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    Gaza : scènes de vie et retour après un mois de cessez-le-feu

    Palestine, Israël

    La guerre à Gaza n’est pas terminée; elle a changé de forme. Après un mois de cessez‑le‑feu, les combats ont laissé place à une lutte quotidienne des habitants pour reconquérir des bribes d’une vie digne. Le retour parmi les ruines — Retour à Gaza — se fait au prix de l’insécurité, des pénuries et d’un effort de reconstruction souvent solitaire.

    Un calme apparent règne, comme après un ouragan, mais les visages restent fermés. Les familles fouillent les décombres, rassemblent leurs pertes et cherchent quelques mètres où rebâtir un foyer. La ville reprend son souffle lentement, en ravivant la volonté de vivre malgré tout.

    Décision de revenir

    Beaucoup choisissent de retourner dans des quartiers sans électricité, sans eau, sans marchés, sans hôpitaux ni écoles. Pour eux, la décision est claire : revenir, quel qu’en soit le prix.

    Al Jazeera s’est rendue dans les zones les plus détruites au nord et à l’est de la ville de Gaza. À Chujayriyya (حي الشجاعية), des dizaines de familles ont planté leurs tentes dans un parc du quartier, entre les décombres, afin de rester près de leurs maisons détruites.

    Abu Salah, revenu seul avec son fils aîné, fait partie de ceux qui préfèrent réparer ce qui peut l’être en attendant de ramener le reste de la famille. « Mes enfants sont inscrits dans des centres éducatifs au centre du territoire, je les ai laissés là et je suis revenu pour réparer une chambre afin de les ramener une fois que j’aurai fini », explique‑t‑il.

    Tentatives de réparation des maisons à Gaza

    Fronts proches et risques permanents

    À quelques pas de certaines habitations, la présence militaire rend le retour particulièrement dangereux. Près de la « ligne jaune » qui interdit l’approche, des sites militaires israéliens, des grues et des snipers dominent la zone.

    Les explosions provoquées par des engins robotisés la nuit continuent d’endeuiller le paysage, donnant au lieu l’aspect d’un champ de bataille permanent plutôt que d’un quartier reconstruit.

    Un habitant revenu près de la ligne confie : « Mon sentiment de tranquillité m’oblige à payer le prix d’être ici », tout en hésitant à y ramener sa famille à cause de l’absence d’approvisionnements et du danger omniprésent.

    Sentiments mêlés

    La reprise des retours expose des émotions contradictoires. À l’entrée de Jabalia, Noor, 17 ans, marche seule vers sa maison avec un sac de pain et une sacoche pleine de livres.

    Elle devait cette année passer le baccalauréat, mais la guerre a tout paralysé. « Enfin je vais retourner chez nous », dit‑elle. « Imaginez vivre à dix dans une tente, puis retrouver les restes de votre chambre et vos études — c’est un sentiment que je ne peux pas décrire. »

    • Retour affectif aux quartiers d’enfance.
    • Espoir de reprendre une scolarité interrompue.
    • Confrontation quotidienne au traumatisme des pertes matérielles.

    Homme inspectant un verger détruit

    Racines et mémoire

    Abu Abdallah Shaheen est rentré après deux mois d’exil vers le sud. Sa première course fut vers le verger de sa maison détruite. Il n’y resta qu’un seul citronnier et des troncs nus, empreints d’une odeur qui évoque ses souvenirs.

    « Je me nourrissais de ce que je cultivais ici, je n’avais pas besoin d’aller au marché », dit‑il, amer. Il lave l’arbre des cendres et affirme : « Cet arbre est plus vieux que leur État, il me rappelle que la terre ne meurt pas. »

    Danger immédiat dans les maisons

    La menace ne se limite pas aux destructions visibles. Mo’een Hattu a découvert un projectile non explosé qui a traversé le mur de sa maison.

    Malgré ce danger, il tente de réparer une partie du logement pour y vivre avant l’hiver. Impossible pour lui de faire enlever l’engin : il n’existe aucune autorité locale capable de le déminer sur place.

    « Imaginez dormir avec une bombe qui peut exploser à tout moment », dit‑il. « C’est un énorme missile qui pourrait anéantir tout un quartier. »

    Maison avec projectile non explosé

    Vivre dans les écoles

    Pour beaucoup, la meilleure alternative est d’élire domicile dans une école. Umm Mahmoud, veuve et mère de six enfants, s’est installée dans une salle de classe de l’école Amwas, dans le quartier al‑Saftawi.

    Faute d’un mur intact chez elle, elle a transformé une classe en refuge : fenêtres bouchées avec des sacs en plastique, trous des murs colmatés par des tissus, un abri qu’elle juge préférable à une tente après avoir passé deux hivers difficiles.

    Elle marche pieds nus dans la cour, montrant des fissures aux talons, et résume son quotidien : « Ma guerre commence maintenant. Chaque jour est une bataille entre aller chercher de l’eau, ramasser du bois et tenter de reprendre la vie que mes enfants avaient quand leur père était vivant. »

    École Amwas utilisée comme refuge

    Pertes économiques et reprise des métiers

    La guerre a anéanti des sources de revenus traditionnelles. Eid Saadallah a extrait son filet de pêche des décombres et tente de le raccommoder, comme s’il réparait une part de lui‑même.

    Il a perdu son bateau, son équipement et deux de ses fils pendant le conflit. Le filet est désormais le seul vestige d’un métier transmis depuis plus de 75 ans. « Il ne me reste rien, mais je dois réparer mon métier et retourner pêcher, sinon je mourrai de faim », confie‑t‑il.

    Homme réparant un filet de pêche

    Sur les marchés, quelques produits de confort réapparaissent, mais de nombreux denrées de première nécessité restent absentes. Même quand certains aliments sont disponibles, les prix restent hors de portée pour beaucoup.

    • Pénurie d’articles de première nécessité.
    • Coûts élevés et revenus inexistants pour de nombreuses familles.
    • Difficultés d’accès aux liquidités : retraits bancaires limités et coûteux.

    « La guerre est finie sur le papier, mais les poches sont vides », explique Ghassan Iyad, propriétaire d’un commerce de surgelés. « Les gens regardent la nourriture comme dans un musée : un kilo de poulet coûte 20 dollars, une somme que beaucoup n’ont pas. »

    Une paix précaire

    La cessation des hostilités n’a pas effacé la guerre quotidienne des Gazaouis, plongés dans un combat pour la survie. Ils tentent de restaurer ce qui peut l’être et de ranimer des sources de subsistance détruites.

    Entre espoir et désillusion, beaucoup se demandent : si ce n’est pas la guerre, qu’est‑ce que la guerre ?

    source:https://www.aljazeera.net/politics/2025/11/7/%d9%85%d8%b4%d8%a7%d9%87%d8%af-%d9%85%d9%86-%d8%ba%d8%b2%d8%a9-%d8%a8%d8%b9%d8%af-%d9%82%d8%b1%d8%a7%d8%a8%d8%a9-%d8%b4%d9%87%d8%b1-%d9%85%d9%86-%d8%a5%d8%b9%d9%84%d8%a7%d9%86-%d9%88%d9%82%d9%81

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