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    Troubles mentaux graves : un défi majeur pour la société québécoise

    Canada, Québec

    Alors que la santé mentale et les troubles mentaux courants gagnent progressivement en visibilité dans le débat public, les troubles mentaux graves restent malheureusement peu connus et souvent incompris. Pourtant, les défis rencontrés par les personnes affectées, leurs proches et les soignants sont énormes, et les services communautaires en amont des crises se révèlent insuffisants.

    Les personnes très malades demandent rarement de l’aide, observent les auteurs.

    Une réalité méconnue malgré une prise de conscience générale

    Il est désormais largement reconnu que maintenir un équilibre mental passe par des habitudes saines : un sommeil suffisant, des moments de calme, une activité physique régulière, une alimentation équilibrée, des échanges sociaux nourrissants et des engagements porteurs de sens. Par ailleurs, de récentes études démontrent que le contact avec la nature agit favorablement sur le cortisol, hormone liée au stress, et contribue à l’apaisement de l’esprit.

    La parole s’est également libérée autour des fragilités liées à l’anxiété, aux troubles neuroatypiques comme le TDAH ou l’autisme, ainsi qu’aux dépressions. Appelés « troubles mentaux courants » en clinique, ces défis sont désormais mieux compris et acceptés, favorisant ainsi une meilleure prévention et une littératie psychologique accrue. Néanmoins, cette mobilisation occulte une autre réalité tout aussi cruciale : les troubles mentaux graves, qui touchent environ 3 % de la population.

    Les troubles mentaux graves : un défi majeur pour le Québec

    Les troubles psychiatriques sévères et persistants — tels que la schizophrénie, le trouble bipolaire, la dépression sévère, les troubles de la personnalité ou les troubles liés à la dépendance — sont encore entourés d’incompréhension et de stigmatisation. Chaque événement social dramatique, chaque mesure coercitive dans les quartiers, chaque reportage sur l’itinérance ou sur l’insécurité dans les transports publics ravive cette stigmatisation.

    Ces troubles affectent un groupe qui occupe 80 % des lits en psychiatrie au Québec et mobilise 80 % du temps des psychiatres. Pourtant, cette population reste mal connue et souvent marginalisée dans le discours public.

    Les difficultés spécifiques des personnes atteintes

    Les personnes souffrant de troubles mentaux graves demandent rarement de l’aide spontanément. Les psychiatres doivent d’abord convaincre les patients atteints de troubles courants que la médicalisation n’est pas toujours nécessaire. En revanche, pour les troubles graves, ils doivent parfois lutter pour que les patients acceptent un traitement essentiel.

    La conscience de la maladie est souvent absente, notamment lors des crises. L’évolution insidieuse de la maladie laisse les patients et leurs proches perplexes et désemparés sur une longue période. La participation active aux soins est alors difficile, car la personne ne se perçoit pas comme malade et sa pensée n’est plus guidée par son intégrité ni son bien-être.

    La difficulté à prévenir la dégradation de l’état explique en partie la forte occupation des lits psychiatriques par ce groupe.

    Les enjeux sociaux et les attentes des professionnels

    Des situations dramatiques impliquant des personnes en crise grave ont été médiatisées à plusieurs reprises au Québec, ravageant les vies des victimes, de leurs proches et des malades eux-mêmes.

    Pour les psychiatres membres de l’Association des Médecins Psychiatres du Québec (AMPQ), ces patients vulnérables ont droit à la santé et à la sécurité, ainsi qu’au respect d’une vie digne. Ils ne doivent pas voir leur existence détruite par une maladie pourtant traitable, même si cette maladie n’est pas toujours reconnue par eux.

    Un sondage récent mené par l’Institut québécois de réforme du droit et de la justice a montré que la population québécoise partage cet avis : la priorité doit aller au droit à la santé, suivi du droit à la sécurité, puis du droit à la liberté. Car lorsque la maladie empêche la compréhension et la prise de décision éclairée, l’autonomie et la liberté deviennent illusoires.

    Ce même sondage révèle un très fort niveau de confiance des personnes vulnérables envers leurs familles (92 %) et leurs psychiatres (93 %) pour les soins. La législation doit refléter cette confiance en autorisant des interventions bienveillantes lorsque la maladie empêche l’acceptation des soins nécessaires.

    Les besoins urgents en ressources et en accompagnement

    Depuis le virage ambulatoire impulsé par le ministre Jean Rochon à la fin des années 1990, les ressources pour soutenir les troubles mentaux graves en milieu communautaire demeurent insuffisantes. Un consensus s’est dégagé parmi les patients, leurs proches, les professionnels de santé, les coroners et autres acteurs concernés :

    • Des ressources communautaires renforcées pour accompagner les proches, familles et personnes vulnérables lors de crises psychosociales, afin de réduire le recours à l’hospitalisation sous contrainte quand cela est possible ;
    • Des équipes interdisciplinaires spécialisées, régulières, formées et présentes aussi bien en milieu hospitalier qu’en communauté ;
    • Du temps, de la formation et un engagement accru pour tous les intervenants (policiers, avocats, personnel hospitalier, etc.) afin de garantir le respect des droits à l’autonomie, à la liberté de choix, à la santé et à la sécurité des personnes les plus vulnérables ;
    • Des accompagnements juridiques adaptés pour les patients ;
    • Des environnements hospitaliers conçus pour être humains et apaisants.

    L’AMPQ souhaite contribuer à ce dialogue essentiel, privilégiant davantage les soins de proximité et moins la contrainte, sans jamais nier la gravité et l’impact réel des troubles mentaux sévères.

    Troubles Mentaux Graves | Santé Mentale | Psychiatrie | Québec | Stigmatisation | Soins Psychiatriques | Maladies Mentales | Prévention | Ressources Communautaires | Canada
    source:https://www.ledevoir.com/opinion/idees/874345/idees-il-faut-on-parle-troubles-mentaux-graves

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