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    Yémen : état d’urgence national entre symboles et réalités

    Yémen, Arabie saoudite, Oman

    Le Yémen a été placé sous une « état d’urgence » national par le chef du Conseil de commandement présidentiel, une décision qui reflète l’ampleur de la crise politique et sécuritaire que traverse le pays. L’annonce couvre l’ensemble du territoire et intervient après la montée des tensions dans le sud, où des forces liées au Conseil de transition du Sud ont étendu leur contrôle aux provinces de Hadramawt et d’Al Mahrah, refusant de se retirer malgré des appels régionaux et internationaux.

    Qu’est-ce que l’état d’urgence ?

    Dans de nombreux systèmes juridiques, l’état d’urgence est un régime exceptionnel activé face à un péril grave — guerre, insurrection armée ou catastrophe majeure. Il autorise des mesures temporaires et des restrictions de certaines libertés afin de préserver la sécurité nationale.

    Au Yémen, le cadre constitutionnel prévoit que l’annonce d’un état d’urgence relève du chef de l’État ou de son remplaçant constitutionnel, mais que cette décision doit être soumise au parlement dans un délai de sept jours, faute de quoi elle perdrait sa validité.

    Quand et pourquoi le déclarer ?

    La Constitution yéménite fixe de manière limitative les motifs pouvant justifier un état d’urgence. Il s’agit notamment de :

    • la guerre ou l’agression étrangère ;
    • la sédition interne ou les combats armés ;
    • les catastrophes naturelles menaçant la vie des citoyens et la sécurité de l’État.

    L’objectif affiché est la protection de la République, l’intégrité territoriale et le maintien de l’ordre public. Pendant la période d’urgence, les forces armées et les services de sécurité voient leurs prérogatives renforcées, et la Constitution prévoit la possibilité d’une mobilisation générale après approbation parlementaire.

    Un état d’urgence de fait

    Des experts et observateurs estiment toutefois que le Yémen vit depuis des années un état d’urgence « de facto » non déclaré : restrictions de fait, arrestations et entraves aux droits sans encadrement juridique clair. Cette situation trouve son origine dans la fragmentation du pouvoir et la prolifération de formations armées hors du contrôle de l’État.

    La récente flambée dans le sud est perçue comme une manifestation de ce dysfonctionnement structurel. L’expansion de formations militaires parallèles a nourri les tendances séparatistes et mis en péril l’unité nationale.

    Pourquoi maintenant ?

    Pour certains responsables, la décision répond à une menace directe contre l’État et ses institutions. Salah Batīs, membre du Conseil de la Choura, a souligné que l’annonce visait à protéger la légitimité constitutionnelle, l’unité nationale et les acquis obtenus depuis le renversement de l’insurrection houthiste.

    Selon ses partisans, l’état d’urgence accompagne des mesures destinées à réaffirmer l’autorité de l’État, notamment la mobilisation de forces spéciales et des opérations ciblées pour reprendre le contrôle de certains camps militaires dans les provinces touchées, après l’échec des tentatives de règlement pacifique.

    Obstacles à la mise en œuvre

    La mise en application de l’état d’urgence bute sur des réalités politiques et territoriales : dans le sud, plusieurs provinces restent sous influence du Conseil de transition du Sud, compliquant l’exécution des décisions centrales. Dans le nord, les zones sous contrôle des Houthis ne reconnaissent pas l’autorité gouvernementale et sont administrées par des structures parallèles.

    Ces poches de pouvoir concurrents réduisent la portée pratique d’une mesure proclamée au niveau national et risquent de transformer un outil de rétablissement de l’ordre en facteur d’escalade.

    Cadre juridique et débats

    Le Yémen ne dispose pas d’une loi d’application stabilisée de l’état d’urgence. Un projet de loi adopté en 2011 a été longtemps contesté politiquement, et son usage demeure source de débat. Le texte prévoit, en complément de la Constitution, des pouvoirs exceptionnels pour l’exécutif, notamment :

    • la restriction de la liberté de circulation et de réunion ;
    • l’imposition de couvre-feux et la fermeture d’établissements ;
    • la surveillance des médias et des communications ;
    • la réquisition temporaire de biens et la mise sous tutelle d’actifs ;
    • l’évacuation ou la mise en quarantaine de zones.

    Tawfiq Al-Humaidi, avocat et président de l’organisation SAM pour les droits et libertés, souligne que si la Constitution confère au président le pouvoir de déclarer l’état d’urgence, l’absence d’un dispositif légal clair et d’un contrôle parlementaire effectif rend toute proclamation juridiquement fragile. Le respect strict du délai de sept jours pour présenter la mesure au parlement est, selon lui, une condition constitutionnelle essentielle.

    À l’heure où l’état d’urgence Yémen est proclamé, la principale question reste donc sa capacité à produire des effets concrets sur le terrain : sans autorité unifiée ni consensus politique, les mesures risquent de demeurer largement symboliques dans les zones hors contrôle du gouvernement, tout en alimentant les tensions dans un pays déjà profondément fragmenté.

    source:https://www.aljazeera.net/news/2026/1/4/%d8%ad%d8%a7%d9%84%d8%a9-%d8%a7%d9%84%d8%b7%d9%88%d8%a7%d8%b1%d8%a6-%d9%81%d9%8a-%d8%a7%d9%84%d9%8a%d9%85%d9%86-%d8%a8%d9%8a%d9%86-%d8%b1%d9%85%d8%b2%d9%8a%d8%a9

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