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    La résilience à Gaza : un hiver de guerre et d’espoir

    France

    Décembre s’achève et nous faisons face à un deuxième hiver de guerre à Gaza. Jamais je n’aurais pu imaginer traverser une telle saison une nouvelle fois. Autrefois, l’hiver était ma saison préférée, synonyme de pluie, de fraîcheur et de réconfort. Mais aujourd’hui, les temps ont changé. Je n’ai plus de maison chaleureuse, de vêtements d’hiver, de couvertures ou même de chauffage. Nous avons perdu nos rues, nos rassemblements et nos moments partagés autour d’une tasse de thé chaud. Désormais, aucun d’entre nous ici ne peut se payer le luxe d’aimer l’hiver.

    Je me souviens avoir pleuré toutes les larmes de mon corps à la première pluie de l’année, ressentant la tristesse d’un nouvel hiver alors que nous sommes toujours en guerre. Mon cœur s’est brisé pour ceux qui vivent dans des tentes. J’ai vu des images de tentes inondées et j’ai remercié Dieu pour le toit fragile qui me protège. Mon cœur se brise aussi pour les enfants et les familles qui passent la nuit dans l’eau glacée, attendant l’aube ou simplement que la pluie cesse. Les cris d’un enfant retentissant dans la nuit remplissent le silence de chagrin et de douleur. Les nuits en temps de guerre sont terrifiantes : elles sont sans pitié, cruelles et interminables. Nous redoutons les heures qui nous séparent du matin, priant pour que les horreurs de la nuit s’achèvent.

    Résilience

    Après plus d’un an et deux mois de guerre à Gaza, je suis devenue une personne différente. Malheureusement, je ne sais pas si ce changement est bon ou mauvais. Le chagrin pèse lourdement sur mon cœur, une blessure si profonde que même le temps ne pourra l’effacer. Cette injustice soulève une multitude de questions : Pourquoi notre lieu de naissance, notre race, notre couleur ou notre religion déterminent-ils notre destin ? Comment guérir de traumatismes si insupportables ? Comment continuer à vivre sans ceux que j’aime ? Ces questions me hantent, surtout quand j’imagine la fin de la guerre.

    Pourtant, j’ai trouvé une force en moi que je n’aurais jamais cru posséder. J’ai enduré la peur, les déplacements, la perte et le deuil. Cela a été un chemin douloureux, mais ma foi inébranlable m’a portée. J’ai pris conscience que chaque épreuve cache une sagesse que nous ne pouvons comprendre. Nous remettons nos cœurs à Dieu, même lorsque les défis semblent au-delà de nos capacités. Cette foi m’a poussée à persévérer et à soutenir ceux qui m’entourent.

    Sécurité introuvable

    Dans cette guerre, l’adversité est sans limite. La famine dans le nord de Gaza a été impensable. Les gens ont été contraints de manger des feuilles d’arbres et de chercher désespérément des restes de farine. Le « massacre de la farine » a fait la une des journaux, des personnes se battant pour obtenir du pain taché de sang. Des pays ont envoyé de l’aide par la mer, mais beaucoup se sont noyés en essayant de l’atteindre. Est-il possible que Gaza, autrefois reconnue pour son hospitalité et sa cuisine généreuse, soit aujourd’hui une terre où l’on meurt de faim ? C’est la réalité à laquelle nous faisons face. La famine nous a rattrapés, même dans les zones prétendument « sécurisées ».

    La nourriture se fait de plus en plus rare, et les prix augmentent de manière vertigineuse, rendant l’accès à la nourriture impossible pour la plupart d’entre nous. La farine, autrefois un produit de base, est devenue un luxe, souvent infestée de vers, mais nous la tamisons avant de la cuire, car nous n’avons pas d’alternatives.

    J’ai même plaisanté amèrement avec des collègues, disant que je préférerais mourir lors d’une frappe aérienne que de mourir de faim : ce serait plus rapide et moins douloureux. Y a-t-il une plus grande injustice que de réfléchir à la manière la moins insoutenable de quitter cette vie ?

    Peut-être que je n’écrirais plus jamais

    Depuis le début de décembre, quelques lueurs d’espoir ont émergé, avec des rumeurs de cessez-le-feu. Cependant, personne n’ose plus espérer. Il y a quelques mois, j’étais pleine d’espoir, prête à faire ma valise à chaque rumeur de cessez-le-feu. Mais chaque fois, mon cœur a été brisé. Aujourd’hui, j’ai appris à ne pas espérer, un phénomène que l’on appelle en psychologie l’impuissance acquise.

    Je rêve encore de la fin de la guerre, de retrouver ma maison dans le nord de Gaza, de revoir ma grand-mère. À plus de 70 ans, elle est une femme résiliente et très croyante. Je ne l’ai pas revue depuis le 7 octobre. Mon cœur se languit de la serrer dans mes bras. Nous parlons au téléphone, mais c’est trop douloureux et chaque appel se termine par de la peur et de la nostalgie.

    Je m’imagine vous écrire depuis le nord de Gaza. Peut-être qu’une part d’espoir est encore en moi. Ou peut-être que je n’écrirais plus jamais. Personne ne sait de quoi sera fait l’avenir. Cependant, une chose est certaine : les oppressions prennent toujours fin un jour. Comme l’a écrit le poète Abu al-Qasim al-Shabi : « S’il arrive au peuple, un jour, de vouloir vivre, il faudra bien que le destin réponde. » Et comme Dieu le promet dans le Coran : « À côté de la difficulté est, certes, une facilité ! » Malgré tout, nous nous accrochons à notre force et notre résilience. Chaque jour, nous mettons de côté notre peine pour soutenir ceux qui nous entourent, donner un sens et un but à nos vies.

    Un désir si simple

    Le mois dernier, un moment marquant demeure en moi. Un jeune homme, unique survivant de sa famille, a perdu sa jambe dans la guerre. Il vit désormais seul dans une tente fragile. Malgré son deuil, il est une source d’espoir pour les autres. Lors des séances psychosociales, il a appris des exercices de respiration et des techniques d’adaptation, qu’il transmet maintenant aux autres patients.

    À certains moments, mes collègues et moi rêvons d’un retour dans notre ville dévastée. Nous parlons des premières choses que nous ferons. Avant tout, nous honorerons la mémoire de notre cher docteur Maisara, en dégageant son corps des décombres après plus d’un an. Nous chercherons un abri et travaillerons ensemble pour reconstruire nos vies. Quant à moi, je reverrais ma grand-mère, un désir si simple mais si profond, qui me donne la force de continuer à surmonter les épreuves.

    Honnêtement, après tout cela, si j’avais le choix, je choisirais d’être Gazaouie, d’être Palestinienne, de cette terre que j’aime encore et encore, aujourd’hui et pour toujours.

    Gaza | Guerre | Résilience | Hiver | Médecins Du Monde | France

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