La flambée des prix du carburant et les difficultés d’approvisionnement accélèrent la transition vers les véhicules électriques dans plusieurs pays africains, avec l’Éthiopie en tête du mouvement. Selon une dépêche de l’Associated Press reprise par ABC News, le pays comptait déjà plus de 115 000 véhicules électriques en circulation en 2026, soit environ 8 % de son parc national. Cette accélération s’appuie sur une décision prise en 2024: l’interdiction d’importer de nouveaux véhicules essence et diesel, dans un contexte de forte pression sur les finances publiques et sur les importations d’énergie.
Une bascule portée par les coûts de l’énergie
Le signal économique est central. D’après l’AP, l’Éthiopie dépense environ 4,2 milliards de dollars par an en importations de carburant et jusqu’à 128 millions de dollars par mois en subventions. Le même reportage souligne que des tensions sur les approvisionnements ont aggravé la pression sur le marché local des carburants. Pour les autorités comme pour les acteurs du secteur, l’électrique apparaît donc moins comme un simple choix environnemental que comme une réponse à une contrainte budgétaire et stratégique.
Des experts cités par l’AP estiment que le basculement réduit l’exposition directe d’une partie des conducteurs aux chocs pétroliers mondiaux. Bob Wesonga, de l’Africa E-Mobility Alliance, affirme ainsi qu’un propriétaire privé de véhicule électrique peut dépenser nettement moins en recharge qu’en essence, tout en restant prudent sur les limites actuelles du marché.
L’Éthiopie, laboratoire africain du véhicule électrique
Le mouvement éthiopien n’est pas né de zéro. Une fiche de politique publique recensée par Climate Change Laws of the World rappelle qu’Addis-Abeba a annoncé dès janvier 2024 une interdiction d’importer des voitures à essence et diesel, en combinant cette mesure avec des droits de douane bien plus favorables aux modèles électriques et hybrides. L’objectif affiché était double: réduire la facture pétrolière et limiter la pollution de l’air.
Un autre point distingue le pays: plus de 90 % de son électricité proviendrait de sources renouvelables, principalement l’hydroélectricité et le solaire, selon les chiffres repris par l’AP. Cela renforce l’argument de la souveraineté énergétique. Dans une synthèse publiée en février par Energy Connects à partir d’informations de Bloomberg, le secrétaire d’État éthiopien aux transports Bareo Hassen Bareo expliquait que la stratégie EV visait précisément à remplacer une dépendance au carburant importé par une énergie produite localement.
Une dynamique continentale, mais encore fragile
La tendance dépasse l’Éthiopie. Toujours selon l’AP, l’Afrique a importé 44 358 véhicules électriques depuis la Chine en 2025, contre 19 386 un an plus tôt, pour une valeur supérieure à 200 millions de dollars. L’Éthiopie en aurait absorbé à elle seule près d’un tiers. D’autres marchés, comme l’Afrique du Sud, l’Égypte, le Maroc ou le Nigeria, avancent eux aussi, mais à des rythmes différents selon les politiques publiques, le coût des véhicules et la qualité du réseau électrique.
Les limites restent néanmoins importantes. Les analystes cités par l’AP évoquent un réseau de recharge encore très concentré à Addis-Abeba, des difficultés de distribution électrique en dehors des grands centres et un prix d’achat qui demeure trop élevé pour une large partie des ménages. Même en Éthiopie, la transition devrait donc rester progressive, avec la coexistence durable de véhicules thermiques déjà en circulation et d’une offre électrique encore en structuration.
Pourquoi cette évolution est surveillée de près
Le cas éthiopien intéresse bien au-delà de la Corne de l’Afrique parce qu’il sert de test grandeur nature pour une autre trajectoire de mobilité: importer moins de pétrole, utiliser davantage d’électricité locale et tenter de faire émerger une filière d’assemblage sur place. Energy Connects rapportait ainsi que 17 usines d’assemblage de véhicules électriques étaient déjà dans les tuyaux, avec une ambition portée jusqu’à 60 sites d’ici 2030. Ces projections doivent encore être vérifiées dans la durée, mais elles montrent que l’enjeu ne se limite plus à l’automobile: il touche aussi l’industrie, les infrastructures et la balance énergétique.
À ce stade, la poussée des véhicules électriques en Afrique ne signifie pas un basculement uniforme du continent. Mais elle confirme qu’en période de carburants chers et de tensions sur l’approvisionnement, la mobilité électrique peut aussi progresser comme réponse économique, et pas seulement comme promesse climatique.
Sources
- ABC News / Associated Press, 8 mai 2026
- Climate Change Laws of the World, fiche politique sur l’interdiction éthiopienne des importations de véhicules thermiques
- Energy Connects / Bloomberg, février 2026
