More

    Chronologie des opérations de la CIA en Amérique latine

    États-Unis, Venezuela, Cuba, Guatemala, Brésil, Équateur, Bolivie, Chili, Argentine, Uruguay, Paraguay, Salvador, Grenade, Panama

    Sur près de deux siècles, les États-Unis ont mené de multiples opérations militaires et actions de renseignement en Amérique centrale, en Amérique du Sud et dans les Caraïbes. Dès la fin du XIXe siècle et jusqu’au début du XXe, les interventions connues sous le nom de « Guerres de la Banane » visaient à protéger les intérêts des entreprises américaines dans la région.

    En 1934, la politique du « Bon Voisinage » sous Franklin D. Roosevelt promettait de ne plus envahir ni occuper les pays d’Amérique latine. Pourtant, durant la Guerre froide, Washington a financé et soutenu des opérations visant à renverser des dirigeants de gauche élus.

    Beaucoup de ces activités ont été coordonnées par la Central Intelligence Agency (CIA), créée en 1947. Aujourd’hui, les tensions récentes autour du Venezuela montrent que le recours à la force et aux opérations clandestines reste un levier de la politique étrangère américaine.

    Contexte actuel : Venezuela

    Ces dernières années, Washington a renforcé sa présence militaire près des côtes vénézuéliennes et déclaré mener des frappes aériennes contre des embarcations accusées de trafics de drogue.

    Le président américain Donald Trump a déclaré ne pas exclure une opération terrestre au Venezuela, tandis que de nombreux observateurs estiment que les accusations de trafic de drogue peuvent servir de prétexte à un objectif plus large : le changement de régime.

    Cette situation rappelle des interventions passées où sécurité, intérêts économiques et lutte anti‑communiste se sont entremêlés.

    Années 1950 : Guatemala

    En 1954, le président guatémaltèque élu Jacobo Árbenz Guzmán fut renversé par des groupes armés locaux soutenus par la CIA sous la présidence de Dwight Eisenhower.

    Árbenz cherchait à nationaliser des terres et des entreprises, ce qui suscita la crainte à Washington d’une dérive socialiste. L’opération, connue sous le nom de « PBSuccess », forma et appuya des combattants dirigés par Carlos Castillo Armas, qui prit le pouvoir après le coup d’État.

    • Conséquence : guerre civile prolongée (1960–1996) entre l’État et des groupes rebelles de gauche.

    Jacobo Arbenz Guzman en 1955

    Années 1960 : Cuba

    Après la prise du pouvoir par Fidel Castro en 1959, la CIA mit en place des plans pour renverser le régime cubain. Sous Eisenhower, l’agence forma des exilés cubains en vue d’une invasion.

    En 1961, le président John F. Kennedy valida l’opération dite de la Baie des Cochons. L’invasion échoua face à une armée cubaine bien organisée, marquant une débâcle pour la politique américaine envers Cuba.

    • Effet durable : renforcement du régime castriste et montée des tensions entre Washington et La Havane.

    Exilés cubains à la Baie des Cochons en 1961

    Années 1960 : Brésil

    João Goulart, élu en 1961, voulait mener des réformes sociales et économiques et conserva des relations avec des pays socialistes. Il nationalisa notamment une filiale d’ITT, société américaine.

    La CIA soutint des politiciens pro‑États‑Unis et des groupes anticommunistes, ce qui affaiblit Goulart et facilita le coup d’État militaire de 1964.

    • Conséquence : mise en place d’une dictature favorable aux intérêts américains jusqu’en 1985.

    Garde du ministère de la guerre à Rio, 1964

    Années 1960 : Équateur

    Après une période d’instabilité politique, l’Équateur sembla stable dans les années 1950, mais cela changea rapidement. Au début des années 1960, Washington craignait l’orientation pro‑Cuba du président José Velasco Ibarra et de son vice‑président Carlos Julio Arosemena.

    La CIA utilisa des organisations syndicales et d’autres canaux pour diffuser un sentiment anti‑communiste et influer sur la politique équatorienne. Un agent de la CIA dira plus tard qu’« en fin de compte, ils possédaient presque tout le monde qui comptait » dans le pays.

    • En 1963, l’armée renversa Arosemena, interdit le Parti communiste et rompit les liens avec Cuba.

    Manifestation étudiante à Guayaquil en 1961

    Années 1960–1970 : Bolivie

    Entre 1963 et 1964, les États‑Unis utilisèrent des financements secrets, souvent via la CIA, pour appuyer des dirigeants favorables aux intérêts américains en Bolivie.

    En novembre 1964, un coup d’État mené par le général René Barrientos renversa le président élu Víctor Paz Estenssoro. Plus tard, dans les années 1970, Washington prit parti contre le président Juan José Torres, qui avait nationalisé des entreprises américaines.

    • Le Département d’État appuya secrètement des opposants : des fonds furent alloués pour soutenir des dirigeants militaires et politiques anti‑Torres, conduisant au coup d’État de 1971 porté par Hugo Banzer.

    Le président bolivien Hugo Banzer en 1978

    Années 1970 : Chili

    La CIA subventionna des campagnes visant à affaiblir le président élu Salvador Allende, qui envisageait la nationalisation des compagnies minières de cuivre dominées par des intérêts américains.

    Le soutien américain contribua à polariser la société chilienne et à préparer le terrain pour le coup d’État militaire de 1973 mené par Augusto Pinochet. Allende mourut durant le putsch, et la dictature militaire s’installa pour 17 ans.

