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    Procès Péchier : l’anesthésiste nie tout ego surdimensionné

    France

    Ce lundi 29 septembre s’ouvre la quatrième semaine du procès Péchier à Besançon ; l’anesthésiste est interrogé pour la 16ᵉ journée d’audience sur deux événements indésirables graves d’octobre 2008, ceux de Damien Iehlen et de Suzanne Ziegler, dans le cadre d’une instruction qui porte sur 30 cas d’empoisonnement présumés, dont 12 mortels.

    Au procès Péchier à Besançon, l’accusé interrogé sur Iehlen et Ziegler

    La matinée a été consacrée aux expertises médico-légales. Les Dr Alain Miras et Matthieu Biais, entendus par visioconférence, ont détaillé leurs conclusions sur les deux EIG d’octobre 2008 et confirmé que, selon eux, les éléments clinico-biologiques et la scène clinique laissaient des signes compatibles avec une intoxication aux anesthésiques locaux.

    Le Dr Miras a résumé la chronologie de l’arrêt cardiaque de Damien Iehlen le 10 octobre 2008 : « L’induction était suspectée difficile, mais elle s’est finalement bien passée. Jusqu’à 7h45, après l’induction d’anesthésie survient une asystolie irréversible. Arrêt cardiaque à 7h45 sans reprise de rythme. » Il a précisé que Damien Iehlen est décédé vers 8h15, après 30 minutes de réanimation infructueuse, notamment menée par le Dr Péchier qui « assurait le massage cardiaque ».

    Les experts ont souligné la présence de lidocaïne retrouvée dans des prélèvements et dans une ampoule saisie lors de l’opération de Mme Ziegler, anomaly que le Dr Biais a qualifiée de « clairement une anomalie ». « On a mis en évidence chez Mme Ziegler des signes compatibles cliniquement avec une intoxication aux anesthésiques locaux, notamment la présence de lidocaïne dans une ampoule utilisée, alors que ce produit n’a pas été utilisé ni durant l’anesthésie, ni durant la réanimation », a déclaré le Dr Miras.

    Interrogés par les avocats, les médecins ont exclu formellement plusieurs hypothèses : syndrome coronarien aigu, embolie pulmonaire, choc allergique dans les circonstances observées, et, en grande partie, le syndrome de Tako Tsubo. Restait, selon eux, l’hypothèse d’une intoxication aux anesthésiques locaux ; « Il y a des arguments pour et pas d’arguments contre », a résumé Alain Miras.

    La défense, par l’intermédiaire de Me Randall Schwerdorffer, a pointé les divergences entre expertises et demandé des explications : « Avec des éléments similaires, vos conclusions ne sont pas les mêmes, comment expliquez-vous cela ? » a-t-il demandé aux Dr Miras et Biais, citant les conclusions contraires des Pr Tracqui et Diemunsch pour le cas Ziegler.

    À l’audience, Me Schwerdorffer a aussi marqué une évolution de position : lors d’une audience précédente, il a admis pour la première fois que le cas Iehlen constituait un empoisonnement. Cette reconnaissance a été relevée comme un tournant par les parties civiles présentes.

    Audition de l’accusé : échanges vifs avec la cour et le ministère public

    L’après-midi a été consacré à la nouvelle audition de Frédéric Péchier. L’accusé a été longuement confronté par Delphine Thibierge, présidente de la cour d’assises, puis par les avocates générales et les parties civiles sur le déroulé des faits et ses positions durant l’instruction.

    Sur sa décision de ne pas prendre d’avocat lors de sa première audition, en mars 2017, il a expliqué « que c’est car je pensais que tout serait fini rapidement, avec quelques explications ». Interrogé sur Mme Ziegler, il a répondu : « Non, je ne pense pas. Mme Ziegler n’a pas été empoisonnée. Je pense qu’il y avait une fragilité cardiaque sous-jacente. Que la patiente s’est surestimée au niveau cardiaque ».

    La présidente a confronté l’accusé aux différentes expertises et aux éléments matériels saisis. À propos des analyses et des photos de séquestres, Frédéric Péchier a contesté la portée des preuves : « Je n’ai jamais eu aucun argument en faveur d’une intoxication aux anesthésiques locaux. On a aucune preuve, aucun dosage sanguin, on a rien si ce n’est une ampoule avec des traces de lidocaïne. Et le séquestre que vous avez montré n’est pas celui de l’opération. Je ne sais pas à quel moment il a été fait. »

    Les échanges ont parfois été tendus. La présidente a interrogé l’accusé sur ses relations avec des collègues et sur sa volonté de démissionner fin 2008 ; confronté à des auditions où il se disait peiné de partir, il a répondu : « Non, j’étais persuadé de trouver mieux à la polyclinique de Franche-Comté ». Lors d’un autre passage, il a affirmé : « Je n’ai jamais eu un ego surdimensionné pour imaginer que j’avais une place particulière à la clinique Saint-Vincent. »

    Sur la pollution de poche et la présence de lidocaïne, il a déclaré : « Non, je n’ai pas d’explications. Quelqu’un a mis les flacons de lidocaïne dans la poche. Et ce n’est pas moi ». Il a aussi reconnu une erreur de vocabulaire concernant une déposition à Catherine Nambot : « C’était une erreur de ma part. J’ai fait une confusion entre volontaire et involontaire ».

    La séance a connu plusieurs suspensions ; la cour a notamment accordé une pause de 20 minutes sur une question finale avant la reprise des dépositions par les avocates générales et les parties civiles.

    Dates clés et déroulement du procès

    Rappel des principales étapes mentionnées durant l’audience et dans le dossier :

    • 10 octobre 2008 : arrêt cardiaque de Damien Iehlen à la clinique Saint-Vincent (décès le jour même).
    • 14 octobre 2008 : arrêt cardiaque de Suzanne Ziegler, décédée le 15 octobre 2008.
    • 6 mars 2017 : placement en garde à vue et mise en examen de Frédéric Péchier pour des empoisonnements présumés.
    • 17 mai 2019 : mise en examen pour 17 nouveaux EIG.
    • 22 mars 2023 : mise en examen pour 30 cas, dont 12 mortels.
    • 5 août 2024 : renvoi devant la cour d’assises du Doubs pour 30 empoisonnements, dont 12 mortels.
    • 8 septembre–19 décembre 2025 : tenue du procès, prévu sur 15 semaines.

    Le procès se poursuit avec l’audition d’autres témoins et experts dans les prochaines semaines. L’accusé comparaît libre, sous contrôle judiciaire, et conteste les faits. Les débats resteront axés sur les éléments médico-légaux et les possibles liens entre les EIG survenus à la clinique Saint-Vincent et la polyclinique de Franche-Comté.

    Procès Péchier | Empoisonnement | Anesthésiste | Besançon | Procès | Péchier | Santé | Justice | France
    source:https://www.franceinfo.fr/france/bourgogne-franche-comte/direct-proces-pechier-depositions-d-experts-et-nouvelle-audition-de-l-accuse-suivez-le-16e-jour-d-audience_7520812.html#xtor=RSS-3-%5Blestitres%5D

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