On dit souvent que les yeux sont le reflet de l’âme. Ils pourraient aussi devenir un indicateur précieux de la mémoire. Selon une étude publiée dans la revue PNAS, la manière dont une personne explore visuellement son environnement pourrait révéler, très tôt, un déclin cognitif.
Les chercheurs rappellent que les mouvements oculaires sont étroitement liés aux mécanismes d’encodage et de récupération des souvenirs. Autrement dit, la façon dont nous déplaçons nos yeux face à une scène traduirait la richesse des représentations stockées en mémoire.
Des schémas de regard révélateurs
Pour vérifier cette hypothèse, l’équipe a mené deux expériences auprès de cinq groupes de participants : des jeunes adultes en bonne santé, des personnes âgées en bonne santé, des individus présentant un risque de déclin cognitif, des patients atteints de troubles cognitifs légers et des patients amnésiques.
Tous ont observé des séries d’images tandis que leurs mouvements oculaires étaient enregistrés par un oculomètre. Les résultats sont clairs : plus la mémoire était altérée, plus le regard devenait répétitif et limité.
Observer l’environnement en détail
Les jeunes adultes, dont la mémoire restait intacte, exploraient les images de façon active et repéraient de nouveaux détails à chaque visionnage. À l’inverse, les personnes présentant un déclin cognitif ou une amnésie avaient tendance à fixer les mêmes zones sans enrichir leur observation.
Cette réduction de l’exploration visuelle se traduisait par des représentations mentales plus pauvres et, par conséquent, par une mémoire affaiblie. Pour les chercheurs, ces schémas de regard pourraient devenir un indicateur fiable pour évaluer et suivre l’évolution de la mémoire.
Les yeux, une fenêtre sur la santé du cerveau
Ces résultats s’inscrivent dans une série de travaux qui rapprochent l’examen des yeux de la détection des troubles neurodégénératifs. Des études antérieures ont déjà suggéré que les yeux pouvaient offrir une lecture directe de la santé cérébrale.
En 2024, une étude publiée dans Nature avait montré qu’une perte de sensibilité visuelle pouvait prédire une démence jusqu’à 12 ans avant le diagnostic. En 2025, une recherche néo-zélandaise avait aussi démontré que les micro-vaisseaux sanguins de la rétine pouvaient signaler un risque accru de démence avant l’apparition des premiers symptômes.
Vers un dépistage précoce de la démence
L’intérêt de ces découvertes est important, car il s’agit d’une mesure non invasive, rapide et objective du fonctionnement cognitif. À terme, l’analyse des mouvements oculaires pourrait compléter les tests de mémoire et les examens de la rétine pour repérer plus tôt des maladies neurodégénératives comme Alzheimer.
En attendant, les chercheurs poursuivent leurs travaux. Observer nos yeux, c’est peut-être déjà repérer les premiers signes d’un cerveau en difficulté.