    • Impact : répression brutale des opposants et violations massives des droits humains sous la junte soutenue à divers degrés par Washington.

    Audition concernant ITT et la CIA, 1973

    Années 1970 : Opération Condor

    En 1975, la CIA appuya la mise en place d’un réseau transnational connu sous le nom d’Opération Condor, visant à coordonner la répression entre dictatures d’extrême droite d’Amérique latine.

    Les pays concernés incluaient l’Argentine, la Bolivie, le Brésil, le Chili, l’Uruguay et le Paraguay. Le dispositif échangeait renseignements, prisonniers et méthodes de répression.

    • Conséquence : surveillance transfrontalière des dissidents, tortures, enlèvements et au moins plusieurs dizaines de morts directement imputables aux actions coordonnées.

    Années 1980 : Salvador, Grenade, Panama

    Au Salvador, pendant la guerre civile (1980–1992), l’armée — formée et équipée en partie par les États‑Unis — fut impliquée dans des massacres de masse, notamment l’affaire d’El Mozote en décembre 1981, où près de 1 000 civils furent tués.

    En 1983, face aux luttes internes et à l’influence cubaine à Grenade, Washington lança l’opération « Urgent Fury », envahit l’île et captura des cadres cubains présents sur place.

    Enfin, en 1989, les États‑Unis envahirent le Panama lors de l’opération « Just Cause » pour renverser Manuel Noriega, justifiant l’intervention par des accusations de trafic de drogue.

    • Ces interventions illustrent la combinaison d’objectifs sécuritaires, politiques et économiques guidant souvent l’interventionnisme américain.

    Invasion de la Grenade, 1983

    Héritage et conséquences

    Les opérations menées ou soutenues par la CIA en Amérique latine ont laissé un héritage complexe : renversements de gouvernements, dictatures pro‑américaines, répression politique et traumatismes collectifs.

    Les interventions ont eu des impacts durables sur les trajectoires politiques, sociales et économiques des pays concernés, et elles restent au cœur des débats sur la souveraineté, la sécurité et les droits humains dans la région.

    • Comprendre cette histoire permet d’éclairer les tensions actuelles et la méfiance persistante vis‑à‑vis des interventions extérieures.
    source:https://www.aljazeera.com/news/2025/11/26/a-timeline-of-cia-operations-in-latin-america

    LAISSER UN COMMENTAIRE

    S'il vous plaît entrez votre commentaire!
    S'il vous plaît entrez votre nom ici


    Actualités

    L’acteur de Friends, Matthew Perry, décède à 54 ans

    "Matthew Perry, célèbre pour son rôle de Chandler Bing dans Friends, décède à 54 ans. Acteur très apprécié, sa mort suscite l'émotion mondiale."

    Entité sioniste déploie des navires de guerre en Mer Rouge selon un expert militaire

    Entité sioniste déploie des navires de guerre en Mer Rouge pour contrer les Houthis au Yémen, une manœuvre vue comme une démonstration de force envers l'Iran.

    L’affaire des SMS entre Pfizer et la Commission européenne : ce qu’il faut savoir

    En avril 2021, le New York Times a révélé...

    Banque suisse : Credit Suisse en chute libre après la faillite de la SVB

    L'action de Credit Suisse a dévissé de plus de...

    Le Retour de Microsoft avec Bing et Edge : Une Menace pour Google ?

    Depuis moins de trois mois, ChatGPT a déjà créé...

    OpenAI élargit Codex : Sites, annotations et extensions métiers expliqués

    OpenAI ajoute à Codex des Sites, annotations et extensions par rôle. Ce que ces nouveautés changent pour les équipes et leurs limites.

    Qwant au Parlement européen : ce que la bascule change vraiment

    Qwant devient le moteur par défaut au Parlement européen : ce que ce choix change, ce qu’il ne change pas et pourquoi il reste surtout symbolique.

    Google Gemma 4 12B : l’IA locale veut sortir du cloud

    Gemma 4 12B vise l’IA multimodale en local sur ordinateur portable, avec exécution hors cloud et une contrainte matérielle centrale : 16GB de mémoire.

    Microsoft MAI : pourquoi ses sept modèles d’IA maison comptent vraiment

    Microsoft a présenté sept modèles MAI développés en interne à Build 2026. Raisonnement, code, image, voix : voici ce qui est confirmé et ce qui reste limité.

    Microsoft Scout : ce que l’agent IA change vraiment dans Microsoft 365

    Microsoft Scout inaugure les agents Autopilot dans Microsoft 365 : tâches en arrière-plan, OpenClaw, préversion limitée et garde-fous à connaître.

    Android Drop juin 2026 : partage avec l’iPhone, sécurité et IA utile

    Android Drop de juin 2026 étend Quick Share avec AirDrop, ajoute des fonctions de sécurité et déploie plusieurs usages IA côté Android.

    Google Drive : Gemini veut ranger vos fichiers sans décider à votre place

    La nouvelle option de Google Drive propose de classer les fichiers épars avec Gemini, mais les déplacements restent soumis à validation.

    State of Play juin 2026 : les annonces PS5 qui comptent vraiment

    Marvel’s Wolverine, God of War Laufey, Rayman, Tomb Raider, Silent Hill : le State of Play de juin 2026 redessine le calendrier PS5.

    à Lire

    Categories