leur transformation technique. Là où la saison des pluies freinait traditionnellement certaines opérations au sol, les drones permettent désormais de maintenir ou d’élargir les hostilités malgré les contraintes météorologiques.
Cette évolution modifie l’équation humanitaire. Selon l’ONU, l’usage de drones par les deux camps élargit la zone de danger, rend les frappes plus imprévisibles pour les populations civiles et accroît le risque de dommages sur des marchés, des quartiers résidentiels ou des infrastructures indispensables à la vie quotidienne. Dans son briefing du printemps, le Haut-Commissariat avait déjà fait état de plus de 500 civils tués par ce type d’attaques entre le 1er janvier et le 15 mars, signe que la tendance s’inscrit dans la durée.
Pourquoi les drones pèsent si lourd sur le bilan humain
Le conflit qui oppose depuis avril 2023 l’armée soudanaise et les Forces de soutien rapide a déjà provoqué une crise humanitaire majeure. Mais la progression des frappes par drones ajoute une dimension nouvelle : ces armes relativement peu coûteuses, plus faciles à déployer et capables de viser à distance, réduisent les périodes d’accalmie et compliquent la protection des civils. Reuters rapporte que l’ONU considère désormais les drones armés comme le principal moteur du bilan civil.
Le constat rejoint les précédentes prises de parole onusiennes. En mars, l’OHCHR soulignait que des marchés, des hôpitaux, des installations électriques et d’autres infrastructures civiles avaient déjà été touchés. L’organisation rappelait alors que de telles frappes soulevaient de graves questions au regard du droit international humanitaire, notamment sur la distinction entre cibles militaires et civiles, la proportionnalité et la précaution dans la conduite des opérations.
Des régions entières menacées d’embrasement
Les zones du Kordofan et du Darfour restent au cœur des inquiétudes. Le Darfour, déjà marqué par des violences à forte dimension ethnique, demeure l’un des principaux foyers du conflit. Mais l’ONU redoute désormais une extension vers le centre et l’est du pays. Si les belligérants cherchent à consolider ou à gagner du terrain dans les prochaines semaines, les conséquences pourraient, selon Volker Türk, devenir létales « sur d’immenses zones » pour les populations civiles.
Cette lecture est cohérente avec les alertes successives du système onusien sur le Soudan : l’intensification de la guerre ne se mesure plus seulement à la ligne de front, mais aussi à sa capacité à frapper loin, vite et de façon répétée. Pour les habitants, cela signifie une insécurité plus diffuse, y compris dans des espaces auparavant moins exposés.
L’ONU appelle à freiner les transferts d’armes
Face à ce constat, Volker Türk appelle à des mesures « robustes » pour stopper les flux d’armes vers les parties en guerre, en particulier les drones armés avancés. L’objectif affiché est d’empêcher une nouvelle accélération des capacités de frappe alors que le conflit menace déjà de s’étendre géographiquement.
À ce stade, l’ONU ne présente pas cette issue comme acquise, mais comme une urgence diplomatique et humanitaire. Le message reste clair : sans pression extérieure et sans réduction des moyens militaires qui alimentent la guerre, le Soudan pourrait connaître dans les semaines à venir une hausse supplémentaire des pertes civiles.
Pour les organisations internationales, l’enjeu dépasse donc le seul bilan quotidien. Il s’agit désormais d’éviter que la guerre soudanaise ne change définitivement d’échelle, avec des drones capables d’entretenir les combats en continu et d’élargir encore le nombre de civils pris au piège.
