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    Procès du complot en Tunisie : peines lourdes pour opposants politiques

    Tunisie

    Le tribunal de première instance de Tunis a prononcé des peines sévères, allant de 13 à 66 ans de prison, à l’encontre d’une quarantaine d’accusés impliqués dans un procès historique pour « complot » contre le président Kaïs Saïed, incluant plusieurs figures emblématiques de l’opposition tunisienne.

    Des parents de détenus accusés d’être impliqués dans une affaire de complot contre la sûreté de l’État se réunissent devant le tribunal de Tunis, le 4 mars 2025. © FETHI BELAID / AFP

    Des proches des détenus accusés de complot contre la sûreté de l’État réunis devant le tribunal de Tunis, le 4 mars 2025. © FETHI BELAID / AFP

    Des condamnations pour « complot » et « adhésion à un groupe terroriste »

    Selon un représentant du Parquet antiterroriste relayé par les médias locaux, dont la radio Jahwara FM, les prévenus ont été reconnus coupables à divers degrés de « complot contre la sûreté de l’État » ainsi que d’« adhésion à un groupe terroriste ». Parmi les condamnés figurent des personnalités politiques, des avocats et des hommes d’affaires. Certains sont détenus depuis près de deux ans, tandis que d’autres bénéficient de la liberté ou sont exilés à l’étranger.

    Figures de l’opposition lourdement sanctionnées

    Plusieurs dirigeants politiques ont reçu des peines significatives. Issam Chebbi, chef du parti social-démocrate Joumhouri, Jawhar Ben Mbarek, cofondateur du Front de salut national, l’ex-ministre centriste Ghazi Chaouachi, l’avocat Ridha Belhaj ainsi que la militante des droits Chaïma Issa ont tous été condamnés à 18 ans de prison, comme l’a précisé l’avocat Abdessatar Messaoudi.

    Khayam Turki, ancien dirigeant du parti social-démocrate Ettakatol, a écopé de 48 ans de réclusion, tandis que la peine maximale, 66 ans, a été infligée à Kamel Eltaïef, un homme d’affaires influent impliqué dans le dossier.

    Un procès controversé et excluant

    Lors de la dernière audience tenue le 18 avril, les avocats de la défense, dont Samia Abbou, ont dénoncé une « mascarade » judiciaire. Le juge a mis sa décision en délibéré après avoir lu l’acte d’accusation, sans que la défense puisse présenter de réquisitoire ni plaidoiries. L’audience s’est déroulée sous haute surveillance policière, sans la présence des journalistes internationaux ni des diplomates étrangers, exclus contrairement aux séances précédentes.

    Certains accusés se sont vus reprocher des contacts suspects avec des ambassades étrangères, accentuant la tension autour de ce procès inédit par son ampleur et ses motifs.

    Réactions et dénonciations

    Haifa Chebbi, avocate et fille de l’homme politique Ahmed Nejib Chebbi, a qualifié ce verdict de « préparé à l’avance, sans surprise », exprimant son désarroi face à la situation de la justice et des libertés en Tunisie. Elle n’a pas pu révéler la peine prononcée contre son père, également accusé mais en liberté.

    Kamel Jendoubi, condamné par contumace, a dénoncé un « assassinat judiciaire » orchestré selon lui par un ordre politique impliquant des juges, procureurs et la ministre de la Justice, qu’il décrit comme le bras armé d’un pouvoir autocratique.

    Contexte politique et répression des opposants

    Depuis le coup de force de Kaïs Saïed à l’été 2021, qui lui a permis de concentrer les pleins pouvoirs, de nombreuses voix dénoncent une dégradation des libertés en Tunisie, berceau du Printemps arabe de 2011. Depuis le printemps 2023, des dizaines de personnalités politiques, avocats, militants des droits humains et commentateurs sont arrêtés, souvent sous des accusations liées à la diffusion de fausses nouvelles, dans une interprétation jugée arbitraire.

    Pour l’analyste Hatem Nafti, un acquittement aurait compromis la narration conspirationniste qui soutient le régime depuis 2021, récit qui reste selon lui accepté par une part importante de la population, notamment en raison du contrôle strict des médias et de l’emprisonnement de nombreux journalistes.

    Un procès sous haute tension et critiques internationales

    Le procès, ouvert le 4 mars, s’est déroulé sans la présence physique des détenus, qui ne pouvaient s’exprimer qu’en visioconférence. La défense a réclamé en vain leur comparution au tribunal, tandis que six accusés ont observé une grève de la faim. La défense a dénoncé un dossier « vide », et l’ONG Human Rights Watch a affirmé que ce procès se tenait dans un « contexte répressif », où le président utiliserait la justice pour cibler ses opposants et dissidents.

    En février, le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’Homme avait condamné la persécution des opposants en Tunisie, estimant que beaucoup étaient poursuivis pour des accusations vagues liées à l’exercice légitime de leurs droits et libertés. Le gouvernement tunisien a répondu que ces poursuites visaient des crimes de droit public sans rapport avec leur activité politique, partisane ou médiatique.

    Procès Complot Tunisie | Tunisie | Procès | Complot | Kaïs Saïed | Opposants Politiques | Justice | Prison | Droits Humains | Politique Tunisienne
    source:https://www.jeuneafrique.com/1681124/politique/proces-du-complot-en-tunisie-des-peines-allant-de-13-a-66-ans-de-prison/

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